DB DÉMOCRATE
Pour exercer un métier, on commence par en faire Tapprentissage : pomr pratiquer la sagesse, il faut s'en être fait une étude.
Tout est perdu quand les méchants servent d'exemple et les bons de risée.
xvm.
N'est-ce pas une honte de chercher à approfondir les affaires des autres» et de ne pas connaître les siennes?
Celui qui diffère toujours laissera son ouvrage imparfait.
On voit une foule de gens qui semblent meryeilleux, et qui ne payent que d'apparence : Os font tout en paroles, et n'agissent jamais.
n n'est pas inutile d'acquérir des richesses ; mais rien n'est plus dangereux que d^en acquérir ii^ustement. Heureux qui joint lin jugement sain aux faveurs de la fortune ! Il saura dans Toccasion faire un bel usage de ses trésors.
L'ignorance du bien est la cause du mal.
xxm.
N^est-ce pas une odieuse présomption de vouloir parler de tout et de ne rien vouloir écouter?
Avant de recevoir un bienfait, examinez bien conn ment vous en pourrez marquer votre reconnaissance.
Observez de près le méchant, de peur qu'il ne sai* sisse l'occasion de faire du mal.
Que souvent il en coûte peu pour exercer Thumanité ! Un faible bienfait répandu à propos peut quelquefois sauver Thonneur ou la vie de celui qui le reçoit.
Mais celui que je vais obliger est peut-être un fourbe qui ne reconnaîtra mes bienfaits que par le mal qu'il s'apprête à me faire.... Uhomme bienfaisant cherche à contenter son cœur : que lui importe d'obtenir du retour I
xxvm.
Louez les belles actions : c'est avoir l'ame vile d'un lâche imposteur que de prostituer son suffrage à celles qui ne le sont pas. Mais souvenez-vous que le sage ne dédaigne pas l'estime qu'on lui accorde, et qu'il ne se montrera jamais inférieur aux honneurs qui lui seront décernés.
Celui qui ne peut même trouver un seul ami est-il digne de vivre? et celui qui n'aime personne peut-il donc être aimé?
Ceux qai ont totijours la plainte dans la bouche sont incapables de trouver des amis.
Hommes, ne rions pas des faiblesses de l'homanité : elles doivent bien plutôt faire couler nos larmes. XXXU.
Louer les gens médiocres', c'est leur faire bien du tort.
XXXMI.
Laisse les autres faire ton éloge, et si tu ne te connais pas les qualités qu'Us célèbrent en toi, sois convaincu que ce sont des flatteurs.
L'amitié d'un seul sage vaut mieux que celle d'un grand nombre de fous.
La vie est un passage, le monde est une sali" '•'' spectacle. On entre, on regarde, on sort.
DE THÉANO A ECBULË '•
Théano à Enbule , salut. J'apprendg qne voas élevez vos enfants avec trop de délicatesse. Le devoir d'ane mère n*e8t pas de préparer ses fils à la volupté, mais de les former à la tempérance. En voulant remplir auprès des vôtres le devoir d'une tendre mère, tremblez de jouer le rôle d'un flatteur dangereux.
Vous entretenez leur enfance dans la mollesse , et vous croyez qu'ils auront un jour la force d'y renoncer ! Vous leur faites prendre Thabitude des plaisirs, et vous vous flattez quMIs leur préféreront un jour les fatigues I Âh ! ma chère Eubule , vous croyez les élever, et vous ne faites que les corrompre.
Et ne dites pas que j'exagère. Connaissez- vous donc une plus funeste corruption que de disposer de jeunes cceurs à la volupté , de jeunes corps à la délicatesse", que de^détruire Ténergie des âmes, de briser tonte la force des corps , et de les rendre incapables de résister aux pins faibles travaux ? Quoi ! ce ne sera pas corrompre les enfants , que d'en faire des espritlB timides et des masses inactives?
Craignez également de voir vos élèves se refuser an tra* vail et se plonger dans les plaisirs : que le beau seul ait des charmes pour eux ; qu'ils frémissent d'horreur à la seule pensée du vice. Vonlez-vons donc en faire des débauchés, des dissipateurs , des hommes inutiles que des bagatelles pourront seules occuper ? Que l'habitude leur apprenne à braver les peines et les dangers. Un jour ils seront soumis aux fatigues , ils connaîtront un jour la douleur : craignez-
* ThéaDO était femme de Pytbagore : eUe avait laiMé quelques écr'
vous qo*i]s n'en deviennent les esclaves ? préparez-les à n*ètre pas vaincns par elle. A lear âge rien n'est indiffârent : ne lear permettez pas de tout dire ,[ ne les abandonnez pas indifféremment à tons leurs goûts.
J'ai peine à croire ce qa*on me dit. On m'assnre qne vous fkémissez quand ils pleurent; que votre principale étude est de les faire rire ; que vous avez la faiblesse de rire vousmême quand ils vous insultent, vous, leur mère, et quand ils battent leur nounrioe. J'apprends aussi que vous êtes tout occppée à leur procurer de la fkalcheur en été, et de la chaleur en hiver. Quelque chose peut-il flatter leurs caprices? vous êtes là , toute prête à les satisfaire, à les prévemr ; ils n'ont pas le temps de désirer. Est-ce ainsi qu'on élève les enfants des pauvres? On ne les nourrit pas si délicatement; ils n*en croissent que mieux, ils n'en sont que mieux constitués.
Voulez-vous élever une race de Sardanapales , et détraire dans sa naissance la mâle vigueur de votre postérité? Ditesmoi donc , ma chère Eubule, que prétendez-vous faire d'un enfant qui se met à pleurer si Ton tarde un instant à lui donner à manger, qui refuse de se nourrir si on ne lui présente pas les mets les plus friands, qui tombe dans la langueur dès qu'il a chaud, qui grelotte au moindre froid, qui se fâche si on le reprend, qui s'empoite dès qu'on manque à deviner ses fantaisies , qui s'abandonne à la mollesse et ne contracte que des habitudes efféminées ?
Soyez bien persuadée qu'une éducation voluptueuse ne produira jamais qu'un esclave. Eloignez de vos enfants la délicatesse si vous voulez en faire des hommes : que leur éducation soit austère ; qu'ils supportent le froid et le chaud, la soif et la faim; qu'ils aient des égards, de la complaisance pour leurs égaux , du respect pour leurs supérieurs; c'est ainsi que vous leur imprimerez pour toujours le caractère de l'honnêteté.
Croyez-moi : les peines, les travaux, sont des préparations nécessaires à leur âge pour recevoir plus aisément ensuite
la teîntare de la vertu. La vigne qu'on néglige de cultiver ne donne pas de fruits ; craignez que de même un jour vos enfants , dégradés par le vice de leur éducation , ne deviennent inutiles au monde.
DE THÉANO A NIGOSTRATE.
On ne m'a pas dissimulé , ma chère Nicostrate , l'égarement de votre mari. Le voilà donc amoureux d'une courtisane , et vous voilà jalouse ? Je connais bien des hommes attaqués du même mal. Ces femmes-là ont un art tout particulier pour les prendre dans leurs filets, pour les y retenir, pour leur faire tourner la tête. La vôtre n'est pas en meilleur état ; vous vous tourmentez nuit et jour, vous vous laissez dévorer par le chagrin , vous n'êtes occupée que de projets de vengeance. Prenez-y garde, ma chère Nicostrate, vous prenez un mauvais parti. La vertu d'une femme n'est pas d'être la gardienne , c'est d'être la compagne de son époux ; et une compagne Adèle doit supporter même la démence du compagnon de son sort. Il cherdie le plaisir dans les bras d'une maltresse ; mais après l'accès de son délire , c'est auprès de sa femme qu'il dierchera son amie.
Surtout n'allez pas aggraver un mal par d autres maux, ni une folie par une folie plus grande. Le feu qu'on ne souffle pas s'éteint de lui-même : c'est limage des passions. Voulez-vous les combattre? elles s'irritent : ne les remarquezvous pas ? elles s*apaisent.
Connaissez bien toute votre imprudence. Votre mari dierche à vous cacher Foutrage qu*il vous fait, et vous avez la maladresse de vouloir l'en convaincre ! eh ! ne sentez-
voas pas que voas arrachez le voile , et qu'il ne se généra plas pour vous offenser ouvertement ? Ne fondez pas votre amour sur ses caresses , mais sur sa probité : c'est elle qui fait le charme de Tunion conjugale. L'attrait du plaisir le met aux genoux d'une courtisane : mais , quand il revient à vous, c*est la compagne de sa vie qu'il cherche et qu'il aime à retrouver. Sa raison vous aime; ce n'est que sa passion qui Tentraine dans les bras de votre rivale. Mais les passions sont de courte darée; bientôt la satiété les suit : un instant les enflamme , un instant les éteint.
A moûis qu'un homme ne soit entièrement dissolu , il ne conserve pas un long attachement pour une femme méprisable. Bientôt il renonce à de coupables plaisirs qui coûtent toujours bien cher. Votre mari ne tardera pas à sentir qu'il se nuit à lai-méme, qu'il se ruine, qu'il risque sa réputation. U a trop de jag^nent pour s'obstiner à sa perte. 11 reconnaîtra ses torts et ses dangers; les droits de son épouse le rappelleront vers elle : alors il saura vous apprécier, il ne pourra supporter la honte de sa conduite passée , et vous le retrouverez repentant et digne de votre amour.
Mais surtout, ma chère Nicostrate , laissez aox courtisanes un art qui leur convient. La modestie , la fidélité , le soin de sa famille , sa tendresse pour ses enfants , ses ^ards pour les amis de son époux ; voilà tout le manège d'une femme honnête.
Elle doit rougir de manifester sajalousie contre une coortisane. Une émulation plus noble est seule digne d'elle; qu'elle combatte de vertu avec les femmes les pins vertueuses. Ne conservez pas un funeste ressentiment; montrez-vous toujours prête à la réconciliation. Songez que les bonnes mœurs nous concilient la bienveillance même de nos ennemis : elles seules nous honorent ; seules elles nons rendent plus fortes même que nos époux, et nous donnent sur eux uu ascendant invincible. Choisissez des deux partis : on forcez votre époux à vous révérer , ou consentez à servir humblement votre maiire.
Il vous i^te un moyen de lai rq>rocher sa conduite ; et ce moyen , c'est ?otre vertn. C'est par elle que vous le ferez rougir ; c'est par elle que vous devez le presser d'obtenir de vous son pardon. Il vous en aimera davantage , quand il sentira toute son injustice , combien vous méritiez peu de l'éprouver, et combien était grande la perte qu'il risquait de faire lui-même en renonçant à votre tendresse. C'est après la maladie qu'on sent mieux tout le prix de la santé : de même les différends des gens qui s^aiment répandent les charmes les plus doux sur leur réconciliation.
Ne voulez-vous pas m'écouter ? £h bien 1 livrez-vous donc à toute l'impétuosité de votre jalousie. L'esprit de votre mari est malade , montrez que le vôtre n'est pas plus sain : il risque sa réputation ; perdez la vôtre : il néglige sa fortune ; aidez à la renverser ; punissez -vous en croyant le punir. Ou bien abandonnez-le, faites divorce, jetez-vous dans les bras d'un autre époux , qui vous sera de même infidèle, et que vous abandonnerez de même. Non , ma chère Nicos« trate , ne vous livrez pas à ces excès : dissimulez les peines de votre cœur, sonf tirez-les avec patience -, c'est le moyen de les voir plus tôt finir.
DE LA PYTHAGORICIENNE BfEUSSE A CLEARETE.
On voit que la nature elle-même a placé dans votre cœur le goût de la vertu. Dans l'âge où vos semblables ne sont occupées que du soin de leur parure , vous êtes assez indifférente sur la vôUre ponr la soumettre à mes conseils : c'est nous faire connaître, dès l'aurore de votre vie , qu'elle sera consacrée tout entière à la sagesse.
Une femme honnête et sage doit toujours , dans sa parure, consulter la modestie , négliger la magoificence. Elle recherche dans ses vêtements la pins grande propreté, la plus sévère décence ; elle en rejette tous ces ornements soperflus, inventés par le luxe, désavoués par la nature. Laissons aux courtisanes ces brillantes robes de pourpre relevées par Téelat de Tor : ce sont les instrnments de leur vil métier, ce sont les filets où elles prennent leurs amants.
Une femme qui ne veut plaire qu'à son époux trouve sa parure dans sa verta, et non sur sa toilette : elle ne cherdie point à rénnîr, à captiver les suffrages offensants des étrangers. L'attrait de sa sagesse et de sa modestie lui prête bien plus de charmes que Tor et les émeraudes ; son fard est la rougeur aimable de la pudeur. Ses soins économiques , son attention de plaire à son mari, sa complaisance, saîdouceur, telles sont les parures qui relèvent sa beauté.
Une femme estimable regarde comme une loi sacrée la volonté de son époux. Elle lui apporte une riche dot ; sa sagesse et sa soumission : car les richesses et la l)eauté de rame sont bien préférables à des charmes qui seront, bientôt flétris , et aux présents trompeurs et passagers de la fortune. Une maladie efface la beauté des traits ; celle de rame dure autant que la vie.
DE MYIA A PHYLIS.
Vous allez devenir mère : votre premier devoir est de vous occuper du choix d'une nourrice \ Qu'elle ait assez
* On est étonné que la pythagoricienne Hyia ne conseille pas à son amie de nourrir cUc-ménic son enfant. Cette lettre ne peut rien apprendre de nouveau après tant d'ouvrages r|uîontcld publiés sur le même sujet,
d'empire sur elle-même ponr se refuser constamment aux caresses de son mari ; qu'elle soit propre et modeste ; qu'elle n'ait ni la passion du vin ni Famour du sommeil ; que son lait soit pur et nourrissant. Du choix que vous allez faire dépend la vie entière d'un enfant chéri.
Tous les instants d'une bonne nourrice doivent être partagés entre ses devoirs. Elle doit consulter la prudence et non sa fantaisie, son caprice, pour présenter le sein au nourrisson : c'est ainsi qu'elle lui forlifîera la santé. Il n'est pas moins nécessaire qu'elle attende , pour se livrer au sommeil , que l'enfant lui-même ait envie de se reposer.
Prenez garde qu'elle ne soit d'une humeur coléiique; je n'apprendrais pas non plus avec plaisir qu'elle fût bègue ; tâchez même qu'elle soit née dans la Grèce , de peur que, par imitation, votre enfant ne contracte un accent vicieux. Surtout qu'elle soit prudente dans le choix de ses aliments, et qu'elle ne prenne même de nourriture saine qu'avec une juste réserve.
Il est bon de laisser dormir les enfants après qu'ils se sont bien nourris de lait : ce repos agréable, et qu'exige leur f ai-, blesse , rend leur digestion plus facile. S'il faut alisolument leur donner quelque autre nourriture que le lait de leur nourrice, n'oubliez pas qu'elle doit être simple et légère. Je crois que le vin est une boisson trop forte pour eux ; si vous ne le leur refusez pas entièrement , qu'il soit du moins assez trempé pour approcher de la douceur du lait.
Je ne conseillerais pas de les baigner tous les jours : il suffit qu'ils prennent le bain de temps en temps, et il est essentiel d'en bien ménager la température. N'étudiez pas avec moins d'attention celle de l'air que respirera votre enfant ; qu'il n'éprouve ni une trop grande chaleur, ni un froid trop rigoureux. Sa chambre ne doit être ni trop close , ni trop exposée au vent ; l'eau qu'il boira , ni trop légère , ni
mais on sera bien aise de connaître les soins que les mères prenaient alors de la première nourritore de leurs enfants.
trop pesante. Ne lai donnez pas des langes trop rades; qu'ils aient assez d'ampleur pour Tenvelopper, troppeo pour rincommoder. La nature doit être votre règle ; elle demande que ses besoins soient satisfaits , elle ne Teot pas de magniGcenoe.
«Tai cru devoir ) dès à présent , vous donner ces conseOs pour, la nourriture de Totre oifant ; j*espère tous entretenir quelque jour de son éducation.
FIN