‹ Moralistes anciensChapitre 102 sur 108 · DE PYTHAGORE · texte numérisé non relu

DE PYTHAGORE

Seul des sages de la Grèce , Thaïes , instruit par les prêtres de TÉgypte , avait cultivé Tastronomie , la physique et la géométrie. Personne après lui ne parut avec plus d'éclat que Pythagore de Samos, fils de Mnésarchus et de Parthénis. Il reçut des leçons de Phérécyde» disciple de Plttacus : mais son génie ardent et son avide eu* riosité ne lui permettaient pas de s'en tenir à cette école.

Il voyagea dans tous les pays où il crut trouver à s'instruire; il visita les prêtres de laChaldée; on a même prétendu qu'il avait pénétré jusqu'à l'Inde, où il avait reçu des leçons des gymnosophistes. Il [est certain du moins qu'il resta longtemps en Egypte.

Déjà la Grèce s'était élevée au-dessus de toutes les nations par les charmes d'une langue aussi riche qu'harmonieuse, et par les chants d'Homère et d'Hésiode : mais on y connaissait encore peu les sciences spéculatives; et les jeunes gens n'avaient d'autre moyen de s'instruire qu'en voyageant chez des peuples plus anciennement policés. Cependant leurs esprits n'étaient pas préparés à recueillir les fruits qu'ils attendaient de leurs fatigues. Disciples soumis, et prévenus d'une dangereuse admiration pour leurs maîtres, ils recevaient sans examen tout ce que les prêtres de l'Egypte daignaient leur communiquer. Ils prenaient les rêveries de ses tristes penseurs, leurs préjugés, leurs erreurs, et jusqu'à leurs mensonges, pour des vérités suhlimes , et donnaient le nom de sagesse à l'amas infornie d'idées mystiques qu'ils rapportaient dans leur patrie. Telle est l'origine de cette fausse métaphysique introduite dans la Grèce par Pythagore » adoptée

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ensuite par Timée, surchargée par Platon de nouvelles subtilités, rendue plus obscure encore par ses disciples, et qui a nui si longtemps aux progrès d,e la vérité.

Ce fut à Grotone que s'établit Pythagore, et de là sa secte reçut le nom d'Italique. Les prêtres de l'Egypte faisaient un grand mystère de leur doctrine ; il se fit un devoir de les imiter : mais s'il croyait ses principes utiles, pouvait-il innocemment les tenir secrets?

Sesdisciples portèrent jusqu'au fanatisme l'observation du mystère. Du temps que Denys régnait à Syracuse, un certain Mullias et Timycha, sa femme, étaient de la secte pythagoricienne. Le prince voulait apprendre d'eux la cause de l'aversion de cette secte pour les fèves ; Timycha, crs^ignant qu'il ne la fît exposer à des tortures supérieures à sa faiblesse , se coupa, dit-on, la langue avec les dents, et la cracha au visage de Denys.

L'école de Pythagore était réellement une sorte de clotlre. On commençait par un rude noviciat. Il fallait garder le silence pendant cinq ans. Après ce temps d'épreuve, on apportait ses biens en commun. Les chairs de certains animaux étaient interdites ; on ne pouvait manger que certaines parties de quelques autres ; il était sévèrement ordonné de s'abstenir de fèves et de poissons. Si quelque disciple se dégoûtait de l'école et rentrait dans le monde, on célébrait ses obsèques.

Pythagore avait apporté toutes ces pratiques de l'Egypte aussi bien que sa théologie. Il enseignait qu'un dieu unique et créateur avait formé les dieux immortels, semblables à lui ; et au-dessous d'eux, les démons et les héros. Les démons ou génies étaient les ministres du dieu suprême : ils étaient placés dans les différentes sphères, l'air en était rempli. C'étaient eux qui envoyaient aux honmies les songes, la santé, les maladies ; c'étaient eux seuls qui agissaient sur les êtres créés; c'était à eux que se rapportaient les cérémonies religieuses, les expiations, les divinations, les purifications. Il fallait prier les

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