‹ Morales des idées-forcesChapitre 45 sur 150 · II · texte numérisé non relu

II

IMPOSSIBILITK l)f « SOLIPSIS.MK » SELON LES LOIS KXPKniMKNTALES DK LA CONSCIENCE

I. — Lo^ mrtaphysicions ou criticistcs objecloront-ils aux considérations tontes scientiliciues ((ui pi'oct'dent que les existences autres (|ue la mienne sont peut-être simplement des fantômes, des apparences sans réalité en dehors de moi? C'est ce qu'ont prétendu les partisans d'un idéalisme outré, de ce que les Anglais ap()ellent le solipsisme. Et c'est aussi à quoi ne songera jamais aucun animal; on ne trouvera pas d'animaux solipsistes. Les mé'taphysieiens anglais, familiers avec la philosophie de Berkeley, ont souvent agité ce problème, jiarfois sous les formes de la fantaisie poétique. Dans Throiifjh Ihc Lookin;/ Glass, Alice est admise à voir le roi qui dort, et Twecdledee lui demande : « Savez-vous h quoi il rêve? — Personne ne peut le deviner, répond Alice. — Pourquoi pas? dit Tweedledee triomphant; il rêve à rous. Seulement, s'il cessait de rêver à vous, Alice, où supposez-vous que vous seriez ? — Où je suis maintenant, cela est clair. — Non pas, vous ne seriez nulle part. Vous êtes seulement «/le sorle de chose dans son rêve. Si donc le roi venait à s'éveiller, adieu! vous vous évanouiriez, juste comme la lueur d'une bougie. » Pourquoi Alice avait-elle raison de ne pas vouloir être considérée comme un simple fantôme dans la conscience d'autrui ? C'est quelle avait elle-même une conscience capable de sentir, une expérience ; et, si le roi se fût éveilh', elle eût continué de sentir, d'avoir conscience et expérience. Elle n'était donc pas simplement une espèce de c/iose conçue par la pensée.

Ce que nous appelons les choses/i\ y regarder de près, ce que l'ontologie matérialiste ou spiritualiste réalise, ce sont des ensembles de rapports, qui se ramènent.

en doriiière analyse, à des rapports entre nos propres sensations. Los choses extérieures, abstraction laite de leur fond et de ce qui fait leur n'alité intime, ne sont que des phénomènes, et ces phénomènes sont des apparences pour quelque réalité consciente. Voilà ce que Berkeley a soutenu. Qu'est-ce que l'univers purement phi/sirjiw. qu'est-ce (jue le monde des choses ou des phénomènes'! Mon rêve, ou le V(Mre. Si je cessais de rêver, et vous aussi, et tous les êtres sentants, le monde des apparences sensibles fei-ait, comme la dit Schopenhauer, un ploiij^eon dans le n(''ant. Mais, quand je pense à cous, pi»ur(pioi n'ètes-vcais plus simplement une sorte de chose dans mon rêve ? encore une fois, c'est que vous avez conscience ou, si l'on veut, c'est (|ue vous rêve/., vous aussi. Je ne vous attribue donc une réaliti' ind»''j)endante de moi <|u'en tant que je vous attribue ou une conscience comme la mienne ou quelque chose de ce que renferme ma conscience, de ce (pielle seid ou lait, de ce dont elle a l'expérience passive ou active.

En d'autres termes, le problème peut prendre celte l'orme; — Ne nous représentons-nous les au 1res sujclsnin' par de simples signes stati(pies, de telle sorte (fue ces sujets nous n'stent toujours extéi'i<>urs de tous points, qu'ils nous soient sinqilemeni fujnrcs dune façon synilu»lique, comme le sont les objets matériels ? S'il en était ainsi, nous serions n'uluits à l'éi^'oïsme idéaliste des mé*taphysiciens et. dans le fond, nous ne pourrions être absolument certains de l'existence réelle des autres hommes. Mais, dans l'expc'rii'nee vc'cuc, nous nous re(>résentons les autres sujets par nos propres élatsou actes, par les réalités vivantes de noire conscience, non pas si'idj'ment [)ar des sij^nes ou symboles. Quand je dis que vous jouisse: de lOdeur d'une rose, ']c me li^^'un' voir»' jouissance cji sa realit*' par la mienne, qui est réelle. Au contraire, ce qui ré-pond objectivement à l'odeur de la rose et à la rose elle-même n'est Cfnmu que par signes et symboles. Nous l'avoîis d«'jà rennirqué

tout à riieuro, inaii^'ré la disparition du félicliisme primitif, si je veux concevoir les prétendus ol)jets inanimés en leur réalité, non plus dans leurs simples rapports entre eux ou avec moi, je ne puis me les ligurer que comme des < forces », des >< tendances », des " appétits », des « activités », « des vies », des ' volontés >'■ plus ou moins obscures, des « cenfi'cs de volonté de puissance », etc., en un mot comme des espèces de moi rudimentaires, comme des existences pré.'on^cientes ou suhconscientes. Si je prête à la pierre même une existence, c'est que j'y place, non plus sans doute une intention à mon égard, mais quel- (pie tension, quelque etfort, (luelqiie action plus ou moins analogue à ce (pie j'éprouve ou produis moi-même en la soulevant ; je ne puis la réaliser qu'en lui donnant une réalitf' dynamique et quasi psychique, la seule qui constitue la vraie existence et ne s'évanouisse pas en phénomènes ou en rapports. Quand il s'agit de mes semblables, |>lus d'hésitation possible ; je me i)rojette en eux tout entier : ils sont pour moi d'autres moi, ipii comme moi soutirent ou jouissent, agissent, vivent et veulent vivre.

Au premier moment, la distinction du moi et du nonmoi demeure confuse : l'être sent et réagit sans distinguer encore nettement la sensation et la réaction, sans s'attribuer à lui-même la sensation, sans attribuer à aidre chose la cause de celte sensation sur hupielle il réagit. Pourtant, jusqu'en cette vie sensitive s'opéi'c peu à i)eu une sorte de « discrimination » et de classification spontanée. L'être ne se sent pas isolé: il se sent en contact, en lutte ou en concours dynamiipie avec d'autres êtres ; il ne se voit pas seulement agissant, mais'/^y/, poussant et |iouss('', [iressani et j)ressé, s'épandant et l'cncontraid une résistance à son expansion. Cette résistance, il se la représente à sa propre image et ressemblance : quels éléments a-t-il pour construire les autres êtres sinon les éléments statiques et dynami(jues dont il est coîistruit à ses propres yeux?

On le voit, rexistenco (raiitnii nous est garaiilii' par la conslitutioii iiitimo de noire propre conscience, qui, de fait, ne se saisit qu'en relation avec d'autres ètros et même comme conscience sociale, ('/est donc sur la certitude de notre existence consciente que repose la certitude de rexistence d'autres êtres: monde et société sont impli(|M('S dans noli'o moi. Lesolipsismeest un paradoxe niélajdiysiipie imaginé par l'homme qui spécule ou qui critique; si on veut prêter '. ce paradoxe une valeur pratique, morale et sociale, on n'est i)as sincère avec soi, on est injusle enveis aidrui. Le fait expérimental de la conscience et de la réilexion, c'est-à-dire de l'expérience même, s'impose à tout esprit, do «pieique façon qu'on essaie de l'expliquer spéculativement ou d'en faire la critique ; toutes les consciences admettent, dans la pratiipie, i'olijectivité de l'acte })ar lequel, posant notre être» comme réel et vrai, nous posons comme non moins réels d'autres êtres avec les(piels nous sommes en rappoi'l d'expérience. Si mystérieux que soit le procédé dynamique et vital par lequel, fi'ancliissant notre propre sphère, nous concevons l'existence d'autrui ou mêm»' l'existence universelle, il est certain que ce procédé existe: la caracti'risticpie de l'homme - raisonnable " e^f de concev(jii' '/////•/// dans toute la force de ce terme, de concevoir autiui comme existant autant que moi, au même titre (pie moi. avec la même certitude iné'braidalih» qui fait que le .s7//;?//.s- est attaché' au .s7/m,(pie le siim luimême se pose dans et par le sumns.

Kanl et Fichte ont insisté' trop exclusivement sur le lait «l'np/xjsilion intellectuelle etdrc moi et non-moi, qui. nous lavons vu tout à l'heure, peut entraîner une opposition volontaire et devenii' ainsi un germe logique de conllil. L'opposition n'est que l'asiiect c.r/c'/vc///- du rap[)ort entre le moi et le non-moi. Il faut donc, selon nous, aller plus avant et poser la loi sinvaide. qui. comme les autres, a un caractère scientilique : 7'onle opposition inipli^/nc f/nch/nc union (intérieure ou sein

ANALYSE DE LA CONSCIENCE DE SOI i;

de laquelle elle se produit, et elle aboutit à quelque union ultérieure, plus consciente, où ropposition vient se résoudre.

11. — Les principales lois scientifiques de la conscience et de la pensée sont celles de la ressemblance, de la causalité et de la finalité. Nous allons voir que ces lois fondent scientifiquement un rapport nécessaire de chacun à Ions, par conséquent une solidarité psychique des êtres, vrai et dernier soutien de toute solidarité sociale.

Chaque être que le moi s'oppose et à qui il s'oppose a nécessairement des points communs avec lui, ne fût-ce que dèlre comme lui dans le temps et dans l'espace, d'avoir comme lui être et manières d'être, activité, peut-être vie et vouloir-vivre. Sans ressemblance, la difTérence même ne serait pas connue. Une différence absolue, loto ccelo, serait zéro. 11 en résulte de nouveau que l'individu ne peut avoir conscience de soi comme seul et unique.

Non seulement vous ne trouvez nulle part^, dans l'expérience, Tindividualité absolument isolée de fait. mais on peut même vous mettre au dt'fi de la concevoir telle. Comment vous représenleriez-vous un être qui n'aurait avec les autres aucune espèce de similitude, alors que la loi de ressemblance s'impose invinciblement à la pensé'e, surtout à la pensée scientifique ? Or, la ressemblance est la première et la plus lointaine base de la communauté, de la société. Des êtres qui n'auraient rien de semblable, ne pouvant se représenter mutuellement, ne pourraient sympathiser ni se vouloir l'un l'autre. L'intelligence, qui conçoit les ressemblances, qui compare et généralise, est donc, au sens large, comme nous l'avons affirmé depuis longtemps, sociale par essence :elle associe les êtres comme elle associe les idées el par les idées I . L'intelligence,

(1) Voir Vidée moderne du droit, la .Science .<ociale contemporaine,

18 MORALi: DES IDIiES-FOHCES

en tant que pouvoir de comparaison el de généralisation, est la science même en sa source : el c'est parce que l'homme est capable de gdnéralisation, qu'il est capable d'aimer et de vouloir le bien général.

En second lieu, comment vous reiirésenter un être qui ne tiendrait rien d'aucun autre et ne devrait rien à personne, alors que la loi de caiisalilé réciproque universelle, condition de toute science, régit votre conscience connue elle régit la nature? Partout où vous étendez cette loi (et la science en est l'extension perpétuelle), vous associez les êtres non plus seulement, comme tout à l'heure, par leurs ressemblances communes, élément statique, mais encoi'c par leur action mutuelle, lien plus réel, actil'. di/namique el rital. La science, en tant que recherche des raisons cl lois, en tant qu'explicative, est donc essenliclleiuciit uniliante cl rapproche les êtres.

En troisième lieu, loule action cl lonction. chez un être vivant, ayant une (in instinctive ou réiléchic, la conscience souinel à sa pi'opi'c loi de finalité les actions des vivants ; elle tend même, nous l'avons vu. par une induction naturelle, à faire rentrer tous les actes et tous les mouvements, quels (pi'ils soient, sous cette loi de (inalilé el de vie. Or, la communauté de fin est ce qui achève l'association, ce qui constitue la vraie société, surtout rpiand cette lin est représentée en commun, sentie en commun, lumlue en commun avec une conscience plus ou uioins claire, (le lien des êtres |»ar l'objet rpi'ils poursuivent d'une seule volonté et qui, pai' rap|)ort au présent, devient un idéal futur, est. selon nous, ce (|ui constitue par excellence le lien social. IMus encore (pie les autres traits d'union, celui-là tient aux lois mêmes de la pensée et de la science, comme de raclion el de la vie : il s'exprime finalement dans l'idée- force collective, dans la comnmnauté de [idéal. Si bien que nous

In Crilique des systèmes de morale contemporains, |;i l'sijcholoffie des idées- forces.

pouvons poser encore cette loi scientifique: ï union réelle des hommes est, dans son dernier fond, suspendue à un idéal, à une idée-force .

Dès lors, à tous les points de vue que la science peut considérer, le moi ne saurait affirmer avec réflexion qu'en se dépassant, puisqu'il s'affirme en tant que différent de quelque autre être et aussi analogue à quelque autre être faisant comme lui partie d'un tout. Il ne s'affirme donc ([u'en se niant sous certains rapports, dans autrui et dans le tout. De là encore cette loi d'expérience, qui n'est métaphysique que d'aspect, qui est psychologique au fond : — L'assertion intellectuelle de soi-même enveloppe une sorte de sacrifice de soi intellectuel, un certain abandon de son moi au moment même où on le pose. Nous ressemblons à un organe corporel qui ne pourrait prendre vraiment conscience de soi, se percevoir et s'apei-cevoir que dans et par sa relation au corps tout entier : il ne saurait s'affirmer sans affirmer l'organisme dont il est membre, s'affirmer en tant fjue pai'tie sans se nier en tant que tout. Le complet égoisme intellectuel, en fait, est impossible pour la conscience. Nul homme ne peut dire : Je suis tout. D'autre part, le tout n'est pas quelque chose d'absolument étranger à moi-même, puisque je vis en lui et par lui, puisque j'y trouve les conditions premières et aussi dernières, le commencement et l'achèvement de ma propre vie. Ma famille, ma patrie, l'humanité, nous l'avons dit bien des fois et nous devons le redire, c'est encore moi, c'est mon grand moi. Quand je me sacrifie à des objets qui me dépassent, ces objets sont pensés par moi, ils sont ainn'S par moi, ils sont vouhis par moi; ils sont donc encore miens, ils sont mes idées-forces, ils font partie de moi-même au moment où je me conçois partie d'eux ; ils sont, en un certain sens, ce qu'il y a de plus moi-même.

Il faut bien, d'ailleurs, admettre au fond de mon intelligence quelque chose qui dépasse les relations toutes

matérielles de partie cl de lonl, puisf|iie ma pensée embrasse en soi les deux termes jiarlie cl tonl, s'élève an-dessus, reconnaît que ces termes o|»posés n'expriment pas vraiment l'unité de Vêlre et de la vie.

En somme, ce qui se présente à la conscience comme autre, c'esl-à-dire le monde extérieur, est son autre, pour parler un langage platonicien et liégélien ; par conséquent, c'est un autre qui n'est pas entièrement autre et dont la ditlerence avec la conscience est surmontée par la conscience même. Les lois précédentes viennent donc se résumer dans cette loi synthétique : Point de sujet parement individuel, point d'être conscient ijui soit conscient en vertu de quelque chose appartenant à sa seule existence individuelle et à sa seule vie individuelle. Telle est, à vrai dire, la grande loi de la pensée, de la sensalion, de la [>erception, de la repri'sentation, de lappétilion, de la volilion. de la vie, qui toutes su|)posent un point d'application extérieur jionr l'activité intérieure.

L'expérience psycliologi(|ue l'I la lliéorie pliilosophique confirment cette loi.

Pour l'expérience, le sujet et l'objet sont en une telle dépendance ellcclive que le premier ne peut ni changer en fait sans un changement du second, ni même c.r/.s/r/' vraiment sans le second 1 .

Eu thé()i"ic. supposez un lait (\v conscicuc<' absolument isolé de r(»i'gaiii"<nic vivant, cxclusivcmeid pr(qire à la conscience scide, n'ayant aucune valeur <'./'/>/-<'.s'.s-//'e dun monde extérieur (ît, en ce sens, aucune valeur sociale; vous ne p(»urr(V. plus attribuer à un tel état aucune valeur objective. Celte l'ois, ce sera bi(Mi <( une chose dans un rêve >» ; ce sera, selon b» niot de M. Laclielier, un rêve absolu, n<' ri'pondanl à ancuiic rt'\ilil('' et

(1) Voir Dydo, dans .Viml. XIII, .')>2. cl los Irnv.uix <!<• Sloiil. (^liffor«l,,F. Rnycp, Dowcy, M.ickcn/.if!, Snricy, Cninl nniaicy. Ilalilnric. (les liîiv.iiix mOrit fourni de pn-iiciix <>ir-iniMils|)oiii- |Miii^Hei' /i spk dcrni<'ros (•oiisôriurncrs In lliéoiif* du lien entre le, siijel cl Icsniilres sujets ou ol)jcls. llii^f»ric ipic j'.iv.iis déj;^ cxposc^c il y ;i Ircnic cinij ans* dnus la Liberté cl le iJélerminisme.

n'ayant, en conséquence, aucune vérité. Le subjectif ne saurait être s:hi1. Par cela même Tindividu, conçu comme une série d'états subjectifs ou comme le centre api)arent dont ils sont les modes, ne saurait théoriquement se sul'tire, ni même exister seul d une façon purement individuelle, en dehors de toute solidarité, de toute société. En d'autres termes encore, Tindividu vivant est un organisme indivisiblemenl psychique et physique, un « monde concave » qu'Aristote déclarera inséparable du « monde convexe ». 11 est, pour parler de jirt'lV'rence le langage cartésien, un tourbillon relativement détaché pour nous, mais dépendant en soi des autres innombrables tourbillons de la vie universelle.

D'ailleurs, un sujet absolument pur. en voulant se contempler par la pensée, ne trouverait rien à contempler. Dès qu'il y a objet quelconque, perception réelle ou pensée réelle, des qu'il y a tel sentimiMil, telle idée, telle volonté, il n'y a plus sujet pur. Il y a sujet inséparable d'objets et ne pouvant s'affirmer lui-même qu'en relation avec des objets, en relation avec un non-moi. II y a idée ou germe Aidée et de représentation ; il y a aussi une certaine force de projection inhérente à cette idée. Nous revenons ainsi, par toutes les voies, au grand principe des idées-forces. Nous y trouvons la synthèse et conciliation de tous les points de vue^ empiriques et spéculatifs, sur la nature de la pensée^ notamment de la pensée réflt'Chie, qui est manifestement la condition de toute moralité réfléchie et voulue. Sans ses relations objectives, germes de ses idées-forces,, le moi serait une pure forme :je suis un sujet qui attend ses détermin;itions. Mon moi abstrait ne devient un moi vivant qu'en se remplissant de relations à des objets, de peret^pfions, d"id«''es, de sentiments et d'actions. Et parmi ces relations, nous venons de le voir, il en est qui sont nécessaires, sinon a l'existence d'un moi j)urement animal, du moins à celle d'un moi jtroprement humain : ce sont les relations humaines. Pai- là nous donnons enfin son sens profond à la théorie de Comte.

Tn honinio ne peut être vi'aiinciit homme à lui tout seul; il n'est alors (lu'auiinal, supérieur en virtualités, mais incapable de vivre une vraie vir humaine. De là eette derniiM'c loi : l'homme nesl réel et actuel comme homme f/ii'en tant f/ii'il est memtjre actif de l'humanité. Co fait (|ue le moi est constitué expérimentalement par ses relations avec les aulres êtres, surtout jtar sa socialité, a sa raeine dans la condition première delexpérience même, que nous venons d(> dégager : primitive union du sujet et de ses objets, <pii sont eu.r-mèmes conçus comme des sujets, en rapport de causalité réciproipie.

III. — Dans la conclusion de notre Philosophie de Platon et ilans notre livre sur la Lilierté cl le Déterminisme, nous avons encore insisté sur \\n principe (pie nous regardioFis comme important et (jiie nous appelions la « pénétr(d)ilité des consciences », par oiiposition à cette iînpénélraltililé (pie Leilmiz prêta à ses monades sans fenêtres. Dès cette t''pi)(pi(\ nous avons essayé de montrer (pie « ce (pie lliomme a de plus intime », je veux dire la conscience, est aussi ce ([ui lui permet de pém'trer dans rextt'rieiir. C'est de ce centre, disionsnous, (|ue nous pouvons rayonner: c'est par ce (pi'il a de plus essentiel (pie le sujel (pii reul et désire peut s'objectiver ; c'est par ce qu'il a de plus personnel (piil peut pénétrer dans limpersonnel ou radmeltrc^ en luimême. Celte [)énetrabilité de ce (|ui nous est le plus pr(q»re et de ce qui siMuble, sous un antre i-apport, le plus impéni'trable, est •< le fait dernier (pie ne peut guère analyser la pensée Iogi(|ue ». A ce point semble s'évanouir cette apparence d'individualité fermée qui semblait d'abord nécessaire i\ la conscience et ipii, en n''alit('', ne lui est pas cssenlielle, puis(pren fait nous concevons autrui, nous concevons même riinivers. " Le monisme {(jndamenlal se laisse entrevoir, |)Our l'expérience même, au fond de la vobtnb' consciente \\) ».

(i) Im Librrti' cl le [h'irrminiitnir. noiiv. <•(!., p. ir».

Il existe sans doute dans l'individualité quelque cliose iV incommunicable, ne fût-ce que la substance orofanique, qui ne peut être en deux lieux à la fois, en deux temps à la fois. Cette substance organique est indivisiblenient une réalit('' psychique, par la sensation ou Pappétitiou plus ou moins sourdes qu'elle enveloppe ; et elle est psycliitpiement incommunicable tant que vous et moine sommes pas soudés en un tout comme celui des fi*èi'es siamois. Mois il y a aussi dans l'individu quel([ue chose de comnumicnble, et voilà précisément ce qui en fait une personne. Ce sont les éléments universels en lui incorporés ; ce sont les idées, les sentiments inséparables des idées, tout ce qui est représentation d'objet, action sur un objet selon des lois, sentiment relatif à un objet, tendance vers un objet. Par ce côté objectif des idéesforces, nous pouvons entrer en relation causale les uns avec les autres. Dès ([u'il y a représentation d'objets autres que moi, il y a sympathie possible et il peut y axo'wsijnergie volontaire, selon une loi qui ne sera plus uniquement la loi de l'égoïsme.

Celte théorie, qui a une incontestable valeur scientifique, est capitale en morale. Si, en elfet. vous délinissez psychologiquement la personnalité comme un principe exclusif et exclusivement individuel, vous voilà entraîné moralement, soit à la doctrine utilitaire de « lintérét déguisé », soit à la théorie nietzsclK'enue de la « volonté de puissance » ayant le moi pour «ponctuation », soit enfin à la doctrine chrétienne et kantienne qui admet chez l'homme deux principes foncièrement opposés : une nature tout égoïste, aussi impénétrable que l'atome des physiciens, une loi supra-naturelle, dilVérente de l'humanité même et de notre conscience propre. Selon nous, au contraire, la personnalité bien entendue renferme déjà en elle-même et en elle seule sa loi impersonnelle. La conscience est tout ensemble ce (jui clôt mon moi et l'ouvre à autrui ; c'esi le contraire d'un atome ou d'une monade sans fenêtres. Là où j'existe véritablement, moi qui ne suis pas un être isolé «le Tuni-

24 MORALb; DES IDKES-FOHCE>i

vers, je n'existe que par le loiit. dans le tout et, sous ce rapport, que pour le tout.

Nous reconnaissons ainsi de nouveau, comme condition même de la conscience du moi, ce que nous avons appelé lV///r«/itme intellectuel, fondement ultime de l'altruisme trop superficiel qu'admettent les positivistes, l/idée û'auirui csl ridée-I'orce par excellence en morale, et elle est inséparable de l'autre idée-force fondamenale, celle du moi.

ANAi.Ysr. m t;n(;iT() {xiiile).

l'attf<iiiit kt le VEnni:. lmvkrsalitk i:t socialitk

ESSENTIELI.FS Kl I \ l'KNSKI.

I. — Nous venons d'établii- (jnc le vivant suji-l du rot/ilo ne [»eut se suffire sans un com|tlt''ment. ipii est son objet, et dont le sujet lui-même est distiuel. mais solidaire. Keprenons maintenant l'analyse philosoplii(pie du ('ot/ilo et considérons l'attribut.

Dans " je suis |)ensaul -, l'attribut jn'nstint est ^'é'nériqiie. Il désigne une pensée (|ui, tout en é-taid la mienne, est cependant soumise à des lois imiverselles et néc«»ssaires pour tous^ lois sans les(|uelles la science serait impossible. Je pense si},'nifie au fond : moi, je pense comme vous, selon les mêmes lois que tous I). L'universalité finit donc par apparaître connue attribut essentiel de la pensée proprement dite, dont la forme supérieure est la science. En d'autres termes, pour la pensée conscieide, il y a un principe de conservation et de dt'veloppenn'ut «jui fait «pi'elle ne peut subsister et se mouvoir cpu' sous certaiiu's conditions, qui, nécessaires de fait, lui semblent nécessaires de

(I) PhiloMophif (If Platon, 2' (-dition. t. IV, |i. 41. Voirnn^si noln- Dfnearlei (Hâcheil»*! ft notre Pnychologie det idéet-forcts, i. Il, |>. "H.

droit, par impossibilité de concevoir autre cliosc que ce ,jui ressemble plus ou moins à son expansion spontanée. Ces nécessités sont contirmées sans cesse par leur réussite dans Texpérience et dans la science ; elles deviennent donc des principes universels. C'est alors que la conscience se change en « raison » et que l'attribut de la />eAj.>{<v devient l'attribut de rationalité. ;< J'ai conscience de penser » signifie, au Tond : j'ai conscience de penser rationnellement et scienlififjuement ^ c'est-àdire selon des conditions i)Ositiv»'s et négatives (juc j'c'dends hors de moi aux autres êtres, conditions sans lesquelles aucune science ne serait ni possible ni réelle. Cet élément d'universalité prend, dans la pratique, une forme plus concrète : socialité de la pensée, y-o'vo; Xo'ro;, raison commune, sens commun (1). La conscience se révèle comme un moyen nécessaire i\e communication enti'c un sujet et un tout objectif quelconque, et ce tout objectif enveloppe de fait une collectivité ; or, la forme par excellence de la collectivitt^ est la société d'êtres vivants semblables à nous et, de plus, conscients comme nous. 1ji conséquence, il existe ce que nous avons appelé .lilleurs des conditions soc/«/es d'intelligibilité. La " fonclioii sijnlhéliqne de la pensée », essentielle à sa fonction scienlilique, est, en grande partie, une fonction sociale. Elle est un elTet de l'action et de la réaction mutuelles entre l'individu et tous les êtres plus ou moins analogues à lui, avec lesquels la nécessité de vivre le met en constante relation, rpi'il se représente nécessairement sur son propre type, auxquels il impose les mêmes lois (pi'à sa projtre pensée (2). Il y a une lof/if/ue pratujue et active qui a accompagné dans le temps la logique intellectuelle et abstraite; elle se compose, en majeure partie, des catéf/ories collectives et rèijles collectives, sans lesquelles une pensée ne saurait devenir compréhensible pour une autre pensée

(1) Psiicholoyie des idées ■forcer, l. Il, j». 73.

(2) Ibid.

26 MOrj.VLi: U1£S IDLliS-FOnCES

semblable, ui un être of/ir réellement sur un autre èlre. I.a vèriU\ objet de la seienee, est donc, en partie, eo/Zee//vilè, harmonie dynamique et vitale de consciences, non pas seulement de mécanismes. C'est l<à, selon nous, le Coté atlmissible et pl»iloso|)lii(|uc de la doctrine du con- .tentemcnl universel. Nous ne voulons point dire (pie la vérité soit unif/iiemeni l'accord avec les autres sujets pensants, mais cet accord est un des éléments inléiîrants de l'accord total ou synlliése intégrale (pii constitue la vérité.

Le lan{:;age est un l'ail social ; or, sans aller jusqu'à dire <pie l'homme ne penserait pas s'il ne jtarlail pas, au moins peut-on soutenir ipi il ne penserait p(jint luimninement : il serait réduit au mode inférieur de senlii' et d'imatiiner (pii cai'aef(''rise les aninutiix. Il ne penserait pas non plus scienli/u/iiemenl. Ileeonnaissons donc que la pensée, pour jirendre une lorim.' délinie, pour avoiiainsi pleine conscience de ses attributs et actes essentiels, a besoin de s'exprimer à autrui et /«>«/• la conscience d'aidrni. C'est cette valeur sociale d(.' la pensée qui achi've de lui donner sa l'orme vraiment scienli/i(/ne. Science snpp(tse inlellii/il/ililé pour tous les nidres comme poumons, vèrificalion |>ar les fiuires, iransrnis- .tihilitr aux aiilres. La détermination rélli-chie de la pensée, outre le mouvement sur soi, iuqditpie «lonc le mouvement vers autrui et vei'S tous: la force d'expansion assure ici la force de concentration. Voilà un des plus admirables exemples de synthèse d'opjjosés ipiolVre au |)sycholo^Mn' la vie mentale: pMile conscience supjiose un concert de consciences.

II. — Dans le rot/il», \e verl)e |)0sant WUre nlVre.comtne 1 attribut posant la j)ensée, uu caractère impersonnel. En écrivant nos /'assois de f/hilosu/thie plalonieienne, nous avons insisté' sur eo (pi'il y a (l'universel en loule allirnialion. en tout jugement, même particulier. nn"'me individuel. L universel, essence du jugement aflirmatif, disions-Flous, se tr.iduil p;ir le verbe. T.indis (pu;

It'S autres termes ont toujours un caractère plus ou moins particulier, « le verbe exprime, en lanfi^age platonicien, ruiiiversalitë de l'être et de rinteltij^ihlc ». Il faut seulement transposer le platonisme et ses Idées transcendantes dans la sphère des idées-forces, qui est le domaine scientilifiue. Ce qui est est, disions-nous encore ; mais l'identité n"est ici que verbale; au fond. Tallribut est universel, tandis que le sujet est particulier. « Ce qui est (à savoir ceci, cela, une chose particulière, une chose quelconque ayant son existence propre et indiviluellc) est (c'est-à-dii'c est l'objet d'une aflirmation universelle). Ce qui est n'est (|u"un sujet particulier, le verbe est a l'universalité du vrai et de lintellif^ible. » Par cet axiome, nous repoussons toute contradiction et, conséquemment, toute borne apportée à notre aftirmation ; nous ne voulons pas cpie notre aftirmation cesse ici ou là, qu'elle soit {)Our nous et ne soit pas pour vous. Exclure toute contradiction, c'est exclure toute limite, toute ojtposition, toute dualilc' ; c'est aflirmer 1 "universalité et l'unité de rinlelligible ii). Ainsi parlions-nous, ainsi pouvons- nous pailer encore, mais en restant au point de vue de la stricte expérience intérieure. Il demeure alors certain <iue, même quand je pose mon existence individuelle, j'attribue, dans le jugement rélléchi, un caractère universellement valable à cette existence |tarticulière ; car, en fait, je n'admets pas (pi'il soit vrai pour moi et faux pour les autres que j'existe. Tout verbe est la conscience se posant pai- laréllexion et, du mèmecouj), tout verbe est la « raison » afiirmant cpie ce qui est est pour tous comme pour moi. Celte aftirmation se trouve iinjdiquée dans toute science, elle est la condition même de la science. Si ce rpie je sais n'est pas une chose que, vous aussi, vous puissiez savoir, je ne sais vraiment pas : ce que je croyais savoir, n'ayant de valeur (|ue pour moi, non pour tous, n'a plus de valeur seieidili(pi(' et

(i) Voir aussi la Liherlé el le Délerminisnie, 2' (édition, p. 27r).

positive: me voilà de nouveau perdu dans le " songe ». On voit (|ue, sous tous les rai)|)orts, au lieu dètre termée, ia conscience est nécessairement ouverte; au lieu d'être un absolu qui se suflit, elle enveloppe une relation essentielle entre moi <pii pense et (piehpie auti'c être que je pense selon des lois communes à tous, qui sont les lois de la science. Dans celte pi'étendue solitude, dans ce désert apj»arent de ma conscience, je ne puis prononcer le mol moi sans qu'un écho répète le même mot pour le compte des autres, à l'inlini : je ne me conçois scientiliqucmenl qu'en société avec autrui et, si on va jusqu'au bout, en société avec l'univers. La conscience est donc bien, comme nous lavons dit au- Irclois, sociale et ftocinble par nature, non point seu- Icmenl par accident l). Il est aussi ini[)()ssil)lc de trouver une conscience al)Solument individuelle (pie de trouver un aimant qui n'aurait (ju'un seul pôle. Ndus analysions tout à l'heure la [U'oposition : >■ je pense, donc je suis » ; on comprend maintenant |>ourquoi Descaries aurait pu aussi bien dire : — Je pense, donc d'autres êtres existent: je pense, dune vous êtes; je pi'use, donc nous sommes, je pense, donc il y a un univers (*2). La pensée est nécessairement objectirc et les objets de ma /tensée sont /dus ou moins des sujets annbxpu's à moi-même, tel sera, cihu ne nous rav(»n> montré, le [)rinci|>e psychologiipn' de l.i niur.ije à venir, aussi fondamental que ee cogita de Desi'artes dont il est le nécessaire complément. One les m(''laphysieiens ex{»li(pienl, comme ils voudront ou comme ils pourront, ce [U'odige du moi saisissant le non-moi. eoncevan! l'objet univ«M'sel ou plutôt Tuniversalitt' des autres sujets, il faut bien que l'homme de science et l'Iu^mme d'action racce[)tent en fait, sans (pioi il n'y aurait ni science ni action possible. Les hommes sont nos associés, nos frères, par ta nature même de notre conslilntion in-

yl) Voir notre Criliifuc des sijslcmes de morale conlemporains. (2) Voir DOtr« Uekcnrle$.

ANALYSE DE LA CONSCIENCE DE SOi »*

iellecliielle el voidiue. Déjà membres dune socicit' matérielle, incomplètment unifiée ie,esl le point de vue des éconouiistes, socialistes, solidaristes de tout i^enre), les hommes sont aussi membres d'une sociclé morale conçue comme la mise en l'apport et action actuelle des consciences. Tel est le poiut de vue su|)érieur que nous av(»t)S soutenu dans nuti'e Liberté et iJélerminisme, puis dans notre Science sociale contemporaine ; nous le maintenons aujourd'hui dans loule sa force, comme aussi impossible h détruire (\u(' la science même, dont il est l'expression philosoplii(pie et morale.

Les théories de plus en plus en laveur sur la solidarité ne sont, selon nous, qu'une traduction extérieure et inadéquate de ce lien [)rorond el radical que, depuis tant d'années, nous n'avons cessé demellre en relief et (jui seul, répétons-le, donne à la solidarilV' son sur fondement (P. C'est dans la pensive, avons-iiousdil, i|u"il existe une sorte d'altruisme natif, condition intellectuelle de l'altruisme dans la conduite, seul considéré par Comte ; il y a un désintéressement nécessaire à linlclli;/ence et à la science, (\iù fait i\uv nous ne pouvons pas ne pas concevoir les autres, nous mettre à leur place, MOUS met Ire en eux par la pcnsi'e. La conscience se trouve ainsi, pai* son fond même, ré<'lbMneid et idéalement reliée à tous les autres êtres, solidaire de tous les autres êtres. Voilà Valiquid inconcussum sur lequel la morale pourra et devra s'établir. Principe de distinction théorique et pratique, la conscience est donc aussi, comme nous venons de le démontrer, un principe d'union et d'universalisation. puiscpTclh' enveloppe inévitablenn^nl iautrui avec le soi. La réllexion, à côté de son etTet desti'uctif, qui ('tait |)rovisoire, peid el doit avoir une force constructive, (jui seule sera dc'linilive. Au lieu de se borner à concentrer le moi sui' soi, la réllexion l'étendra en autrui et se donnera à ellemême pour coutenn un véi'itable monde, l ii (''li'c hu-

(1) V'dir noiro Critii/up fiex aijfih'-mcx tie morale innlcmpnraina.

main ne tend pas seulement à être, mais à être humain ; 01-, nous venons de rétablir, être complèteuienl humain imjili(|ue une infinité de relations reprc'sentatives et appétitives, statiques et dynamiques, non seulement avec la société, comme l'avait déjà compris Auguste Comte, mais encore avec l'univers: « Je suis bomme et rien de ce qui esi ne m'est étranger », c'est la devise de la science, c'est aussi, selon nous, la devise delà morale. L'Iiomme, t'tant un animal scientifique, est ipso facto un animal moral. I/amoralisme ou l'immoralisme <le Slirner et de Nietzsche, de quelque poésie qu'il s'enveloppe, est proprement folie et sottise.

D'après ce (pii précède, ce n'est pins un principe vraiment transcendant qui, selon nous, fondera la morale : c'est, au contraire, ce qu'il y a de plus immanent : la présence à soi de l'existence mentale cl de l'action mentale. La conscience de la conscience devient Vidée de la conscience, qui, en moi'ale, est l'idée-force fondamentale, parce qu'elle embrasse d'un lien indissoluble le soi et rantrni. en vivante iM'ciprocité de passion et d'action.

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