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CHAPITRE III

FONDEMENTS PSYCHOLOGIQUES, SOCIOLOGIQUES ET COSMOLOGIQUES DE LA MORALE DES IDEES-FORCES

I. L'idée du sujet inoraL — II. L'idée de l'objet. — lU. L'idée du rapport des sujets entre eux. — IV. L'idée du rapport entre le sujet moral et 1 objet.

LIDEE Dr SUJET MOHAL

I. — La moralité est avant tout tine décision de l'individu. Elle est mieux encore que ce qu'un astronome appellerait une équation personnelle ; elle est une action personnelle en réponse à l'action du milieu physique, physiologique, social et même cosmique. De plus, elle est une réaction du moi tout enlier, s'exprimant dans une direction finale de la volonté. Eidin elle est une réaction consciente et intelligente, ((ui a lieu sous ridée des diverses réactions possibles. Un acte purement machinal n'aurait évidemment rien de moral ; la moralité ne commence que (juand on sait plus ou moins clairement ce qu'on fait et pour(|U(n on le fait. Tout ce qu'on dira de la spontanéité avec laquelle l'homme de bien agit ne l'empêchera pas d'agir sous une idée, par une idée, pour une idée. Qiudle que soit la «< genèse » de la moralité, quelque incontestable part qu'y aient eue la société et la nature, la moralité n'en demeure pas moins, en son essence propre, une chose de « for-intérieur », une impulsion qui enveloppe sentiment et pensée.

XLII INTRODLCTION

Consuluv. roxiHM'ioiiec. lias(^' de l;i scioiieo, vous reconnaîtrez en toul aelc moral des idée.-» latentes, mais (|iie Tauteiir de laclo ne peut pas luujoiirs amener à la jih'ine lumière de la réllexiiin. Poussez à bout le plus humble des hommes, comme Soerale aurait l'ail, jtour lui tirer les raisons de sa conduite. Supposons (pi'il se soit altsienu de déroljer une soinnie d'argent, (pioiipie personne n'eût pu le soupçonner comme auteur du vol. Sni)posons-le encore incroyant au point de vue religieux : le cas est devenu fréijueid même chez les hommes du peuple. Il n'en dira i»as moins : « Je suis pauvre, mais chacun a son honneur ». Faisant (\{\ platonisme inconscient, il ajoutera, en lernu'S familiers, cpTil n'est pas de ces « tyjjcs » qui veulent vivre aux dé|>ens d"autrui. Bref, il traduira d'abord un certain sentiment de digniti', de tlei-lé légitime pour un être du type humain : il nielira en avant son moi. mais un moi su|M'rieur, celui d'un être (|ui a une intelligence, une « raison », non celui d'une <( brute » esclave de ses instincts, C(Miune le chien qui voit un bon morceau et se jette dessus. Poussez encore plus loin vos (pieslions. un autre aspect de Tacle apparaîtra. l'eiil-iHre notre lnunine C(jmmencei"a-t-il par faire ineiuiscjcmnient dans sa conduite la |iail des mo'urs établies eu disant : — <■ (^ela ne se lait pas. » Mais demandez-lui j»our<pioi, et il répondra : « .\ chacun son dû. Où iricms-noiis si chacun jirolilait de ce qu'il n est pas vu pour dépouiller son voisin? » N'oilà du kantisme inconscient. « Je sais ce que je dois aux autres et ce <pu' je ne voudrais pas (pi'on me m. >• Christianisme inconscient. IJref, m)lre agent moral finira par invoipier rid(''e d'aulrui. (|ui est ellemême liée à lidée de tous; il se mettra, connue on dit, « à la place des autres » ; son point «le vue deviendra impersonnel, puis, de questicui en question, univei'sel. Il n'aura lu ni Platon, ni KanI, ni Auguste Comte, mais /'/</<•> du groupe au(piel il appartient cl, de groupe en groupe, l idée de la société entière, l'idre de Ihumanile se laissera entrevoir au fond de sa pensée. Vous reconnaîtrez linalenu'nl en lui les deux grands pôles de tout'' conceptinii nnuale : I" le vrai moi,

FONDEMENTS PSYCHOLOGIQUES DE LA MORALE XLlll

conscient de soi-même, principe de hi dir/nHê personnelle : 2° y nuirai, i\on[ la notion esl le principe du désintéressemenl et comme un piemier pas vers l'universel. Ce sont là les fondements psycliologi(ines de cette croyance en action (|ui est la moralité.

Il est bien clair que Tidée dun rapport entre le moi actuel et un moi supérieur, ainsi cjuenlre le moi et autrui, a des origines en grande partie sociales : elle l'csnmr tout le travail du gcni-e humain. Est-ce à dire (jiie le germe n'en soit pas déjà dans la constitution de la conscience de soi ;' C'est ce qu'établira la première |iartie de notre livre. Nous clierclierons ensuite d.ins la conscience collective la conlirmation de ce que nous aurons découvert dans la conscience imlividuelU'.

II. — Le premier rondement psycliologi(pie de la morale des idées-forces sera la nature humaine, comme le veulent les naturalistes et positivistes; seulement, nous entendrtnis par nature non pas un ordre de ehoses, mais un ordre de représentations et d'actions soumises à un déterminisme. La nature mentale est bien diltercMite de la naliu'c niatéi'ii'lle. Quelque opinion (pie l'on adopte s.ii' le fond métaphysique des choses, il y a pour lexpérience un devenir mental f/ui se sent, se dirige, se veut, se nxodifie. une nature mentale qui crée elle-même sa réalité par l idée de sa possibilité et de sa « désiraliilité ». Or, un tel devenii-, (pii esl la vie même des individus, leur vie consciente, ne saurait être identilié avec les réalités objectives (|ui constituent la naliu'e extérieure; il ne saurait l'être non plus avec h's institutions et mœurs (|ui constituent ce (pfon peut appeler la nature sociale. Vduloir " désubject ver entièrement ". comme le demande .M. Lévy-Hruhl, un ordre moral (pii ne se réalise qu'en se pensant et en se voulant lui-même chez les sujets conscients, c'est le détruire. |iuis(pi"il est essentiellement la jtart et la contriludioii de ces sujets, ce qu'ils fournissent, eux, et non |»Ims ce qui leur esl fourni du dehors. Aussi, nuMue indé- Itendamuicnt de t(jute crijyance au libre arbitre, la vraie iiK'lliode oblige à distinguer spéci/if/iwnient, eomme

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