‹ Morales des idées-forcesChapitre 55 sur 150 · PORTEE OBJECTIVE DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

PORTEE OBJECTIVE DE LA CONSCIENCE

de vérité était iiiie illusion, encore faudrait-il reconnaître que cette idée tend à se réaliser en nous par la science et à se vérifier par la jtratique. Elle réussit singulièrement sous la forme de la science. Tout se passe, non pas seulement comme si les corps s'attiraient en raison directe de leurs masses (ce (jui n'est sans doute qu'un symbole du réel), mais comme si ce qui est ne pouvait en même temps ne pas être et ne pouvait être sans raison, comme si le réel avait sa vérité immanente. Peu importe donc qu'on dise : « Rien n'est vrai », ceciui revient à : « Il est vrai qu'il n'y a rien de vrai » ; nous n'en avons pas moins, nous hommes, l'idée de vérité, qui est une force, et il se trouve que cette force est assez forte pour nous soumettre lu nature, comme si la nature, elle aussi, avait sa vérité ou quelque chose d'analogue. Le moraliste n'a donc {tas cà s'occuper de la métaphysique du scepticisme, de l'ontologie du scepticisme, (lui érige le nonêtre en être, le non-vrai en vrai. Scienti(i([uement, praticjuement, moralement, la vérité existe ou arrive à l'existence : cela suffit. La science prouve sa propre valeur en marchant ; or, la science tout entière est une recherche non pas seulement de phénomènes bruts, mais de faits vrais, de lois vraies, qui aient à nos yeux une valeur objective, du moins aussi objective que j)Ossible, c'est-à-dire indépendante du cerveau particulier où le savoir s'élabore . De quelque manière qu'on explique métaphysifiuement si on jteut l'expliquer) cette élévation des laits au rang de vérités, cette idée fondamentale de savoir impersonnel et universel, toujours est-il qu'elle existe, r|u'elle est le soutien même et ]e principe, ou, si vous préférez, U' postulai de la science: elle seule fait de l'homme un animal scientifique en même temps que philosophique et moral. S'il n'y avait dans la pensée qu'un résultat subjectif et fugitif de quelque danse moléculaire au sein du cerveau, elle ne serait plus qu'un lihénomène passager analogue à tous les autres, qui ne pourrait rien imposer à titre de vérité stable ni de valeur

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stable; or, tout système scientifique et pratique pi'ésuppose que la valeur de la pensée déborde l'individu et le lait individuel ; la foi à la science et à l'action, c'est la foi à la pensée. Seule la pensée, par son afiirinalion, pose la /Y'a///f',(prelle s'etïbrce ensuite de connaître vérildUlemenl, c'est-à dire en conformité à sa loi de déterminisme théorique, idenlit''' et causalité, comme à sa loi dedéterminisnie pratique, tinalité.

La recherche du vrai pour liii-iiiénic par la science est le type spéculatif du désintéressement (jue la morale poursuit dans la pratifpic. Sans doute une telle recherche cause toujours de la joie : rinlelli«::ence ne se désint(M'esse de tout le reste que pour prendre un intérêt supérieur au vrai, tel qu'elle pense (pi'il est en soi, tout au moins tel (ju'.l esl en elle: mais eel intérêt désinléress('' n'est ni de l'c'^Mdsme piM'sonnel, ni même de rallruisme social. Il est l'atlaeiienuMit ii soi et au tout d'un être cpii, par la pensée, se dépasse précisémeiil connue individu et conçoit l'univers ; il est la force praticpie dune idée spéculative cpii est directrice de tout savoir. Aussi le rapport de la conscience à la vérité domine-t-il la doctrine purement altruiste comme la (l(»ctrine piu'ement é^'oisle. A^Mr pai' simple coiisidéralion d'aiilriii ne suflitpas à l'être conscient et pensaid. Si la considération d'autrui lui parait prali(|uemenl <'./-/V///>/<', c'est en tant (ju'elle est theoriijueuient rraie. donc universellement vraie; eesL dans les hmiles oii elle est, connue on iWl^falionnclle, elnttii en tant simplement (pules fiiilrcs, conune indiiudiis dillerenls de noln- iiidividualilé propre, sont pris en considération. Mo'tei-linck a dit, dans le sens de .Nietzsche : — " I/essenliel n'est pas de s'attacher à la vérité qui est |ienl-(lre la pins vraie au |ioint de vue iinircrscl, imùs à celle qui est certainenu'iil la plus vraie au point de vue humain \ . » — C'est oubliei- ipn> le point de vue vraiment hninain est prccisi'meiit le point <lr vue iinirt'rsfl . (pu' notre véi'ilé

(1) I^ Tvmpic ''nxrl'cli.\^. 1 H».

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