L OPINION. LES MOEURS. LES LOIS ET SANCTIONS
rera toujours des autres en ce qu'elle peut se corriger dans une certaine mesure par la conscience qu'elle a de soi: s'apercevoir de sa ditibrmité comme être humain et s'apercevoir que les autres s'en aperçoivent, c'est déjà se rapprocher de la normalité ; n'y a-t-il pas là une conséquence nécessaire de la théorie des idées-forces? la société humaine, quelque déterministe qu'elle puisse devenir , se montrera toujours sévère pour toute monstruosité en opposition avec ses propres intérêts, pour toute « anormalité » individuelle contraire à la direction de l'ensemble. Les animaux mêmes qui vivent en société éprouvent ce sentiment hostile à l'égard des êtres manques et des monstres physiques, comme s'ils sentaient que leur espèce est menacée de destruction par les individus de forme non viable. Au point de vue de la vie sociale, Tliomme intérieurement difforme n'est pas non plus viable : la réaction de l'opinion publique tendra doncî toujours à son élimination. Elle développera, au contraire, l'admiration pour les sentiments généraux et généreux, car ces sentiments sont un intérêt collectif de premier ordre, en même temps qu'une affirmation énergique de la force des volontés individuelles. Il y aura toujours de la gloire pour le dt'vouemenl qui méprise la vie sans espoir de compensation. La société sera du côté des hommes vi'aiment sociaux, qui sont en même temps les grandes individualités. Elle sera aussi du côté des intrépides contre les lâches ; le mot de lâche restera peut-être la suprême injure populaire. Lâcheté, c'est d'ahord la non-résistance de l'individu, l'absence de toute énergie personnelle ; lâcheté, c'est en même temps la nullité sociale, la non-existence au point de vue du tout ; que peut faire une société avec des trembleurs, avec des zéros de volonté individuelle et de volonté commune ?
La force des idées et celle de l'opinion où elles prennent corps iront croissant d'autant plus que s'accroitra la puissance de la presse, qui est un des principaux organes de l'opinion publique. Sans doute ce sont
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des idées-s-eflitimcnls que la presse surloul répaïul et que l'opinion consacre, mais ce sont pourtant des idées, des conceptions plus ou moins vagues surriiomnie, sur la sociétc, sur la nature. La irCulation du ^éoeentrisuie par la doctrine de Copernic n'était j)as un sentiment, •mais une théorie seiontilique, et, si la croyance popn- Jaire à Tliounne centre du monde a disparu, c'est en vertu d'un travail d'idées, non de simples sentiments ; il en est de même aujourd'hui d'une foule de conceptions inorales, sociales et religieuses, (|ui s'atrophient en se transformant, grâce à l'opinion et cà ses organes, pour laisser place à des conceptions nouvelles sur la famille, la propriété, la patrie, l'huniaulté, le monde.