‹ Morales des idées-forcesChapitre 86 sur 150 · L OPINION · texte numérisé non relu

L OPINION

Les moyens de réalisation de l'idéal moral sont d'abord individuels, puis soeiau.x, enfin cosini(|iies et, selon quelques-uns. siipra-eosmiques.

Chez l'inilividii, l'idéal moral appelle un pouvoir quelconque de laetucdiser, une « liberté ". Nous avons vu que ce pouvoir, dans une morale scientifique, doit être conçu en conformité avec les conditions et lois de la science, «pii ne sont autres (|ue le déterminisme. Lidée-torce qui nous fourtiit l'idéal moral nous fournit également le degré de liberté scientifique et pratique en corrélation avec cet idéal. C'est un point sur lequel nous n'avons pas à revenir.

Occupons-nous donc des moyens sociaux de réalisation pour ridéal moral. Ce sont encore les idées-forces qui vont nous les fournir. Le premier de ces moyens, en effet, est Tensemble même d'idces-forces qui dirige une société et qui s'exprime avant tout dans ce (pfcn nomme l'opinion, sorte de commune doctrine morale. L'opinion crée pour chacun un honneur social qui ira se confondant avec l'honneur moral. Elle inqtosi'ra toujours le décorum, la décence ; il y aura toujoiu's dans les rapports mutuels des hommes une sorle de vêtement psychi(iue aussi indispensable que le vêtement corporel ; il y aura toujours une politesse des manières, une civilité des mœurs, distinguant Thomme de la bête et le « civilisé » du sauvage. Le sentiment populaire saisira toujours spontanément le contraste de Thomine moderne avec le primitif. La science historique nous apprend (pie le type j)uremenl animal fit place d'abord à riuimanilé sanvtuje, i)uis le type humain sauvage au type barbare, enhn le type barbare au type civilisé: le [)euple a l'instinct de cette évolution. Il reconnaît du pi'cniier coup le relomvdes types disparus qui a lieu chez certains individus inférieurs ; de Icà ces outrages {)opulaires : « brute, sauvage, barbare ». De même, le peuple change les noms d'animaux en injures : il Ih'trit le retour de l'homme à des formes de vie moins belles et moins bonnes.

Ce sentiment de la « normalité », qui uCsl autre, comme nous l'avons vu, que la conformité à Tidée-force de l'espèce, jouera un rôle de plus en plus important dans l'opinion [)ubli(pie. Même au point de vue purement maté'riel, une certaine lioide s'attache, en présence cVaulrui, au fait involontaire d'être dillorme, bossu, boiteux, borgne, nain. L'intérêt de l'espèce liera toujours une sorte de disgrâce et de ridicule aux déviations de la forme normale , (pioicpie excust'cs d'avance et non imputables à l'individu, qui en est la victime et non la cause. A j)lus forte raison s'il s'agit de la dillormité mentale, qui, encore une fois, dillê-

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