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PRINCIPES PROPRES DE LA MORALE DES IDEES-FORCES VU

dans toutes les parties de la science morale. L'homme pense, il sent, et l'acte suit. Le subjectif s'objective par sa propre vertu, lorsqu'il contient des éléments de vérité. Ne confondons pas l'idéal, conforme aux lois de la nature, avec l'utopie qui en est la négation. L'idéal contient des éléments de possibilité et même de réalité qui font que, présent à la pensée, il trouve moyen de passer dans les faits. L'utopie est à la fois irréelle et irréalisable, parce qu'elle est en opposition avec l'idéal : il lui manque la force de l'idée vraie. Si pourtant rut(Ji»ie a encore ([uelque iniluence, c'est en raison des éléments de vérité (|ui s'y mêlent t<tujours à l'erreur. Une utopie con)plète n'aurait plus de sens et ne trouverait pas même, pour s'expi'imcr, de i)roposilion intelligible.

Aussi n'avons-nous jamais soutenu ce paradoxe qu'une pensée illusoire crée la réalité de son objet. Nous avons soutenu et soutenons de nouveau que les éléments vrais de toute idée, — par exemple celle de la liberté, malgré certains éléments illusoires qui s'y mêlent quand on la conçoit sous la forme du libre ai bitre vulgaire, — tendent à réaliser progressivement en nous y objet de cette idée ou un équivalent pratique de cet objet il'. En tout et partout c'est le possible pensé et désiré qui se réalise, non l'impossible ; mais un véritable idéal n>sl-il pas une combinaison de possibles? D'ailleurs, savons-nous jamais d'avance ce qui et^t hors d'atteinte dans la sphère des valeurs? Ou arrive parfois, selon l'expression vulgaire, à faire l'impossible, c'està-dire à réaliser ce qui semblait d'abord irréalisable, ce qui l'eût été en ett'et sans notre idée et notre désir.

Certains philosophes oi)i>osent le sentiment à l'idée ; mais, selon nous, le sentiment est inhérent à l'idée : il est l'idée jouissant de la conscience qu'elle a de soi et de l'acte par leciuel elle se pose. La pensée, pour ainsi dire, sent l'idéal, elle le fait être en le concevant comme praticable et désirable. D'autre part, l'idée est inhérente à tout sentiment qui se distingue de la pure

(1) Voir, dans la Liherté el le Déterminisme, la théorie des équivalents.

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