LEÇONS DE VERTU. — CHAP. L
le inonde. 11 était modéré en tout. Contenance ferme ; rien d'indécent ni de singulier.
n usait sans faste et sans façon des commodités qu'une grande fortune offre toujours abondamment» et d'un air à faire connaître qu'il s'en servait uniquement parcequ'elles se présentaient, et qu'il ne regrettait pas celles qui pouvaient lui manquer.
Il ne fit Jamais dire de soi qu'il s'amusftt à faire le bel esprit, à bouffonner, à mener une vie oisive. On disait au contraire qu'il était homme mftr, consommé, inaccessible à la flatterie , . maître de soi , fait pour commander aux autres.
11 honorait les vrais philosophes , sans rien reprocher à ceux qui ne Tétaient qu'en apparence. On ne lui en imposait pas facilement.
Sa conversation était aisée , agréable ; on ne s*en lassait point.
11 prenait soin de sa personne avec mesure, et non en homme attaché à la vie, ou qui cherche à plaire ; et, sans se négliger, il bornait son attention àTobJet de la santé, pour n'avoir recours à la médecine ou à la chirurgie que le moins qu'il fût possible.
11 reconnaissait sans jalousie la supériorité des talents des autres , soit en éloquence ou science des lois, soit en philosophie morale , ou en tout autre genre. Il contribuait même à les faire renommer comme excellents, chacun dans sa partie *.
* Allaioo à reuipereur Adrien, fort eoTteux des gens de lettres, (Voir son Hlstoife.)
. Il iiBitalt en tout la. vie de nos.père», mdis sans Taf-^ fectér.
11 n'aimait point à cbai^ger cootinuellement de pl>ce et d'objet ; il n'était jamais las de s'arrêter en un même > lieu et sur une même affaire. Après ses violents aecès* de mal de tète , il revenait frais et dispos à son tra** vail ordinaire .
Il avait très peu de secrets , et seulement pour le bien de la société.
Dans les spectacles à donner, dans les ouvrages publics, dans ses largesses au peuple, et autres cas semblables, il était sage et mesuré, comme ayant en vue de faire tout ce qui convenait , et non de s'attirer des applaudissements.
Il ne se baignait jamais à des heures extraordi-» naires. Point de passion pour les bâtiments. Rien de recherché dans les mets de sa table , dans la qualité et la couleur de ses habits , dans le choix de beaux esclaves. A Lorium une robe achetée au village voisin, et ordinairement de l'étoffe qu'on fait à Lahuvium. Jamais de manteau , sinon pour aller à Tusculum , et même il en faisait des excases.
En général point de manières dures, indécentes, ni d'une fougue à se faire appliquer ce mot , il en suera. Il faisait au contraire toutes choses l'une après l'autre , comme à loisir, sans se troubler, avec ordre, avec vigueur , en mettant un juste accord dans la suite de ses actions.
Il mérita qu'on lui appliquât ce qu'on a dit de Socrate, qu'il avait la force de se passer et de jouir, inr
LEÇONS DE VERtO* — CHAP. I. m
âifféreiument, des choses dont la pltipaHides hommes ne peuvent ni manquer sans tristesse , ni jouir sans excès. Savoir être fort et modéré dahs ces deux cas, c'est le propre d*un homme parfait et supérieur; et tel fut le caractère qu'il nous fit voir pendant et après la maladie de Maximus.
De mon cousin Sévérus :
Aimer mes proches, la yérité, la justice.
11 me fit connaître quels hommes avaient été Thraséas, Caton, Dion, Brutuâ.
Il me fit prendre Tidée de gouverner par des lois générales, ayant égard à Fégalité naturelle, laissant à tous mes sujets la liberté de me parler, et surtout en respectant la libre disposition que chacun doit aVoir de soi et de ses biens.
Il m'exhortait à ne m'inquiéter de rien, à rester constamment attaché au culte de la philosophie , à faire le bien, à être libéral, à ne jamais perdre Tespé* rance, à ne point douter de l'afièction de mes amis. S'il â;ait mécontent de quelqu'un des siens, 11 ne le cachait point ; il ne leur donnait pas la peine de deviner ce quî lui était agréable ou désagréable ; son ame ne leur était jamais yoilée.
De mon gouverneur : Ne jamais prendre parti, dans les courses du cirque , pour les uniformes verts ou pour les bleus, ni, dans les combats de gladiateurs, pour les grands ou les petits boucliers'.
* L'empereur Vitellius était A ]iankiiiiié ponr la ttoiipe Uelie, qu'il f^'
Être patient dans les travaux : me contenter de peu : sayoir me servir moi-même.
Me point me charger de trop d'affaires.
He défier des délateurs.
De Diognétus :
Point de vaine curiosité ; ne rien croire de ce que les charlatans et les imposteurs racontent sur les enchantements, les conjurations des mauvais génies, et autres prestiges. Ne point nourrir des cailles augurâtes \ ne point m'entéter de ces folies.
Souffrir qu*on parle de moi en toute liberté.
Rester intimement uni à la philosophie.
Ce fut lui qui me donna pour maîtres, premièrement BacchuSy ensuite Tendasis et Marcien. 11 m'apprit, dans mon enfance , à composer des dialogues. 11 me mit dans le goût d'avoir un petit lit couvert d'une simple peau, et me fit suivre tous les autres usages de réducation grecque.