‹ Morales des idées-forcesChapitre 44 sur 150 · NECESSITE D LNK ANALYSE EXPERIMENTALE DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

NECESSITE D LNK ANALYSE EXPERIMENTALE DE LA CONSCIENCE

Commo la science et la iihilosupliic, la rnoi-ale doit tendre, selon nous, à s'établir sur roxpi'rience complète, non pas seulement e\t(''rieuro, mais encore et surtout intérieure (l). Or, quelle est Texpérience première que toutes les autres supposent et impliquent ? C'est la cons-

(1) Voir linlroduction.

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cience de soi, immédiate et spontanéo. 11 faut donc, avant tout, reclicrclier la constitution de la conscience, pour pouvoir en déduire des conclusions morales vraiment fondées sur la plus ju'imitiveet la plus inébranlable expérience. Il faut que la conscience de noire être vivant et agissant découvre en soi sa propre loi, soit à elle-même sa loi: il faut qu'elle fournisse tout ensemble à la morale une réalité indiscutable comme point de départ, un idéal indiscutable comme point d'arrivée.

Le centre de perspective auquel nous nous placerons ainsi dès le début sera uniquement et exclusivement expérimental, psychologique, ou même plus que psychologique; il sera anté'rieuràtoute spéculation onlolofjif/tie, antérieur à toute crilifjiie de la connaissance. C'est son originalité.

La « conscience morale >•, à nos yeux, n'est pas une sorte de faculté* séparée, distincte des autres; elle esl réductible à la conscience de la vie et de l'être. Celle-ci, en pénétrant jus<|u'au fond de soi, y trouve un acte essentiel, auipiel on a donné le nom de « Raison » et dont on a fait une >< faculté » séparée. Cet acte est la conscience même de notre manière la plus radicale de penser et de vouloir. Il consiste, nous allons le faire voir, dans Vohjeclivdiion à portée unirerse/le, inaépnrable de loute réflexion du siijel individuel sur soi. Raison et conscience ne font cpiun. L'unicpjc farlum ralionis, pour parl(M' comme Kant, est, selon nous, le faclum conseienlio' ; c'est le fait même de l'existence interne de. 5a/t7 vivant ot sentant. (|ui, en dehors de loute spéculation métaphysique ou ('riti(|U(' sur sa nature, prend conscience de soi dans l'aflirmalion de chaque existence o6/'ec//yeetdans laflirmation de tous les autres sujets avec lesquels il esl eu rapport nécessaire. .\u cœur de la conscience doit être établi « l'altruisme » intellectuel, germe de l'altruisme vohmtaire ; là aussi doit se trouver le vrai germe de l'idé-e de ■■ solidarité " universelle. Là eidin esl le vrai « positivisme ». Une morale positive, en efTel, doit reposer sur des

vérités qui soient : P objectives, en ce sens qu'elles ne dépendent pas de nos désirs personnels et subsistent indépendamment d'eux ; 2'' vériliables par Texpérience intérieure et extérieure. Nous ne parlons pas seulement de celte vérification indirecte qui consiste en des résultats pratiquement < commodes *», comme diraient certains géomètres, il s'agit d'un établissement de principes etde thèses, non d'hypothèses. On y parvient par l'analyse de l'expérience même, par la réduction méthodique des idées : 1" aux éléments essentiels de l'expérience ; 2" aux /a/7s d'expérience les plus incontestables et les plus fon- (himentaux, parce qui\ssonlprésenlsàtoute expérience. La moralité ne sera plus ni un principe a priori posé dogmatiquement, ni une hypothèse proposée plus ou moins arbitrairement, si je démontre qu'elle se ramène à des faits et lois qui constituent l'intelligence de l'homme et sa volonté, et sans lesquels il ne serait pas homme ni définissable comme tel. Or, pas d'homme sans la conscience de soi ; si donc, en cette conscience je découvre indivisiblement l'idée d'aulrui et même celle de tous les autres êtres, idées-forces inséjiarables de l'idée-force du moi, je pose au cœur de la vie vraiment vécue, c'est-à-dire vivant pour soi et non pas seulement en soi, les termes naturels et expérimentaux du problème moral.

On le voit, nous ne commençons pas par établir une (K'imit'ion spéculative ou critifjiie de la moralité ; nous la prenons comme fait originel et original de conscience, cl nous montrons que, dans la réalité vivante, elle est telle. En fait, la moralité consiste à vouloir ce qui est bon non seulement pour nous, mais pour tous les êtres doués comme nous de la conscience de soi et de l'idc'e du tout auquel ils appartiennent. On peut défier les philosophes de montrer, dans les diverses notions de la moralité proprement dite, quelque conception qui ne se ramène pas à celle du désintéressement en vue de tous et du tout, dont notre bien personnel n'est qu'un élément et une partie. Pas de moralité sans quehiue abné-

galion, pas (rabnt'gation sans une idéc-fûrce (li'passantle moi et lui assignant un rang siiburdonné dans l'onsomble. Pour que la morale ait une base positive, il faut donc une idée <|ui, dans notre intelligence, soit une pi'cmière et nécessaire réconciliation du social et même de l'universel avec l'individuel; cette idée seule fournira la condition théorique de toute conciiialiou pi-ati(iue des divers ternies. Doù cette inévitable conclusion, que notre livre entier justitiera : — Le principe positif de la movdle ne peut être que luniversolilê virtuelle «jui est inhérente h la conscience de soi. et qui fuit que la pleine rie jtour soi implique la rie pour autrui.

Combien peu d'Iiomnies réilécliissent a cette nuTveille intérii'ure de la conscience, qui n"échap|)e ù notre attention que parée qu'elle est ce quil y a de plus familier pour nous, étant nous-mêmes 1 1! semble, au premier abord, ipie la conscience individuelle se sullise, qu'elle soit dans une relation purement extérieure ou même accidentelle avec les autres existences au milieu des(juelles elle se trouve et dont on croit qu'elle pouirail se passer. Une analyse radicale de la conscience dissipera cette illusion de sufllsance, en montrant (pi'un lien ni'cessaire unit : 1" le sujet à l'objet ; T le sujet moi aux autres sujets disant ou pouvant dire moi. « Cot/ilo, ertfo sum » est, si on l'interprète bien, le principe de la philosophie Ihéoritpie: rof/ilo, ert/o sunws deviendra, selon nous, le pi'inci|te de la philosophie pratique. Il faut reprendre et pousser j>lus loin l'analyse du coijito. indépendamment de l(Uit système matérialiste ou spirituaiistf'. indépendamment de t<»ute idi'e de substance et d'èli-ecn soi, connue aussi de mode, de pliénonu''ne et d apparence. C'est l'expi-rience en sa source vive, avant la spéculatiiui et avjird la critique, (pi'une mé'lh(Mle vi'ainieut positive ditil saisii'. .N(^us (U'endnms dduc le Je /lense au .sens le plus ii.iiiuel et le \)\\i> iuMni'diat : j'ai (•onsei«:'nce. Il sigiiiliera au>si bien /<• ict'//.s- t)[i Je désire que jf/x'/i.st', au sens de représentatiitu el ^W Ju(jemenl. C'est (tailleurs en celte acception large que Des-

caries le prit d'ordinaire. Toutefois. Descartes avait une tendance à réduire la conscience à Tacto proprement dit (\e penser (^[ de juger, dont il voulait faire ensuite le mode d'une substance ou r/iose pensante. Selon nous, au contraire, le vrai point de dé|)art psychologique, ou plus que psychologique doit être purement et simplement le fait d"avoir conscience, quoi que soit ce dont on a conscience ; et il faut reconnaître dans ce fait de conscience une réalité vivant en soi et pour soi, mais sans prétendre la subsiantifier ou la représenter dune manière objective, comme on se ligure une image sur un tableau. De telles considérations peuvent sembler métaphysiques: elles ont, au contraire, pour but d'écarter toute mélapliysique, soit sensualiste et matérialiste, soit spiritualisle, d'éliminer le transcendant au profit de rimmaiient, de la pure exi»érience présente à soi dans la conscience. Elles ont aussi pour but d'éliminer ou de différer la critique de la connaissance, qui ne peut et ne doit venir qu'ultérieurement, puisqu'elle sup|)Ose ellemême quelque donnée première. Nous nous en tiendrons ainsi au point de vue pré-métaphysique et pré- Qritique, c'est-à-dire à rimmédiat et au positif. Nous montrerons d'abord que, par sa vertu propre, la conscience fonde l'idée d'individualité; puis, qu'elle fonde en même temps l'idée de l'universalité; entin qu'elle établit le rai)port de ces deux idées-forces. l*lacons-nuus successivement à chacun de ces trois points (h^ vue, pour en faire voir ensuite l'unité.

Cofjilo. ei'fjo sumus. — lk sijet consciknt et l'ohjkt pknsk

I. — Dans le jugement : fai conscience ou je pense, l'analyse exi>érimentale distingue le sujet, l'objet ou complément, le verbe, enlin l'attribut. Le sujet, pour

l'oxpônence iinmédialc. est indiridncL en ce sens qu'il est une ivalité immédialenienl donnée à soi et se distinjj:uant de tout le reste, quelle qu'en soit pour le MK'lapliysic'ien ou poiu* le criliciste la nature radiealc. une ou multiple, simple ou composée, spirituelle ou matérielle. On ne peut empêcher l'individu qui pense et se pense de se seutii'pai' cela même ou de se eoncevoii'enunc large mesui'c indépendant à l'égard du tout. Le tout, c'est encore sa pensée réllécliie qui le conçoit, Temlirasse et le domine. S'il vil ensuite poiu' le tout (vie proprement morale), c'est donc parce cpi'il l'aura voulu et qu'il aura préalablement jiifjé cette conduite plus conforme que toute autre à la nature de sa penst'e et k la direction normale de son activit»'", à ce ^pi'il sdil de lui-même, du groupe où il vit, entin <le l'univers.

l/indépendance de l'individu pensant, ainsi fondée sur rexjM'rieiicc immédiate de la pensi'C et sur le cai'aetére concentrique de la conscience, ne peut pas ne jtas se traduire dans ses actes. Tout éti-e (pii a la conscience rélli'cliie de soi arrive int'vilalilement à se poser, ne fût-ce qu'en idée, comme pouvant agir /)*'//• so/ et pour soi. Il acquiert, en d'autres termes, l'idc-e-ldrce de soi comme cause possible (VncUons, comme /in /)ossihle d'actions, indi'pendaminent de toute si)é'culation nn-tapltysi(pie ou critiijue sur ce qu'est une cause ou une fin. Poiut capital, sur lequ«'l nous avons insisté dans notre livre sur la Liberté et le dèlerminisme et ipu' nous eonsidé'rons comme ac(|uisà la science.

l)e plus, nous avons déunontré', par V(de seieiilirK|ue <q expé'riinentale, i\\\c l'idée i\\\ moi eoiiune eause et comme fin, c'est-à-dire l'idée de puissance personnelle ind<''pendanle ou de " liherti'' - persiMuielle, se n'-alise progressivement [)ar la conception et le désir (pTelle a de soi. l/éti'c (|ui se pense lui-nième tend à se jto>ei" eu face d'aidrui comme ayant, avec une existent' priqiie, une ariirilê pro|>re. .Non seidemeiil il y tend, mais, dans uneeerlaine mesure, il \ rêussil. Voilà encore un lait impnrhini dexpcr'icnci'. cpic nous axons mis en

ANALYSE Di;: LA CONSCIENCE DE SOI .j

pleine lumière. Ce fait est indépendant, lui aussi, d<' toutes les liypullit'sessp(''cuiatives ou criti(|uessui' la nature de ce ([u"on appelle causalité, sui' son caraetèn^ efficient ou simplcMiienl régulateur, substantiel ou modal, etc. Au point de vue de l'expt'rience positive, il n'estpas vrai que l'individu soit, comme h^ veut Comte, une simple « abstraction » ; en tous cas, il est une abstraction qui, en se pensant elle-mT-iiK», se réalise: penser son individnalilé, c'est déjà s individualiser.

La conscience, en tant que principe psychologique dindividuation et de séparation relative, apparaît de prime abord, au point de vue moral, comme un germe d'i'goïsme possible. Puisque l'être pensant, par la conscience, se sépare du tout et se conçoit avec une certaine existence propre, notamment avec une sensibilité et une volonté propres, il peut vouloir individuellement, non universellement. Sa conscience réllécliie peut accroître encore cette individuation, cette concentration qui existe déjà dans sa conscience spontaui'e. De i)lus, par un cas nouveau de la loi expérimentale et scientilique des idées-forces, la réllexion peut (Guyau l'a montré) devenir force dissolvante pour toutes les choses qui sont conçues en o|»position avec l'intérêt du moi ; à moins que, par ailleurs, l'intelligence ne les justifie au nom de (pielque principe qui, constituant un int(''r("'l supérieur, se fera admettre du moi lui-même.

Tel est, pour la morale des idées-forces, le côté individualiste de la conscience. Nous l'oiqxtsons, comme un fait indéniable, aux théories qui jM'élendent absoi'ber entièrement le moi dans la société ou dans la nature. Tel est aussi le côt(' vrai de toutes les morales individualistes.

M. — Mais ce n'est làrpie le |)remier aspect de rexjM'rience intérieure. Nous allons voir (pie l'acte d'union est, pour la conscience, aussi essentiel que l'acte de sé|iaration. Dans je pense, le sujet a un complément nécessaire, tr(;p m'gligé par Descartes : {'objet pensé. On ne

pense pas sans penser à rien. On n'a pas conscience dune manière indéterminée et sans avoir conscience de f|iiel(|ue chose de distinct. Kanl et Ficlilc ont rétabli cet élément, en faisant voir que le moi ne se pose « (pren s' opposant le non-moi ». Mais nous |)renons ici cette vt'rité en un sens strictement expérimental et scientiliqne, non niéta|>hysi(|ne on crili(iii(\

En outre, nous allons plus loin. Nous disons ipie, dans l'expérience, i)Our se poser par la conscience réllécliie, le moi a besoin de s'opposer non seulement un non-moi idée trop négative), mais un anlir moi. un autre sujet, et même nombre tVaulres moi, foi'mant avec lui une sociélc plus ou moins large en extension, plus ou moins étroite en compi'i'liension. Selon nous, pour concevoir d tnie conception scieiilili(pie une autre existence qui ne soit pas nn/nlion pure et abstraite, on est toujours obligi' de lui prêter ipu'lque eliose de soi-même, si peu (juecesoit.ct ce peu <'st d(''jà /crommcncement d'un autre moi plus ou moins send)lable au n<")tre. C'est noli'e image etl'acée, réduite et ineompletr. (pw nous |)rojetons dans les autres êtres pour les penser. Kt c'est ce (jui t'ait que, tout en nous séparant d'eux, nous nous unissons à eux en nous Icsassimiltint.

Ce n'est pas tout. On peut soutenir let nous l'avons soutCfiu dans la LilH'rté et le Déterminisme^, qui' riionnnr commt'uce par concevoir les êtres inanimes eux-mêmes sous forme animée, sous lasitect d'autres individus, d'autres moi, avant de les dépouiller de celte individualité, de cette vie plus ou moins smtaide ou eonscienle. Nous avons monin'' (pu', seicntiliquement considéré, le passage du subjectif à l'objectif, tourment des métaphysiciens et des criticisles, esl, dans l'expr-rienc)» immédiate, un passage du subjectif à d';iutrès siiltjectifs.

On peut, juscpi'à lui ccrtion point. riMidrc conqitr sensitirement de l;i rrpresenl.ilion <lrs autres sujrls. il existe, eommc |irenner cas des idé-es-forces, une loi de conservation et d'expansion des états de conscience.

AXALVSi: DE LA CONSCIENCE DE SOI n

qui se manifeste par dos tendances presque automatiques, en tout cas sonsitivcs et imaginatives, d'où résulte une sorte de lantùmc d'aulrui dans notre pensée. Les animaux, eux aussi, n'arrivent-ils pas de bonne lieure à se représenter d'autres animaux, à leur attribuer bienveillance ou malveillance, douceur ou colère, humeur pacifique ou intention iiostile ? Il y a là, à l'origine, nn jeu d'images associées, une inférence instinctive tpii aboutit, chez l'animal, à la liguration d'un monde extérieur, composé de vivants, auxquels tinissent par s'opposer plus tard les non-vivants. Mais ces sensations et images statir/ues ne sont pas seules: les impulsions rf^/2«miques sont plus importantes encore. 11 ne faut pas tout se représenter sous forme visuelle d'images: méfionsnous de nos yeux et c<jnsuttons le sentiment même de l.i vie, qui est mouvement continuel d'un état à l'autre, dune tendance à l'autre. Dans la Liberté et le Déterminisme et dans la Psi/cholofjie des idées-forces, nous avons fait voir, en analysant le passage à l'objectif, qu'il y a effectivement, outre l'élément sensitif et passif, un fond aclif et appétitif, auquel les idées doivent leur vivante efficacité. Au premier moment, l'enfant ou ranimai trouve en soi: même vouloir ou même désir avec mêmes modifications ar/réables ; au second moment : même vouloir avec autres modifications désagréables, ce qui lui donne la conscience du même et de Vautre. Nous avons montré ensuite par quel dynamisme le vouloir franchit la limite et l'obstacle à son action, avec la moindre altération possible de soi, en se replaçant luimême derrière l'obstacle par la pensée. Seulement, il est obligé de changer alors le signe positif en signe négatif, le signe moi en signe non-mo\. L'enfant, disions-nous, ne tarde pas à projeter ainsi un autre moi derrière les modifications qui lui sont contraires, et il construit, en se dt'ddublanl, d'autres volontés oi)posées à la sienne. Nous prenions évidemment ici le mot de volonté au sens le plus large, pour exprimer toute apl)étition, toute im[)ulsi(jn, tout désir, toute tendance à

passer d'un (Hat à l'autre, d'iine jouissance à l'autre. Voilà l'élément dynamique, quelle ([u'en soit la nature, (ju'on est obligé d'ajouter à l'élément statique de la sensation, conçue comme cl al ayant telles (jualités déterminées. Toute sensation, d'ailleurs, enveloppe une impulsion et un devenir à quelque degré : il n'y a rien de purennnit statique. C'est prt'cisé'mcnt pourquoi nous avons posé la grande loi dynamitiue qui l'eprésente les états de conscience comme forces et impulsions, sans sultstantifier d'ailleurs ces forces impulsives.

La sociologie vient ici conlirmer la science psychologique. I/antliropomorphisme [irimitif était, comme la monin'' Auguste Comte, un vrai létieliisme. une animation universelle, une universelle extension <lu sentir humain et du vouloir humain. Plus tard seulement, riiomme a dû {)river |)eu à pei' les obj(*ts extérieurs de leurs altribuls sensilifs et même vitaux, il a dû les faire mourir en (|uel<|ue sorte, pour les concevoir inanimés et bruts, (^es consich'ralions sociologifjues trouvent leur dernier fondement dans les lois de psyclmlogie «jue nous venons d'exposer et (jui oITrenl seules un caractère vraiujent primitif.

L'animal, lui aussi, a passé de l'animation universelle à la repn'sentation d'(jbjels inanimés. Le ehien et le chat peuvent bien, au début, njordre le caillou (pii les a blesst's ; ils apprennent vite à distinguer la pierre inerte qui les heurte d'avec l'être ipii leui' lance une pierre dans l'iidention de leur faire du mal. Ils classent, d'une façon vague, les choses extérieures en vivants et non-vivants. Mais ce qui manque à Tanin.al, c est la rr/lexion sur sa propre conscience et, en même temps, sur celle d'autrui ; c'est, en consé(|uence, le pouvoir de s'élever à un(* vraie i(lih\ claire et distincte, soit de l'être individuel, soit <le lexislence universelle. Ce (|ue ne peut faire l'animal, I homme le fait. En lui se développe, avec ces deux ich'-es-forees, le germe <le moralité (jui était inlnTcnt aux animaux euxmêmes.

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