‹ Morales des idées-forcesChapitre 7 sur 150 · V3II PREFACE · texte numérisé non relu

V3II PREFACE

sensation informe, de la sensation sans aneune i-eprésentaliun dObjet déterminé, l'as de sentiment l'amilial sans quelque idée de la famille, pas de sentiment patriotique sans quel<iue idée de la i)atrie, pas de sentiment plnlantlii'opi(iue sansqueiiine idée de l'iiumanilé «1 .

L'inrtuenee des idées est sans doute moins visible que celle des intérêts et des passions, dont la puissance communicative produit des résultats matériels faeiles à constater; mais l'action des idées est plus profonde, parce qu'elles expriment, non un état particulier et \)vésent du syslénie nerveux, mais une modilicalion stable et acquise, qui, par l'éducation, devient le patrimoine de riiumanité entière. Même les idées « abstraites », qu'on j)rétend incapables de remuer un fétu, se montrent souvent plus puissantes que les autres, par la force latente (ju'elles ont emmagasinée et rendue prête pour l'action. En outre, les idées sont plus durables. Dégagées des coidingences de temps, d'espace, de personnes, elles survivent aux circonstances où elles sont nées. Faut-il raitpeler une fois de plus comment les idées pliilosopliiipies du xvm" siècle ont dirigé la Révolution, transformé le régime juridique, éc(juomique et social ? Tout est-il faux dans la théoi'ie de Taine qui l'ait sortir en i)arlie la Révolution française et la « Déclaration des droits de riiommc >■ d'une idée abstraite el universelle de « l'humanité » ?

Toujours esl-il que la morale est nécessairement sous la dépendance d'idées formant une hiérarchie ralionnelle, c'est-à-dire organisées selon les conclusions les plus générales de la science. Et comme la science est elle-même en évolution continuelle, la morale a une

(1) Toutes les idées sont des synUit'ses de ropr(^:?enlaUons, de Renlimonls el inémc d'impulsions, synUièses ayant une foimo plus ou nK>iiis précise qui les rend accessil)les !\ une conscience pins ou moins claire. Concrèles daijord, loules refni>lies de celle chaleur intérieure qui vient des émotions el apjtétitions, les idées peu à peu se refroidissent, deviennent plus abstraites, sorveni de subsliluls aux senliinenls el niénie aux sensations, fterniel- Icnl délahlir des relations générales, des lois, el par cela même de commencer la science. Elles ne méritent donc pas le dédain des écoles positivistes et matérialistes.

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