CHAPITRE PROlKlî
SYNTUtSE DE LA VRAIK MORALE l)V MONIIEUR ET DE LA MORALE DES IDÉES-FORCES
I. Iiisiiffis.iiue do riiédoiiisnic. — IL yyiitlK'so ûc l;i vmie iiKirnli' (lu liunheiir cl de la morale de?^ idées-forces.
INSlFFISANCi; DE I, Il ChOMS.M K
liOS élats du moi (iu'on jteiit n'aliser et qu'on doit « |)roniouvoir » no sont-ils quo dos vU\\sl\c sensihililr, ou, s'ils onveloppont nôcossairomont oos ôtats, cn\('lu|i|)(Mil-iIs aussi autro choso? lrn|ili(|iiont-ils dos actos d'irdrliigonco cl dos actes (\v volonlô, (|ui ont niio valour autre (juo leur valour do sonlinioid aj^rôalilo. (|iii mônio no produisent lo sonliinont iiLîr(''al»lo (pio par la ropn'sonlalion cl la voliliim i\r cotte valeur autre cl indcpcmUinlc'} C'est ce qui a lion selon nous, et ce (pio intTonnaissent los partisans de rin''doiiisino. Par cxonii»lt', nous no j)ouvons /o////- do la v(''rilt' qu'en nous la représentant comme valable pour notre inicllltfcnrc et pour notre 00// /o/r, ind('|ioiidanMiienl du plaisir niènie (pielle nous cause; c'est on faisaid ;il»slraetion de celte jouissance que nous rendons la jouissance possildo.
Va\ outi'o. rii('dor)ismc exciusir a beau se donner coinnie une tliéorio scientilique de la volonté et de son
ressort naturel, il ne mérite le nom de scientiliqiie que s'il s'en tient à la simple constatation d'une concomitance entre V()lili(»ii eoiiseiente et plaisir e(jmme mol)ile de cette volition. Ajouter que c'est le plaisir même (|ui est Tunique cause (W lavolilion. c'est trancher arhitrairemeid divers problèmes pliilosopliiques : V rapports du pliysi(|ue au mental; 1" nature du mental et, en particulier, de la volonté, de la teudance, de Tappétition; 3" nature de la causalité, du lien réel entre cause et efl'et. l/e\|)érience nous montre qu'il y a toujours un attrait intérieur à /'/V/('V,par exemple à l'idée de perfection universelle, lorsque cette idée se réalise par la volonté ; mais Texpérience ne [)eul (Hablir ni rpie cel attrait soit antérieur, ni qu'il soit seul la cause déterminante de la volonté.
Kn(in la morale hédoniste aui'a toujours une limite inlVauchissable : à savoir ce fait que nous ne connaissons l)as de science certaine la nature, ni, en conséquence, la valeiu- (h'iinitivc du plaisir. Clomment le plaisir préleiidrail-il au rang de souverain bien, puisqu'il ne conlenle pas entièrement l'intelligence, même qnand il est i)laisir inlettectuel'] Un être intelligent ne i»cut sui»primer le giand problème critique, tchpie nous l'avons posé plus haut en termes ^'expérience ; et ce problème, nous l'avons (l('jà remarqu(' dans un précédent chapitre. ap|M)rlt' le trouble dans la morale du plaisir, enqtô(;he le système hédoniste de se donner à lui-même ce nom \mv et sinq)le : la morale.
Ce que la doctrine du plaisir conlicnl de vrai, c'est (|ue le bien n'est vraiment bon qu'à la condition d'être senti comme agréable; mais il n'en résulte pas que ce sentiment, à lui seul, soit constitutif du bien et se suflise; car un être intelligent ne peiU ('pronvei' de plaisiicomplet sans concevoir la cause et l'objet de son plaisir, et cette conception intellectuelle est un élément intégrant du plaisir même.
Pour être fidèle au point de vue vi'aimenl scientili(|ue et faire à l'hédonisme sa part légitime, la morale des
2i4 MORALE DES IDKES-rORCES
idées-forces distingue le eonicini objcclif cl l'cpréseiilatif d'une idée davec le sentiment a;,Méal»Ie (|n"elle cause d'une manière ininii'diate. Le pouvoir attractif, la force de l'idée résulte de lliarmonie entre son contenu et lensend^le de mon caractère, de mcm mo/ ; or, c'est le contenu de l'idée qui est le véritalile oltjct de mon choix ; il est ce (jiie je choisis. Son accord avec mon moi est la ctinse /inale de ma pn'férenee. (-omuie ce ('(Hdeiui de l'idée est o/>Jectif, connue il a uuo t/nalitê et des reldlions (|iii \r rendent lui-mèuie (/tiali/iolile et comparable, il méh've m(ii-nn''uie à lui ou me déj^'rade à son propre ran;j; : « il nu' fail sieu -, il me fait lui-même. 4e suis donc jugé par mes idées-forces: idées, parce qu'elles ont un conteiui. objel de linaliti': forces, parce que le i'a|>p(ui de ce contenu à mon moi produd le " ton émotiomuM •', nécessaire à la causaliti' de rintelligeiice (1).
\'A\ se réih'chissant ainsi sur soi par la conscience el par ridée-force, le plaisir s'intellectualise el IcmkI à devenir yo/c. Le ti'rme de plaisir a (pielipn^ chose de sensuel et, en apparence, de grossier (jui excite en morale une h'gitime déliance; mais em[ilo\e/ le mot joie, el il ne sei'a plus cInxpKint de constater (jue la joie, qui enveUq)pe intettifjence el couloii\ est essentielle au hien. He plus, comme la joie est ui'eessaireuuMd intellectuelle, elle ne peul exister sans ce Juffement de rintetlif/ence (\\\\ lui coidere une (juatité, une dignité hiérarc/iif/ue. La plus liaule iulensilt' de joie ne pourra donc être indi'pendante de la ipialit»' de la joie, dont l'appréciation entrera comme t'Iéuienl nécessaire dans riidensit('' même poiu' un élre inlelligeiil. Hien plus, il est de l'essence de rinlelligeuce de chercher les raisons; la joie de l'élre intelligent devra donc reposer sur des raisons (|ui satisfasseid pleinement son intelligence. Comme celle-ci ne peut être salislaite (juc par I iu-
(1) Voir noire rli.'tpitro sur l'In^donismo elons le Moralinmr de hnnt el l'amnralitme ronlemporain.
lollection dr rintellijjjiblo. il s'ensuit que le souverain (li'leclable envclopperti le souverain inlelli(iiblc.VA\[\\\, la pensée el le sentiment n'étant point le tout de l'iionmie, tjui a encore volonté, c'est-à-dire faculté de désirer, de pr('f(''rer et d'agir, il s'ensuit (pic le souverain délectable enveloppe la complète satisfaction des désirs cl du vouloir; il est donc aussi SM/>/vme désirable ou suprême voiilif. On voit (pic la considération du plaisir, après nous avoir obligés à considérer l'uhjcclil', nous oblige maintenant à considérer quelque chose de plus profondément subjectif que le plaisir ménu', à savoir Vaclivilé fonctionnelle dont le plaisir est la conscience agréable.
Par ses cotés intellectuel et volitif, la joie déborde de toutes parts l'individualité: en s'intellectualisant, elle s'universalise et se moralise. Le bien, pour l'être raisonnable, c'est la satisfaction la plus intime et la plus subjective de son individualilé, qui, étant intelligente, envelopjie i)réciséinenl la satisfaction la j)lus objective et la \)\uii universelle. La notion de jouissance finit ainsi par se transformer en un idéal de joie aussi romp/e/ qu'il est possible sous le rapport de [iniensitê, de la durée, de la (jualilé, des causes et des e/Jels, des//n.ç, des rapports avec la joie des autres êtres. Par là se forme l'idée du bonheur, (jui est manifestement une de nos plus grandes idées-forces. L'hédonisme aboutit à reudémonisme.
SYNTHKSE DE LA VHAIi: MOHALE DU BONHEUR ET DE LA MOMALK DES lUÉES-FOHCES
Les deux objections des moralistes à toute doctrine du bonheur sont : 1" (pie reufh'inonisme ne peut tenir compte de la (pialilé ni du plus A''//// l)ien, mais seulement de la (/uanlilr el du plus grand bien; 2° qu'il n(î peut réellement (h'-passer Véf/oïsme. Ces objections demeuienl vraies contre la doctrine vulgaire el incom-
plèle du bonheui'. Elles lombenL devant une doctrine du bonheur poussée psychologiquenKînt et sociologiquement jusqu'à ses extrêmes limites, où, par rintcrniédiaire d'idées-forees de i>lus en plus liantes, le bonheur individuel finit par se Tondre dans le bien universel. La synthèse de la perfection et de la lelicité apparaît alors comme le vrai but ([ue doit poursuivre la morale.
Kant rejette comme hijpolhélique toute maxime du bonheur. ■< I/imjjératif du bonheur n'ordonne pas Taetion dune manière absolue, mais seulement comme un moyen pour un autre but » ; ce but, ajoute-t-il, est d'ailleurs f/oA/ne chez tous et inévitablement voulu par tous. — Mais ne peut-on i)as dire qu'une action particulière faite en vue du devoir n'est commandée par Kant luimême ipie « comme moyen pour un autre but ? » Ce but, à son tour, ne sera-t-il que le devoir comme /c/? La seule tin de l'action morale ne sera-t-elle que la forme d'universalité? C'est ce que nous avons i-eeonnu incompri'hensible. Si, en agissant sous une loi universelle, n(uis ne devions contribuer au bien et aul^onheur de personne, nous regarderions l'obéissance à celle loi avec un aussi parfait di-tachement moral cpie le tournoiement d'une l\'uille morte <pii va tanh'd à droite, tanlùt à gauche. Donc, de toutes façons, l'action poursuit un but (M. cette poursuite fait partie de la définition même d'une action volontaire; c'est {H"(''cis(''ment ce but (\\\o le moriilisle doit déterminer. Comment aloi's nii'r qwv la volonlc' morale a pour fin un bien enveloppant le vi'ai cl complet bonheiu'. le bonheur dautriii et le notre pi'opre? Kiint reproche à la loi qui nous lait l'ccherehcr le bonheur d'être posée asserloriquenirnl |);ii' la ■ ndlurc », en ce sens que noire volonl(' nr peu! s'cmprr/ier rie drsircr le bonheur. .Mais on peut demandera Kant si la loi de la «Raison » n'est pas aussi imposi'e à notre volonté' pai' notre nature inl(dlecluelle. Je ne juiis m'em|»èchei' ni d'être conscient et raisonnable, ni de concevoir l'universel comme satisfaction su[)rême de ma niisou. Kn tantquêti'e doué d'appé'lition, je tends au bonheur: en
tant qu'être doué de raison, je tends au rationnel, mais cette tendance est elle-même un penchant naturel à satisfaire ma raison ; enfin cette satisfaction est naturellement une joie, qui fait partie intégrante de mon bonheur. En employant le mot de nature, Kant veut rabaisser le bonhcui", en faire quelque chose de passif et de fatal, qui vous vient du dehors, W^x^/yx de Socrate; mais le vrai bonheur, V i^r.zx^.^j., est un objet de notre volonté et n'est nullement étranger à notre vouloir; en grande partie actif, il implique un développement aussi spontané que possible (au sens leibnitzien) (le l'activité intelligente et volontaire, qui jouit d'ellemême et de son objet: il ne sui)prime donc pas l'autonomie du vouloir.
Outre le caractère purement hypothétique ou purement assertorique, Kant reproche au bonheur de ne pas être un principe a priori; car, dit-il, nous ne pouvons a priori expliquer pourquoi tel objet nous cause du plaisir (l). — Certes, répondrons-nous, quand il s'agit d'expliquer radicalement pourquoi il existe de la sensibilité et de la joie, pourquoi nous sommes faits (le manière à éprouver plaisir et peine, la science n'y aiM'ive pas ; mais nous pouvons expliquer beaucoup de plaisirs particuliers, surtout ceux qui viennent de la satisfaction de notre intelligence et qui, précisément, sont les éléments du vrai bonheur (2). En outre, on n'arrive pas davantage à expliquer pourquoi nous avons une intelligence, des formes à priori, une « raison » capable de concevoir l'universel. L'objection est donc insuflisante, puisqu'elle tombe sur tout le monde.
Cette objection, cependant, a le mérite de nous rappeler ([uil y a dans le bonheur, si on le conçoit uniquement comme t'tat de seusibilit*', un élément d'/'/jeonnn et ménu' iVinconnaissal/le^ qui empêche de léri-
(1) Mélnph. des mœurs, tr. Ilarni, jt. 49.
'2) Voir, sur ce point, nos chapitres sur l'hédonisme dans le Moralisme de Kanl.
ger on fin suffisante et de tous points satisfaisante. Un être raisonnable ne peut être satisfait (lue dun bonheur expliqué et justifié par la raison. Aussi est-ce \h le seul bonheur complet, le seul " sullisant >-, comme dit Platon, parce qu'il est le seul identique au bien même.
Kant reproche encore à la morale du bonheur d'être égoïste. C'est là, etTectivement, son premier aspect. Mais elle a aussi un élément altruiste pour un être conscient, capable de concevoir les autres êtres et l'universalité de l'être. Nous avons vu, en elfet, ([ue la félicité de l'être intelligent, tant qu'elle n'enveloppe pas le bonheur de tous les autres, est incomplète pour son intelligence même, comme pour sa sensibilité et son activité. Assurément, la moralité n'est pas la recherche d'un bonheur personnel (jui serait obtenu et constitué n'importe comment ; mais elle est la recherche d'une perfection (jui n'est pas parfaite sans le bonheur, y compris le bonheur d'autrui, d'un bonheur qui n'est [tas parlait sans la conscience de la perfection, en nous et en autrui.
La dernière objection (pfon fait à la doclrine du bonheur est qu'elle semble toute subjective. Là encore, il y a exagération. L'être capable de réilexion sur ses sentimentsspontaiH's les d(''passe par la jxMiséc ; il est donc nécessairement porté à les évaluer o/y/t'(7/rt'/;it7j/, soit en les ramenant à des sentiments plus simj)les qui les composent, soit en les comparant à des sentiments plus élevés et plus complexes, (iuyau avait raison de dire que la conscience de l'instinct peut tenir les instincts en ('chee. y compris le penchant à nous aimer exclusiveuienl nous-mêmes. Par j'analyse r(''llt'-eliie,|)ourrait-on ajouter, nous dissolvons ce pencliant en impulsions et représentations de mille sortes (pii n'ont |)as toutes le moi pour objet; parla synthèse relléehie, nous ccnnparons l'amour du moi avec des sentiments plus vastes, formant un ensemble plus ('lev»'. Ces deux opérations de l'intelligenee tiennent en échec l'amour ('goïste de soi et développent des tendances toutes dill"(''renles, à portée objective. Ces tendances, satisfais;int ritdelligence,
sont la source d'un plaisir intellectuel dont \'o/>jel est antre que nous. C'est dire que nous aimons : felicitate allerias delectari ; nous avons franchi les limites du sujet concentré sur soi.
Dans la morale des idées-forces, il n'est plus exact de représenter ridée de bonheur comme i)urement subjective. Nous avons prouvé précédemment que la plus grande intensité et durée possibles de joie ne sont nulh^nent indépendantes de la qualité, qui est la satisfaction de rinlelligence et, par cela même, la joie de l'intelligence. La plus grande intensité de joie intellectuelle n"est-elle pas causée précisément par la plus grande (/ualilé de cette joie iidellectuelle ? La qualité, à son tour, nous l'avons vu, est fonction des éléments objectifs qui se trouvent, soit dans la nature extérieure, soit dans la société, soit dans l'univers, soit dans le principe même de l'univers, tel que l'intelligence s'efforce de se représenter. Selon cette doctrine, seule scientifique comme tenant compte de toutes les données, le vrai bonheur est donc indivisiblement subjectif et objectif. Le bonheur est la perfection ai/ant la conscience et la Jouissance de soi ; il est perfection parce qu'il a nécesscdrement des éléments objectifs pour un être doué d'une intelligence capable d'atteindre des objets et de concevoir scient ifi(iuement les relations de ces objets; muls d'autre part, la perfection ne se conçoit pas comme purement objective et sans aucun sentiment de soi, puisqu'alors elle ne serait pas aussi parfaite qu'il est possible de la concevoir. Elle enveloppe donc un bonheur, — bonheur intelligible et justifié pour la raison, bonlieur actif et se voulant lui-même, mais qui n'en est pas moins joie et félicité. Le bonheur résultant de la perfection ou de la poursuite morale du parfait ne peut être assimilé aux [)iaisirs ré'sultantdu simple exercice des fonctions proprement vitales ; il n'a pas avec ces plaisirs de commune mesure, car sa mesure propre, au lieu de ne résider qu'en une réalité possédée par lindividu, réside en un idé(d hors des
limites (le roxistence individuelle. Cet idéal est d'abord social, puis cosmiqiio; il finit même par prendre la foi-me mctapbysi(iiie ou religieuse, ([uaiidilest roiiçu comme identique en son fond avec la ri'alité ultime. Nous nous retrouvons ici, comme i)artout, en i)résence d'une nuUuelle implication d'idces-forces. Poussez à son achèvement Tidée de bonheur, elle se fond dans celle de perfection ; poussez à son acbcviMiKMit Tidce de pertection, elle absorbe celle de bonheur. La morale de la joie, la doctrine de la béatitude, la doctrine de rutililé, la morale de la perfection, c'est, h la limite, luic seule et mcme doctrine, (pii n'est valable quo portée jusqu'à son achèvement. La synthèse est nécessaire ici comme ailleurs, il faut que la personne arrive, grâce à une expansion progressive de la pensée, du sentiment et de la volonté, à placer son bonheur dans le bonheur de tous, à ne pouvoir être heureuse qu'avec tous, par tous, pour tous. C'est cet idéal qui constitue le persuasif suprême ; c'est son degré de réalisation en nous et par nous qui constitue notre moralité ; enlin c'est la force de l'idée qui fournit son premier moyen de n'alisation. N'y eùt-ileu encore aucun acte de volonlé' vraiment désintéressée, c'est un /'ail, et un fait scienlili(iue, que nous avons tout au moins r/V/<''t' du désintéressement. Celte idée est même esseidielleà nuire iidelligence : n"at-on pas vu que l'intelligence est (l('sinlt''rcsst''c par nature, puisqu'elle est objective, pnis(|n'ellc ciHicdil l'objcl r(''el indf'pcndammenl des sujets pai-liculiers, létre imivci'sd et la véril('' universelle? V.U bien, ce d(''vel(t|>pe- Micnt (le rintelligence rend possible, ne IVd-ce ijuc paila seule force de rid(''e, luie i'('alisation pi'ogrcssive du (l('sint(''i'essement dans la volont('' I}. Nous ne nous pensons plus seulement nous-mêmes; nous pensons aussi d'autres êtres, (i nous h>s pensons comme d(>uês de ccr'Iaines (pialiti's, pai'ini lesquelles se trouve le poii-
(1) Voir noU-c Crilh/nc dea nijulèmes de morale ronlemporains et nolrp Moralisme de Kanl.
voir même (ïainwr et, plus particulièrement, de nous aimer. Notre pensée, devenue ainsi objective, pense les autres pour eux, non pas seulement pour nous ; par ce seul fait, nous pouvons aussi aimer les autres pour eux-mêmes : la pensée d'autrui enveloppe une force d'inclination vers autrui, une force de conservation d'autrui et d'accroissement d'autrui. H en résulte que, chez l'être pensant qui a pris conscience de sa pensée, le bonheur personnel implique de plus en plus le bonheur universel.