DÉSIGNATION. -: CHAP V
au nombre des êtres qui servent utilement à I*ouyrage. Mais prends bien garde de ne pas tenir parmi ces ouvriers le même rang que tient dans une comédie ce vers plat et ridicule que Chrysippe à cité. ||Sj|
La raison, qui gouverné Tunivers, connaît parfaitement sa propre. nature; elle sait bien tdut ce qu*eUe fait» et sur quels sujets elle agit.
Tout ce qui arrive dans le monde y arrive justement , comme tu le reconnaîtras si tu es bon obser*vateur; et cela non seulement par rapport à Tordre arrêté des événements, mais je dis selon les règles de la justice, et comme étant envoyé par quelqu'un qui distribue les choses selon le mérite. Continue donc d y prendre garde, et tout ce que tu feras, fais-le dans cette pensée, pour te rendre homme de bien : je dis homme de bien dans le vrai sens de ce mot. Que ce soit la règle de toutes les actions de ta yie.
Ne fais et ne pense rien que comme si tu étais sur le point de sortir de la vie. Ce n*est pas que sortir de la vie soit une chose flicheuse s*il y a des dieux, car ils ne le feront aucun mal ; et s*il n'y en a point, ou s'ils ne prennent aucun soin des choses d'ici-bas, qu'ai-je affaire de vivre dans un monde sans providence et sans dieux I Hais il y a des dieux, jet ils ont soin des choses humaines; et ils ont mis dans l'homme tout ce qu'il fallait pour qu'il ne tombât pas dàiïs de véritables maux : car si dans tout le reste il y avait un vrai m*''
S26 PENSEES DE MAAC-AURÈLB.
les dieux y auraient pourvu, et nous auraient donné les moyens de nous en garantir. Mais oe qui ne peut rendre l'iiomme pire qu'il n'est, comment pourrait-il rendre la yie de l'homme plus malheureuse? En effeti si la nature, qui gouverne le monde, avait souffert ce désordre, ce serait donc, ou parcequ'elle aurait ignoré que ce fût un désordre, ou parceque, l'ayant su, elle n'aurait pu le prévenir ni le rectifier. Or^ on ne peut pas penser qu'elle ait fait par ignorance où par faiblesse une si étrange bévue que de laisser tomber indifféremment, et sans distinction, les biens et les maux sur les bons et sur les méchants. Et puisque la mort et la vie, l'honneur et l'opprobre, la douleur et le plaisir, les richesses et la pauvreté, que toutes ces choses, dis-je, qui de leur nature ne sont ni honnêtes ni honteuses, arrivent également aux méchants et aux bons, il s'ensuit que ce ne sont ni de véritables maux ni de véritables biens.
0 univers I tout ce qui te convient m'accommode. Tout ce qui est de saison pour toi ne peut être pour moi ni prématuré ni tardif. 0 nature I ce que tes sai*- 6ons m'apportent est pour moi un fruit toujours mûr. Tu es la source de tout, l'assemblage de tout, le dernier terme de tout. Quelqu'un a dit : 0 chère ville de Cécrops! pourquoi ne dirais^tu pas du monde : 0 chère ville du grand Jupiter I !
Comment se peut-il que les dieux, qui ont arrangé toutes choses dans un si bel ordre et avec tant d'amour