COMMENT ELLE SE RÉVLISE EN SE CONCEVANT
I. I.n responsahilili' ne roposc-l-olle que surViclenlilé individuelle? Théorie de Tanle. — Théorie positiviste. La responsahihlé n'est-elle quiin rellel des réactions du monde inori;ani(juc ou organi<iue. — Irresponsabilité universelle et responsabilité uni- A-erselle. — Comment l'idée-force de responsabiMté fait partie des conditions normales et facteurs de la pratitpie. — Exemples tirés de l'hypnotisme. — Le déterminisme bien compris supprime-t-il la responsabilité? — II. Remords et satisfaction intérieure. — Théorie de S|)ino/.a. — Théorie de Guyau. — III. Le sens e la responsabilité va-t-il diminuant par les proijrès de la scien«t? — Hesponsabilité individuelle et responsabilité sociale. — i^es trois stades de l'évolution. — Réponse aux doctrines de Paul P.ouriJîel ilans le Disciple cl à celles de Niel/sche.
I. — Lainoralo des idéos-forcos admt^t, on opposilion avec tant de sysl.rnies ineoinplcls, le caractcM'C imlivisiblement psyeliologiqne et socioloifupic, personnel et social de la responsabilit»'. Tonte doctrine <|tii absorbe* la paft de Tindividii daiLs celle de la sociùlé, la part de la socit'lé dans celle de Tindividn, est inexacte.
(labriel Tarde a proposé de fonder la responsabilité sur rident ité individuelle. Celle-ci est assiiriMnent une des conditions psychologiques et sociales de l'iinpiilabilité, j)iiis(pi'il Tant un snjel h qui on puisse allrihuer l'acte ; de plus, le sujet récompensé ou puni doit être |u'aliqucinent le même sujet. Mais la vraie (|uesti()u est de savoir ce qui [>eut être attribué au sujet relativement
identique comme sa qualité ou comme sou acte. L'imputation est un problème d'attribution, donc de causalité. La pierre qui m"a frappé aura beau être la même pierre, elle ne sera pas responsable. C'est le rapport de rindividu au déterminisme universel, c'est son rôle propre dans ce d(''terminisme, c'est la nature de l'individualité, son action et sa relation au tout qu'il faut considérer. Le problème de la responsabilité se confond, à nos yeux, avec celui de l'individuation, de l'action individuelle chez l'être conscient de ses actes et agissant sous des idées.
Selon les positivistes de l'école de Littré, la responsabilité aurait sa vraie source dans le monde inorganique, d'où, par voie de conséquence, elle s'étendrait au monde organique ou vivant. Elle consisterait primitivement dans l'action et la réaction que tous les phénomènes exercent les uns sur les autres, sorte d'appel et de réponse. La cloche frappée répond par des vibrations et, à son tour, ébranle l'air. L'école positiviste réduit ainsi la responsabilité à une réaction purement objective, produite en vertu du déterminisme naturel. Quant au sentiment de responsabilité, il n'est que la reproduction subjective de la loi d'égalité entre l'action et la réaction. D'après cette doctrine, remarquons-le, il n'y a de place nulle part dans le monde pour V irresponsabitité . Tous les êtres, surtout vivants, surtout doués d'intelligence et de volonté, sont à l'état de « responsabilité perpétuelle ». Prêcher, au nom de la science positive, rirresi)onsabilité universelle, c'est adulti'rer la science et prendre un système particulier de métaphysique, le fatalisme, pour une thèse scientiliquement établie.
Nous admettons ce qu'il y a de vrai dans cette lliéo rie, mais nous y ajoutons la nôtre, c'est-à-dire la réaction du déterminisme sur lui-même et la force de l'idée pour sa propre réalisation. La responsabilité, à nos yeux, n'est pas le simple résultat d'un déterminisme passif, purement mécanique ou organique; elle suppose
un déterminisme actif, qui se détermine lui-niénie par l'idée et le désir, qui, conséquemment, répond de soi à soi. La cloche n'a pas de moi, et la responsaljililé physique qu'on lui attribue, sons prétexte qu'elle ri'pond au choc par le son, est pure métaphore. La vraie imputabilité, avons-nous dit tout à l'heure, est causalité, mais nous devons ajouter maintenant qu'elle est causalité personnelle. Conscience de soi et direction de soi, c'est valeur intrinsi-que, mérite intrinsèque, donc responsabilité intrinsè(pi<', réaction de soi sur soi et par soi. Quant à la responsabilité devant autrui, avec toutes les réactions sociales qu'elle implique, elle ne sera jamais qu'une traduction extérieure de ce fait intérieur. Aussi, au lieu d'admettre avec l'école anglaise que la responsabilité intime est un rellctdes réactions sociales, nous pensons que les réactions sociales sont un reflet de la réaction par laquelle le moi se connaît, s'évalue, modide sa valeur par l'évaluation qu'il en fait. A plus forte raison n'accordons-nous pas aux jtositivistes (pie la responsabilité soit un simple relhd des réactions « physiques ') ; elle est essenliellement, selon nous, une réaction intellectivt* et volitive, qui s'ajoute, facteur nouveau, aux réactions [diysiipies pour les dominer et les diriger. Elle est une idt''e-l'orce sous laquelle nous agissons toujotu'S et (pii se réalise, elle aussi, en se pensant. Dès (pu' je conçois ma responsabilité possible dans ini évc-nenuMil, responsabilité résultant de mon intervention possible, cette seule idée me l'end d(''j;i responsable ; je commence de fait à assumer une partie de ce qui va arrivei'. S'il s'agit d'un rtre humain qiiim elïort de moi pourrait sauver d'un danger, et si, tout en concevant cette possibilité, je me croise les bras, l'idée que j'avais de mon action possible m'a rendu responsable de mon abstention n'clle. Celui (jui a vu ce qu'il faut faire et ne l'a pas fait, sentira loiij(»in's (pie ce ipii s'est pa.'isé lui est en [>artie inqiutabie : '' voir, c'est savoir, et savoir, c'est (>ouvoir. » Viur le fardeau d'antrui, c'est (h'jîi prendre sur soi la chargede
Talléger. La réponse de l'acte à Tidée est telienioirt normale que la conlradietion des deux tenues nous choque comme une laideur intérieure, comme un mal qui, en se concevant lui-même, aurait pu se refuser la réalisation eu acte. S'il s'agit non plus d'abstention, mais d'action, la loi est la même : notre action est jugi-e par l'itlée d'où elle procède et nous sommes jugés par notre action, qui est émanée de notre moi, qui ('lait notre moi visible, notre moi en acte : « ^Je, me, cuhnni qui feci ! Aucun système métaphysique ne peut nous enlever ce sentiment intérieur par lequel, en nous identiliant de fait avec une idée bonne ou mauvaise, nous devenons la vivante réalisation de cette idée. Nous assumons alors toutes les conséquences d'approbation ou de désapprobation que cette réalisation entraine, soit dans notre propre conscience, soit dans la conscience de nos semblables et de la société entière.
L'idée-force «le liberté ou de pouvoir sur soi, conséquemment de responsabilité envers soi, fait partie des conditions normales d<^ la pratique. On peut en donner pour preuve, entre bien d'autres, que, chez les hy|jnotisés, les anormalités de la conduite sont proportionnelles à l'atfaiblissement des idées de choix et de responsabilité personnelle. Les << crimes de laboratoire » ne sont point sans doute des expériences décisives, et la raison en est simple. Si M. Delbœuf ou M. Liégeois endort une jeune lillc. celle-ci sait bien, en s'endormant, qu'elle va être sous la puissance d'un honnête philosophe ou d'un honnête légiste : elle fera tout ce qu'ils voudront, mais ils ne voudront rien lui faire acconi|ilir de vraiment criminel. Elle sait (|u'elle va donner unsjM'Ctacle, jouer des rôles, se prêter à cent folies qui feront rire, mais, en délinilive. il n'y aura rien de mal. Si donc on lui met un ()istolet entre les mains et qu'on lui dise de tuer sa mère, elle tirera docilement le coup de pistolet, avec cette arrière-pensée subconsciente que M. Liégeois, professeur de droit, ne peut lui ordonner une
scélératesse. C'est pourquoi M. Liégeois va beaucoup Iroj) loin quand il conclut de ce l'ait qu'il a « aI)oli complètement le sens moral chez une jeune lille honnête ». Non, il a simplement, par sa moralité même, gagné la confiance absolue d'une jeune iille devenue docile à ses expériences. La preuve en est que, la mère « tuée » faisant des reproches à sa fdie, celle-ci lui répond avec esprit, au témoignai^te de M. Liégeois lui-même : (( Je ne t'ai pas tuée, puisque tu me parles. » Maintenant, l'hypnotiseur ne pourrait-il abuser de cette confiance? Qu'il tente de changer l'hypnotisée en inslrumentdun crime ou d'une action malhonnête, n'ypourrat-il réussir? Si M. Liégeois était un vrai criminel et s'il avait réellement mis une balle dans le pistolet à e.xpérience. il est clair que la jeum» tille, endormie sous une idée de confiance absolue, eût tiré le coup et tué sa mère. C'eût été là un abus de confiance analogue à celui qu'on commettrait en chargeant de balles le pistolet avec lequel jouent des enfants. Certains cas [)rouvcnt que, si un hypnotiseur criminel était assez habile, il pourrait abuser de son pouvoir. >1. Bonjean donne à une brave lemme le faux souvenir d'une dette contractée ; depuis ce temps, la femme vient tous les mois lui a|)porter de l'argent ; elle lui a écrit naguère une lettre d'excuse pour un retard de itaicment. C'est qu'elle ne peut soupçonner de vol M. Bonjean et, en conséquence, se croit personnellement responsable devant son créancici'.
La confiance en riionnêteté de l'Iiypnoliseum'c^st pas la seule raison cpii expliijue la docilité aux crimes de laboratoire. N'y a-t-il |tas aussi beaucoup de celti; ininlelligenc-c de fond, sinon de surface, qui caractérise le rêve? Ce qui ronstitiie la responsabilité relative de riionime, (/'est la pleine i-onsciiMice de toutes les id('es qui inlluent siu' ses actions. INtur la moralité et l'impulabilitc la question n'est pas (|ue rintelligence soit plus ou moins grande, mais (piécette intelligence, vif éclat ou modeste lumière, (''claire dune la(;on égale les no-
lions directrices qui emplissent une tète humaine, afin qu'elles gardent leurs valeurs respectives; alors l'équilibre existe et riiomme agit en connaissance de cause, c'est-à-dire d'une façon responsable. Mais c'est un danger qu'une intelligence, fùt-elle vive en toutes choses, éclaire néanmoins avec une intensité exclusive telles ou telles idées : l'équilibre est déjà rompu ; qu'est-ce donc lorsque l'ombre couvre entièrement certains cotés pour ne laisser saillir que certains autres? Or, nous l'avons fait voir ailleurs (1), l'hypnotisme est l'engourdissement dans la conscience de certaines séries d'idées-forces (les plus importantes, puisqu'elles sont celles du sujet éveillé ), tandis que d'autres idées, secondaires à l'état normal, occupent seules la scène intérieure. Cet état de choses rend Ihypnotisé semblabhi à un homme endormi. L'hypnotisé fait un rêve ou des rêves, et la seule ditrérence consiste en ce que ce n'est pas sa fantaisie, mais celle de l'hypnotiseur qui les lui suggère. Eh bien, qu'arrive-t-il en rêve? C'est que la raison sommeille et (pie l'absurdité règne; la plupart du temps, on ne voit même pas sa folie et on la suit en esclave ; quelquefois on en prend une conscience toute de surface, mais qui ne saurait nous empêcher d'être docile, car, pour ne pas l'être, il faudrait faire un elfort, c'est-à-dire ne pas dormir tout à fait. Ainsi doit-il en être de l'hypnotisé, surtout s'il s'est endormi aussi confiant dans les passes qu'il s'endort le soir sur son oreiller. Peut-être, si le sujet se méfiait, ne s'endormirait-il qu'avec un désir de résistance tout au fond de lui ; c'est-à-dire que, par une auto-suggestion, il tiendrait éveillée en partie sa volonté responsable, laquelle ne serait plus entièrement asservie à celle de l'hypnotiseur; mais alors serait-ce l'absolu sommeil? Quand la jeune tille lire k' pistolet chargé, non seulement elle a pleine confiance, mais elle ne comprend même pas tout ce que signifie ce coup de pistolet. C'est
(1; Psychologie des idées-forces, l. II.
2% MOIWLl-: liKS IDKES-FOHCES
ainsi que Gabrir'l 'l'ariln buvait on rèvo, nous racontet-il. dans le cràMO d'un pclil cnlant sans éprouver autre fljuse (|ue do la sui'priso.
On ne pont donc, aussi sommairemoid (pic Ir lait l'école do l'aris, so prononcer sur la noii-iuipoi'laiice des « crimes do laboratoire », (pii imiuiolcnl avec raison les psychologues et les moralistes. Ceux-ci y voient une perturbation plus ou moins [»rolVuule de la conscience personnelle, <pii peut entraîner de graves consériuences morales. Le grand danger, cest l'a lia iblissemeid progressif de la volont('' sabandonnant ^\^^ pinson plus, j)uis de l'idéo-force du \\\nv voidoir. puis de ridée-loree de responsabilité propi'O : en un und, c'est la descente vers la passivité nerveuse et cé'rt'brale. Kt ce n'est pas seulement l'hypnotisme (pii entraino ce péril, mais tout monoidéisme produit par la passion ou même par l'esprit de svstomo. C'est ce cpii fait l'immoralité' réelle des doctrines immoralistes, de ces doctrines (jui veulent nier toute l'ospousabilitc' do l'élro intelligent et abs(»udre tout mal au nom d'un déterminisme punMnenl mécaniste d'où est exclu le pouvoir aulomotenr des idi'os, y compris l'idée mémo de libei'lt'' ros|)onsable.
I/autourd'un intéressant ouvrage sur la murale scienlilirpie a dit : « Dès l'instafil (pTon admet dans le monde social rexistonco do lois en Ions points scnihhihlcs h colles (pii régissent la rhnlc d'nnc jnci-i-c. il est aussi |»ut''ril do rendre un individu, (piel (piil s(»il. responsabb» de ses ados, ((ue de blâmer l'aibro clM''til'ou do iV-licilor l'arbre vigoureux. Toute tentative en vue d'attéïnier la ligueiM" de cotte consiMpu'nce est anlisrienll/if/nc. >• — Selon nous, au contraire, ce s(ud les assortions contenues dans ces lignes rpii sont antiscienlirKjuos, Il no nous semble pas conforme à la science de pn'tondro que l'acte d'un homme qui trahit sa [talrie p(nir une sonuno d'argent est <• en ions points semblable .. à la eliido d'une pierre, l-a pierre snit-clle qu'elle tombe, a-t-<'lle yidèe de sa chute et peut-elle so rejeter en arrière pour
reprendre son équilibre? f/homnie a-t-il, lui. l'idi'c de sa chute morale et de sa dé;,'radation, qui le fait réajirir contre celte chute? On ne peut assimiler riiomme à la pierre. Ajouter que, l'arbre chétif ne devant être blâmé, l'homme injuste et méchant ne doit pas Tctre • lavantage, c'est oublier de nouveau que l'arbre n'a pas conscience de son mauvais état et ne peut réajs'ir pour le moditier, tandis que riiomme a la conscience de ses étals et de ses actes, de leur valeur, de leurs moditications/)oss/6/e5 et désirables. Tout ce que nous avons ('crit sur rauto-déterminisme des idées et sur les sopliismes paresseux i\\\ fatalisme trouve ici son application (1).
Trop souvent, dans les discussions relatives à la responsabilité, on confond les actes dérivant d'un mt-canisme extérieur à l'agent avec ceux qui dérivent \° du caractère même de l'agent, 2" de sa conscience et de sa rellexion actuelle sur ses idées et désirs. Tirer un mauvais numéro, par exemple, c'est être victime de circonstances entièrement étrangères, sur lesquelles aucune n'aclion n'est possible du fait que nous la concevons ; mais il n'en est plus ainsi cpiand c'est le mauvais numéro qui se fait et se lire lui-même. Assassiner, malgré l'idée qu'on a et de l'injustice d'un tel acte et du pouvoir de la volonté pijur l'empêcher, c'est se faire victime de soi, c'est introduire le désordre en soi, c'est être ou se faire ce désordre, c'est en devenir responsable. Qu'on soit encore à idaindi'e, je l'accorde, mais la pitié ici est mêlé-e d'horreur morale. De plus, tout crime excite un juste sentiment de di'feiise sociale, joint au <lésii' d'amendement pour le monstre dont la passion animale l'enqtorte sur les idées les plus hautes de riiumanilé. 81 ce monstre
1 Df|iiii«. la jiiiMiratinii de son livre sur la V«'rali- srientifii|Uf. M. A. r.ayi't a fait iiaraltre. dans la Revue phUnaojihiiiue ijaiivier l'.t07 . >m remari|uat>k' travail sur la flisliiirlimi du normal ft du |ialho|i);.'i<iu<^ eu so"iol";:if. Notre rtiajiitrc sur le normal et le lypii|u<' était imprime quand a paru re travail, dont nous n'avons pu |iro(ltrr.
est déterminé par son caractère et par (oui ce qui constitue sa personne à choisir le mal dans des circonstances où d'autres choisiront lehien, ny a-l-il pas là une condamnation complète et entière de ce caractère et de cette personnalité avec toutes ses déterminations? De plus, notre théorie des idées forces n'admet pas que le caractère soit seul cause de Tact ion : elle introduit la conscience et la réflexion l»armi les facteurs délerminants. Or ma conscience, surtout réfiiéchie, est ce qu'il y a de plus moi; elle est mon moi intelligent et autonome : je puis donc, d'après la nature de mon action, me condamner ou m'absoudre moi-même. Par là, je réprouve ou approuve l'idée direelrice de mon action, idée-force qui a vécu en moi. qui y vivait au moment de l'acte, confondue avec mon être. Tel est, en dehors des considérations métaphysiques, le principe psychologique de Timputabililé qu'exige la morale scienlili(|uemenl entendue. Si une idée-force mauvaise et nuisible à la société est incarnée en moi, n'est-ce |)as en moi que se trouve le point d'application légitime pour la réaction provoquée par cette idée ?
Selon certains philosophes, l'impossibilité d'e.xpli- (luer la naliu'e d'un acte par aucune fornu^ de d(iermiiiisme, jthysi(|ue ou |»syeliiqiie. sérail la condition essentielle de notre res[»onsabililt''. l'A|tliquer, disentils, serait absoudre, et la science ne doil pas exi)liquer ce que condamne la morale. — Il nous sendjie diflieile d'ac<-oi'der (jue la morale puisse dire à la science : « Tu ne pousseras pas plus loin tes explications, qui pourraient devenir grn.-mles. > O'aboi'd, commeni di'lerminer le p(jint d'arrêt obligatoire, le non plus nltra! Si la UKM'ale même nous pi'escril de chercher toujours plus loin la vé'rih', (pu'lje (pielle soil, commeni |»oni'ra-l-elle nou> pi'escrire en même leuq)S de nous arrêter ici ou la? lui second lieu, nous v<'nons de voir qu'c/y/Z/'v/Z/o/j n'est |tas altsolntion. (lonqtrendre pourcpioi luie aelion est mauvaise, ce n'esl pas la l'endre bonne. Enlin
nous demanderons si, en tant qii inexplicable, l'acte de colonie n'est pas eneore mieux absous qu'en tant (\i\ explicable. Si je commets une action sans (ju'aucune intelligence, fût-elle omnisciente, puisse expliquer pourquoi je l'ai voulue, cette réalisation de Tarbitraire et du hasard sera aussi peu morale que celle de la fatalité. 1/acte sans raisons adéquates est un acte de folie, et la folie absout: elle est l'absolution suprême, la suprême irresponsabilité.
Nous ne nions pas, d'ailleurs, et nous avons toujours soutenu que, si un acte particulier de volonté a dans la réalité des raisons adéquates, ces raisons sont cependant trop nombreuses et trop cachées pour que notre science les épuise et rende compte entièrement de cet acte, encore moins de Vindiciduuni ine/fabile dont il procède. Mon intelligence saisit clairement quelle action je dois faire : elle sait clairement que j'ai bien ou mal fait; elle ne saura jamais de science complète l>oiH'quoij'aifait ainsi. Mais, comme l'a dit quelque part. M. Darlu, il n'y a que le partisan le plus naïf du libre arbitre qui croie tenir le pourquoi suprême eid'ermé <« dans son en fnnl\n parce rj ne ». Quelle est la doctrine qui pourra déterminer le pourquoi particulier et détinitif (l'une action humaine? L'homme ne trouve nullement dans cette iguorance métaphysique le droit de rejeter la responsabilité de son action sur le destin ou sur les autres : il doit s'en prendre à soi, s'il a mal agi. En effet, il a agi sous l'idée môme de sa responsabilité projire, il s'est identitié avec le motif mauvais de son action. Qu'on ne reproche donc pas à la doctrine des idéesforces, qui clierche la synthèse de la liberté morale et du déterminisme inlcllertuel,ce qu'elle a de sévère et d'honnête, en même temps que de scientifique, je veux dire son aveu d'impuissance à i)énétrer le principe des choses et des actes, à saisir « l'absolu métai»liysique de chaque action réalisée ». Pour le moraliste, il s'agit de déterminer non une resi)onsabilité absolue, qui nous échappe nécessairement, mais la i'es[»ousabilité
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relative et pratique dont a besoin la morale en l<inl que science.
11. — l/idt'e-foree de responsabilih' a pour eoiisé- (pienee la sanetion intérieure : riMnords et salisl'aelion. Le remords vient de l'impossibilité du bonheiu' complet pour celui «pii vit une vie où la volonté du tout, no- Inmmeitt du tout social, n'est pas satisfaite en mrme temps que sa volonté individuelle, il y a alors lutte entre les idées-forces, lutte entre les tendances corrélatives aux idées, donc déchirement intérieur, puis prédominance finale de la tendance universelle et sociale sur les poussées passagères de la passion. De là une soullranee d'un ^^enre particulier, ipii a pour caractère essentiel de seproduii-e (H de s'entretenir elle-mT-me par ridée (pfon aurait pu et dû se l'épargner en agissant mieux, (pr(m peut et doit se l'épargner à l'avenir. Dans le remords, nous éprouvons un cuisant regret d'avoii' voulu tel acte: en d'autres termes, nous éprouvons ime vive aversion pour cet acte, un vif di'sir iv'di'ospectif de ne l'avoir |»as voulu, un vif désir de ne plus le commettre. .Notre moi s'élant identitié jadis avec mu' action mauvaise, nous en assumons les conséquences. Le remords vieid donc de ce que nous concevons une [lossibililc'' (pii se serait réalisée sous certaines ccjnditions inlH-renles à la conscience même et à ses idées-forces, y compris lidé'e de notre lil)ert('> responsable. De plus, le remords ti'ansforme réellement la conscience où il se |»roduil ; il la place dans des condilions favorables à une conduite nn'illeiire. llsejuslilieà la fois au point de vm' du passé, du présent et de l'avenir. Spinoza, i-n condamnant le repentir, est victime de son mécanisme rigide et glacé', (pii considère un acte liumain (\\\ m(''nn' odl que la girouette esclave du veid. On |teut encore moins admettre les paradoxes de Nietzsche, (jui expli(pie le remords par " l'inslincl de eruaul(' --. ('e n'est |ias le moins du monde par une tendance à nous faiir souffrir
IDEE-KORCE DE RESTONSABILITH. SA REALISATION
SUl
et à « d('[)rimoi' » notre vie, c'est par un secret instinct de guérir et de hausser notre vie, (jue nous nous abandonnons au remords. Nietzsclie, comme d'iiabitude. se laisse séduire aux contre-vérités. Guyau, lui, avec plus de profondeur, ramène le remords à un regret, « le regret (Pôtre inférieur à son propre idéal, d'être anormal et plus ou moins monstrueux » ; on ne peut pas, ajoutet-il, sentir quelque imperfection intérieure sans éprouver quei(|ue lionte ; « cette honte est indépendante du sentiment de la liberté, et cependant elle est déjà le germe du remords. •> — On pourrait objecter cà Guyau que le remords proprement dit commence avec le sentiment plus ou moins exact que nous avons de notre liberté, avec l'idée que l'idée même de notre moi supérieur aurait pu se réaliser en nous et par nous, c'est-àdire par une activité inhérente à cette idée, qui, dans le fond, est nous-mêmes. On peut, du reste, accorder à Guyau ce qu'il ajoute sur le jugement intime par lequel nous nous évaluons : — « Je réponds devant ma pensée, en une certaine mesure, de tout ce qu'il y a de mauvais en moi, même quand ce n'est pas moi qui l'y ai mis, parce que ma pensée me juge. » Nous ajouterons, nous : — Parce (jue ma pensée, en me jugeant, rend possible une action conforme à ce jugement même et, en fait, me transforme par sa sentence. Comme la responsabilité, le remords est une idée-force grosse d'émotions et d'impulsions, qui, en se concevant, se réalise dans le domaine de la sensibilité et de la volonté.
m. — « l.e sens de la res[)onsabilité dcM/Jine de nos jours et, avec lui, le sens du péché », disent les théologiens. — Tout dépend, répondrons-nous, de la manière dont on interprète la responsabilité. Le sens du péché pro|)rement dit est la croyance métaphysique et religieuse à une faute dont l'individu serait le seul auteur responsable, à un acte de liberté échappant absolument, sur un certain point, au déterminisme scienti-
fique. Une faute de ce genre est représentée par la théologie comme celle diin premier homme, devenue mystérieusement la nôtre par transmission ou héréditaire ou mystii|ue : nous avons péché en Adam. Le péché est conçu en même temps par les théologiens comme notre faute personnelle et actuelle : nous péchons en nous-mêmes et pour notre propre compte. La croyance aux deux mystères de la faute originelle ot du péché actuel, mystères liés à ceux du libre arbitre absolu et de la grâce, s'allaiblit certainement de nos jours, ainsi que l'idée mélapliysi(|ue d'une responsabilité personnelle absolue et d'une expiatiun personnelle absolue, avec le dam éternel pour pendant au salut éternel. Est-ce à dire, comme on le [)réteiid, que notre sens moral soit pour cela amoindri? Au contraire, si nous avons moins la haine du pécheur, notre dégoût et notre horreur vont croissant à l'égard du vice qui brutalise et dégrade. Ce dégoût n'est pas seulement i^sthétique et contemplatif : il tend activement à supprimer peu à peu, par une éducation mieux approliriée, par un ordre social mieux organisé, toutes les difformités et brutalités humaines. L'imperfection inlrinsé(|U(' d'un de nos semblables nous clio(|ue comme si elle était la nôtre : nous voulons la voir disparaître. I)ans les rapports sociaux, le mépris de la justice ou de la solidarité nous clio(|ue davantage encore et, plus (|iu' jamais, prinocpie un esprit actif de réforme qui contraste avec l'ancienne « résignation » «les th('ologi(Mis. La vue d'un mal individuel ou collectif ((ui poiu'rait être pn'vcnu ou gut'ri nous blesse comme un reproche et un remords. Qu'est-ce à dire, sinon que l'idée morale a [)ris de nos jours une (orme <le plus en plus sociale, et que les idées d<' vice, de responsabilité, de sam'tion. au lieu de rester conlinées dans le for intérieur d'une volont»' indé|>endante, nous (»araissenl les résultats d'un déterminisme en grande pai'tie S(»eiologi<pie? Au sens du péché et de l'absoliu' imputabilil»' individuelle se substitue ainsi le sens de
la responsabilité collective. Au lion de condamner et de damner les individus pour leurs actes, nous clierclions en eux et hors d'eux les raisons de ces actes, pour agir sur les causes et, par les causes, sur les etlets. Enlin, parmi ces causes, le milieu social joue un rôle de plus en plus manifeste à tous les yeux.
Cependant, quelque vérité qu'il y ait dans la thèse selon laquelle le sentiment de la responsabilité individuelle diminue sous cerlains rapports, ce n'est encore ià qu'une moitié de la vérité totale. 11 faut, selon notre méthode habituelle , concilier celte première thèse avec la thèse contraire : responsabilité croissante de l'individu sous d'autres rapports, qui sont précisément les plus essentiels. Le mouvement de l'histoire, ici comme sur tant d'autres points, nous montre, k côté de la socialisation progressive, l'individuation progressive. Avec le développement de la liberté personnelle dans les sociétés modernes, grandit nécessairement l'idée-force de responsabilité personnelle. L'individu voit augmenter, d'une part, Tintensité de sa puissance propre et de son action au sein du milieu social, d'autre part, l'extension de cette puissance et les multiples eftets de son activité. Il aperçoit mieux tous les contre-coups de ce qu'il veut et fait. Georges Eliot a (lit avec profondeur dans Romolo : « Nos actions sont comme nos enfants qui vivent et agissent en dehors de notre propre volonté. Bien plus, on peut étrangler des enfants : des actions, jamais : elles possèdent une vitalité indestructible, à la fois en nous et liors de nous. » Ces actions dont nous sommes les pères, le progrès de l'intelligence et de la science nous permet de les connaître de i>lusen plus par anticipation, de les prévoir et de prévoir la longue lignée de leurs consé- «piences; nous sommes alors, parrapport à nos actes, comme un père de famille qui aurait la charge d'une multitude d'enfants. Comment donc, par le « progrès des lumières », sentirions-nous diminuer notre responsabiliti' ? Mêlés de plus en plus à la vie montante des
peuples et de l'humanité, qui s'ouvre de toutes parts sur tout(^s elioses, nous avons nous-mêmes des ouvertures sur tout et sur tous. Nous nous sentons " comme un empire dans un empire », comme un souverain |)arn)i des souverains; nous avons de plus en pl'js eliar«e d'âmes et charge de choses; ne pouvant vivre seuls et pour nous seuls, nous voyons notre vie toujours envahissante et toujours envahie. Quand nous avons entre les mains les lils de tant de séries causales, vaste réseau électrique aux répercussions à la fois intenses et étendues, comment ne noussentirions-nouspas de plus en plus responsablesà mesure que nous nous sentons plus puissants?
Le progrès de la conception scientitîque des causes ou puissances, c'est-à-dire de la doctrine déterministe rationnellement entendue, n'entraine donc pas le sentiment d'impuissance personnelle et d'irresponsabilité individuelle. Pour notre part, nous avons protesté toidc notre vie contre la lausse interprétation de la rationalité universelle, mal à propos confondue avec l'inertie universelle. Oui, il y a toujours des raisons à nos actes, mais des raisons dont nous avons la conscience et sur lesquelles nous pouvons réagir, des i-aisons qui deviennent pour nous des forces, non des faiblesses. C'est pounjuoi, avec la part du tout en nous, notre intelligence voit s'augmenter simultanc'ineid la part de nous-mêmes dans le tout.
Le sentiment de responsabililt' personnelle, comme nous l'avons vu, entraîne une approbaliun de soi et une censure de soi qui précèdent toute estime d'aulrui, tout blâme (Pautrui ; cette approbation et cette censure personnelles, selon iMdis, iront aussi en ci'oissant avec ie progrès social, telles sont les vraies manifestations de ce (|u'on nomme la conscience, et la premièretâclie de l'individu est d'avoir une conscience (pu soit vraiment la sienne. L'histoire nous moidre les progi'cs elléetifs (le cette conscience individuelle, en même temps que de la responsabilité' individuelle qid en est inséparable. .\u premier stade de l'évolution , (jui était cependant
celui du moindre degré de réflexion consciente, on approuvait déjà les qualités qui donnent à l'individu une conscience plus vive de sa puissance propre et de son importance propre. C'est ce que Nietzsche a appelé les valeurs nobles, parce qu'il a cru les reconnaîti'c au plus haut dciïré chez le noble fier de son pouvoir personnel et de son importance. En réalité, ce sont avant tout des valeurs barbares, qn'on retrouve encore de nos jours chez le sauvage : y a-t-il rien de plus fier qu'un Iroquois paré de ses plumes et ayant des anneaux dans le nez ? il est encore voisin de l'animal qui fait montre de sa force ou des ornements naturels de son corps. Le type des « valeurs nobles », c'est le paon faisant la roue. Si Nietzsche eût été un peu moins poète, il eût vu dans cet orgueil de la force, dans cette prétention à l'importance, le plus bas degré de l'individuation. Ce n'était là que le germe lointain de ce qui devait être plus tard la dignité personnelle. De même, Nietzsche n'aurait pas placé les prétendues valeurs nobles au-dessus des valeurs sociales. Ces dernières, d'ailleurs, se montraient déjà dès le premier stade de l'évolution , où elles coïncidaient avec les antres en une synthèse confuse. C'était précisément devant la tribu, c'était devant le « troupeau » que le sauvage [)aradait. De même, c'est devant la société de son temps que le « noble » de Nietzsche accomplit ses prouesses, rompt des lances, frappe, pille, tue. Le moi du barbai'e ou celui i]\\ noble auraient été bien déçus s'ils n'avaient eu aulrui pour se donner en spectacle. Mais c'est surtout au second stade du progrès que les valeurs sociales se séj)arèrent des autres et devinrent dominantes, surtout les valeurs d'utilité sociale, tant méprisées par Stirner et Nietzsche sous prétexte qu'elles sont « grégaires ». Nous sommes encore aujourd'hui à ce second stade. Pourtant, il nous est déjà possible d'entrevoir les valeurs du troisième, qui sera celui de l'avenir. Certains philosophes croient, avec Nietzsche, que ces valeurs consisteront dans le plus haut développe-
MOr.AI.E DES IDEES-FORCES
ment de l'individualité, dans la délerminalion di' sur par soi et en vue de son vrai moi. Us ont raison sous un rapport: seulement ,. ici encore, l'individualisme n'est que la moitié de la vérité et appelle comme nécessaire complément la i)lus haute univ(M"salité ou, d'une manière plus précise, la plus haute socialisation. Aussi le troisième stade de révolution sera-t-il, comme nous Tavons déjà vu, l'intime union de l'individualité et de la socialité. l>*où cette conséquence, que la responsabilité individuelle et la responsabilité sociale, indûment opposées l'uue à lauti'e, se développeront (\\\ même pas.
Dans un roman de psycholoj^ie où la pensée otlre un singulier mélange de force et de l'aiblesse, Paul Bourget prétend rattacher aux théories déterministes et au sentiment d'irres|)()nsabilité ([u'elles favorisent l'odieuse <« vivisection d'âme » instituée, sous l'orme de séduction systématique, i>ar un [isychologue (|ui se croit expérimentateur. Mais la philosophie du « disciple » et celle du >< maître » nous seudilenl également en retard de plus d'un siècle : maître et disei[)l(' en sont restés au fatalisme de Spinoza, plus ou moins bien interprète', ou an scepticisme sui)erliciel de Voltaire. De nos jours, en dehors de Nietzsche (plus souvent allardé (ju'avancé' , couipte-t-on beaucoiq) de philos(q)lies qui considèrent le bien et le mal comme de simples < «Hitpiettes sociales sans valeur ». comme ^\o^ .< conventions tantôt utiles, tantôt puériles », la pitii' comme une ridicule « faiblesse » , le respect comme ^ la |)lus sotte de nos ignorances », le remords comme « la plus niaise de nos illusions humaines? » (le sont là des sophismes du temps de Diderot, de l-auiellrie. de Stirner. Si-duil comme Paid P.ourget pai' linlluence de Taine. Nietzscln» a vainement essayé de les rajeunir en les prenant dans un sens moins grossier (|ne jadis. La philosophie actuelle, loin de considérer l.i vertu el le y'u'O (îonune de pures " conven-
tiens », y voit, au contraire, non seulement des nécessités sociales et des vérités sociales (niêiées d'erreurs réforinables), mais la révélation des tendances essentielles à un être pensant qui conçoit l'univers. La philosophie actuelle, loin de ridiculiser Tinstincl moral, tend de plus en plus à le Justifier : elle y découvre une intuition presque infaillible des lois les plus profondes de la vie. Au lieu de voir dans la pitié, avec Nietzsche, une « illusion », la philosophie actuelle y voit, avec Schopenhauer, le premier et le plus sûr moyen de dépouiller Tillusion du moi isolé et se suflisant à lui-même. C'est Nietzsche, lui, qui est dans la t)lus manifeste des illusions, celle qui consiste à se prendre pour un être exclusivement « individuel » et même K unique ». Le « respect » n'est pas« la plus sotte de nos ignorances », pas plus que l'admiration du beau et le dégoût du laid; n'y avons-nous pas reconnu un fait analogue au sentiment du sublime, |»roduit par ce (|u'il y a d'infini et d'insondable en toute vie sentante et consciente , en toute intelligence capable de concevoir l'univers? Le remords n'est pas « la plus niaise » des erreurs, mais, comme nous venons de le démontrer, la conscience douloureuse d'une diflbrmité mentale qui, en s'apercevant, se juge et, en se jugeant, se réforme. Enfin il ne suffit pas de supprimer la notion ordinaire du « libre arbitre », ni celle du « Père céleste », pour renverser du même coup toute hiérarchie entre les êtres, toute distinction de supériorité et d'infériorit(', de beauté et de laideur, de raison et de folie, de santé morale el de maladie morale. Nietzsche, malgré son immoralisme, n'admcl-il pas lui-même des valeurs de décadence et des valeurs de hausse! Jusque dans le monde idiysique, où la santé et la maladie sont d'ordinaire fatales, elles ne sont jtas jjour cela éf/uicalentes ; à jilus forte raison dans le monde moral, où justement la santé et la maladie peuvent réagir sur elles-mêmes par l'idée et le sentiment. C'est donc retomber une fois de plus au vieux fatalisme des mahomêtans que de dire, avec
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le « Maître » mis en scène par Paul Bourget : « Il faut accepter l'inévitable clans le monde intérieur comme dans le monde extérieur, accepter son àme comme on accepte son corps ». Non, le jugement que nous portons sur notre àme la rectilie. 11 y a en nous des choses que nous pouvons accepter, que nous pouvons refuser. C'est aussi tomber dans le vieux sophisme paresxeux que de dire avec le héros de Bourget: — « Je ne lutterai pas contre moi-même, je m'abandonnerai à des événements intérieurs dont la série est déterminée. » D'abord, nous ignorons ce qui est déterminé ; de plus, nous faisons partie des agents mêmes de cette détermination, dont nous pouvons changer en nous le cours par cela même que nous en concevons la possibililé. « Si le mécanisme, s'écrie Paul Bourget, pouvait lui-même modifier ses rouages et leur marche ! » — Précisément il le peut, i»ar l'iilée et le désir qu'il en a. — « Mais changer quoi que ce fût dans une àme, ce serait arrêter la vie. » — Au contraire , changer et se changer, " s'épandre sans cesse », comme disait Ciuvau, « se dépasser sans cesse », comme a dit Niet/sche, comme nous avions dit nous-même dans la Liberté et te Déterminisme, voilà ce qui fait la vraie vie, la vie des êtres intelligents et sentants. Si on vous oll're un remède contre un accès de fièvre, refuserez-vous de l'accepter, sous |M*étexte qu'on ne peut modifier les rouages de la machine corporelle et rpie ce serait « arrêter la vie » ? La psychologie contem|)oraine, en (lélinitive, n'est pas plus responsable des vivisections d'àme (jue pourrait se proposer un philoso|)he dévoyé , i\\\Q la physiologie contenqtoraine ne serait re>pon>;ible d'une vivisection d'enfant eiitrej)rise par quelque pai'tisan fanatique des prétendus " droits de la Science ». Erjcore la vivisection physiologiiiue ain'ail-elle un but et pourrait-elle aboutir à une découverte ; mais (|uel est le psychologue assez naïf pour instituer de bonne foi une « exp(''rience » de séduction? Qu'y a-t-il là de nouveau à découvrir, et que pourrait démontrer une pareille
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expérience sur une jeune fille, sinon que les jeunes filles sont sensibles à la pitié, à la reconnaissance, aux soins alfectueux, tentées par l'inconnu, retenues par la pudeur, — vorrei e non vorrei —, et autres vérités vieilles comme le monde? Nous ne saurions donc admettre comme inévital)le à notre époque l'éthique altérée de Spinoza à laquelle s'arrête le héros de Paul Bourget, sur Tautorité douteuse des Taine, des Renan et des Littré. « Considérer sa propre destinée comme un corollaire dans cette géométrie vivante qui est la nature, et par suite comme une conséquence inévitable de cet axiome éternel dont le développement indélini se prolonge à travers le temps et l'espace, tel est l'unique principe de ralfranchissement. » — Le principe de l'atilranchissemeiit n'est point de consentir à la géométrie aveugle de la nature, mais de réagir par la réflexion clairvoyante de la pensée ; ce n'est pas de suivre la nature, mais de la devancer par la conception de ridéal. Être déterminé par l'amour de cet idéal, c'est le réaliser en soi dans la même mesure. L'homme, nous l'avons vu, a le pouvoir de s'universaliser en quelque sorte, de vouloir une fin universelle, de vouloir universellement ; ce pouvoir, c'est la volonté même en sa source la plus cachée. Or, loin d'être une nécessité brute et une contrainte, un tel pouvoir apparaîtra de itlus en plus aux générations à venir comme une délivrance des nécessités physicpies et des contraintes résultant de la lutte pour la vie, conséquemment comme une liberté. Il ne s'agit plus ici, encore une fois, d'un libre arbitre indéterminé, suspendu entre les contraires comme râne de Bui-idan ; il s'agit d'une volonté positive, non ambiguë, qui va au tout et à l'unité du tout, qui est libre par cela même qu'elle n'est restreinte à aucune partie et que, se i)ortanl au tout, elle n'a plus rien à demander au-delà. Nousav<jnsvu qu'une telle volonté, malgré les sophismes des Taux savants, ré[>oud d'elle-même k ellemême et crée sa projjre impulabilité en la concevant
comme possible, en se l'altribiiant de fait comme réelle. Mieux la science approfondira la causalité individuelle eteoileclive, mieux elle fera remonter les actions à leurs diverses sources, soit individuelles, soit collectives. Le progrès de la science est un progrès dans la connaissance des causes; donc il en est un aussi dans Pattribution des elfcts. Causalité inlcllitjenlt' cl imjnilabililé sont un seul et même principe.