PRINCIPES PROPRES DE LA MORALE DES IDEES-FORCES V
à la morale des idées-forces se reloiirnent iiii'vitablement coiilre ceux qui les élèvent. Combattre Tidée morale, c'est la concevoir, c'est donc, ipso facfo, lui donner une première existence, dans sa pensée ; c'est, au moment où on veut la nier, l'ariirmer tout au moins en tant qu'idée. Or, en se concevant, cette idée se confère d'abord une vateiir, puis un pouvoir de réalisation, enlin un commencement de réalité effective. On ne peut la penser sans qu'elle s'alTirme et sans qu'elle agisse.
Notre doctrine, on le voit, ne se contentera pas de prendre pour base, comme le font les évolutionnistes et positivistes, des faits particuliers analogues à ceux qu'étudient les sciences particulières, c'est-cà-dire un objet quelconque de sensation ou d'expérience extérieure ; elle ne se suspendra pns non plus, comme le voulait Kant, à une loi toute faite qui nous dirait : sicvolo; enfin elle ne partira pas, comme le voulait Guyau, de pures hypothèses analogues aux hypothèses contingentes de la science et ayant, de plus, cette infériorité d'être impossibles à véritier empiriquement ou à évaluer rationnellement. Non; son point de départ, la conscience même de soi, n'est pas une hypothèse, elle est, comme nous l'avons dit, un fait; elle est mieux qu'un fait, étant la condition interne de tous les faits; elle est même plus qu'une loi, étant la condition de toute loi. La morale, en un mot, aura pour fondement ultime ce qu'il y a en nous de plus élémentaire et ce qu'il y a de plus universel, le dernier terme de la dilïérenciation et le dernier terme de l'intégration, qui tous deux s'expriment dans l'idée morale. Aussi ne feronsnous dépendre notre doctrine que de celte idée même, expression de notre nature la plus profonde. Sans exclure aucun des autres appuis, la morale des idées-forces se soutiendra seule, non pas, comme dirait le poète latin, par sa propre masse, mole sua, mais par sa propre idéalité et sa propre efficacité.