PRINCIPES PROPRES DE LA MORALE DES IDEES-FORCES III
Le plan et les divisions de notre travail s'imposeront avec une logique rigoureuse. La métliode d'analyse, en etïet, devra être successivement appliquée aux quatre données essentielles de la morale : sujet, rapport des sujets entre eux, objet, rapport du sujet à l'objet. L'analyse du sujet conscient nous révélera ce que nous nommons \ii primanlé Ihéori'jue ci prati(/iie de la conscience de soi. L'analyse du rapi)ort entre les sujets nous révélera Valiruisme essentiel de la conscience, son intime socialité et, pour ainsi dire, sa polarité nécessaire. L'analyse de l'objet nous découvrira les valeur!^ idéales ou idées-forces directrices de la pensée et de l'action. Enfin l'étude du rapport qui relie le sujet à l'objet nous révélera l'action essentiellement persuasiije de l'idéal sur le sujet pensant. i*ar là se trouveront établies les quatre grandes théories (jui dominent la morale des idées-forces : primauté de la conscience de soi, allrnisme de la conscience, hiérarchie des valeurs objectives, idéal persuasif. Ces théories peuvent se résumer, (juoique d'une manière bien insuffisante, en ([uatre propositions essentielles : 1" l'idée-force de moralité est liée à la primauté de la conscience de soi : Je pense, donc J'ai une valeur morale: '1" l'idée-force de moralité crée des valeurs objectives et les classe : Je pense, donc J'évalue les oljjets ; 3" l'idée-force de moralité s'actualise en se concevant: Je pense, donc je réalise l'idéal ; V l'idéeforce de moralité fonde la vraie société -.Je pense, donc Je commence à créer, dans et par la société humaine, la société universelle des consciences il).
Toutes ces applications du Cotjito ergo sumus reposent, non plus sur la métaphysique ni sur des objets situés au delà de l'expérience, mais sur la loi psychologi<iue (pu relie la pensé<.' à l'action et engeiuJre ainsi des objets dans l'expérience, Ces mêmes applications du Cofjito démontrent r(ue l'idée morale du désinté-
(l) Le sens de ces formules, nécessairement obscures, se précisern par la lecture de ce livre. Nous prions le lecteur de -.uspendre son jui^einent jusqu'à ce qu'il ait pris connais-;ance des inductions et déductions dont notre doctrine est le résultat.
IV PRliVACE
ressèment en vue d'autrui et de tous, loin d'être une notion artificielle, uue illusion, une impossibilité, est naturelle et normale. Comment ne serait-elle pas typique pour riiumanitt' digne de ce nom, puisqu'elle est liée à la réelle et pleine conscience de soi, ainsi qu'au rapport intime des consciences entre elles dans la société et dans le monde?
De là dérivera uue morale capable d'ac(iuérii' une valeur scientifique, puisqu'elle reposera sur des laits d'expérience et sur des idées dont l'action s'exerce au sein de l'expérience. Nos deux points de dépari, — fait de conscience et idée morale, — sont inébranlables. Qui peut nier que l'être pleinement conscient de soi possède, sinon une moralité réelle, du moins l'/V/ee de la moralité comme pouvant exister sous ci'rtaines conditions et comme deranl exister, au sens le plus général de ce mot, qui désigne un idéal? L'idée de moralité est uue des implications positives de l'expérience. 11 n'est personne, à notre époque, qui ne la conçoive et, de plus, qui ne la définisse comme dcsirdéi'essement eu vue de l'ensemble, comme recherche de valeurs non oas seulement puur un individu, mais pour tous. Cette conception s'est développée dans l'humanité civilisée, par le progrès de la conscience personnelle el des relations inter-persouuelles, mais elli,' était déjà en germe chez les peuplades les plus barbares. Au reste, son action ne dépend pas île sou histoire. La miu'ale des idées-l'orces, (putiipu' atteidive à toutes les croyances ^\[\v riiumauih' a jtu avoir jus(prici, reslcia iiiih'pendaide de ces croyances. Sans se mellie eu dehors des réalités historiques, sociologiipu's, psychologi(|iM's, elle fera apjtel à l'idi-al (pii les domine. In idé-al ne relève pas de ce (|ui a eu lieu jusipi'à pi'é'sent; il vaut par lui-même, u'eùt-il encoi'e elc' januiis conc'U et jauiais réalisé. La moralité idéale, par la voix de notre conscieiu-e intime, prononce ce jugement : — Je me pense, donc je «lois êlre, donc je suis, La j)remière solution du problème moral est inhérente à sa position nuMue ; dès (|u'il se formule, il C(unmcnce à se n'soudre. Les objections à lidée-force de uujralité et, par extension,