‹ Moralistes anciensChapitre 23 sur 108 · RÉSIGNATION. — CHAP. -V. MT · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION. — CHAP. -V. MT

pour ^espèce humaine, aient négligé un lïeal point? C'est qae des hommes très vertueux, après avoir véeu dans une espèce de commerce continuel avec la divi-^ nité, et s'en être fait aimer par quantité de bonnes actions et de sacriflces, ne soient plus rappelés à la ne lorsqu'une fois ils sont morts, et qu'ils soient éteints pour toujours?

S'il en est ainsi, tu dois être persuadé que c^est bien, et que les dieux en eussent ordonné autrement s'il l'eût fallu ; car la chose était possible, s*il eût été Juste qu'elle fût. Et si un tel événement eût été dans l'ordre de la nature, on l'aurait vu arriver par des causes naturelles. Mais de cela même qu'irn'arrive point (s'il est vrai qu'il n'arrive pas), tu dois conclure qu'il ne l'a pas fallu. Tu vois même que dans cette curieuse recherche tu disputes des droits de l'homme vis-à-vis de Dieu. Or, nous n'en userions pas ainsi avec des dieux, sMls n'étaient souverainement bons et souverainement justes ; et cela étant, ils n'ont rien oublié de ce qu'il était juste et raisonnable de faire dans l'arrangement du monde.

Si c*est être étranger dans le monde que d'ignorer ce qu'il y a, ce n'est pas l'être moins que d'ignorer ce qui s'y fait. Nomme déserteur celui qui se dérobe à l'empire des lois ; aveugle, celui qui a les yeux de Fintellîgence fermés ; pauvre, celui qui a besoin de quelque chose, et qui n'a pas de son fonds ce qui fait vivre heureux ; abcès dans le corps de l'univers, celui qui 86 retire et se sépare de la raison de la commune na«

S28 PENSÉE^ DE MÂRC-AURÈiE.

tare, en recevant avec cbagrinies accidents, car c*est elle qui té les.apporte et qui t'a porté aussi ; coupable de schisme dans la ville, celui qui, dans le cœur, «e détache de la société des êtres raisonnables, car il n*y a dans le monde qu'une seule et même raison.

Jette-toi volontairement dans les bras de la parque. Laisse-la te filer telle aorte de jours qu'il lui plaira.

Us mangent, ils boivent, ils ont recours à la magie pour se détourner du courant qui les mène à la mort. Hais Dieu Içur envoie-t-il vent arrière? il faut céder. Leur peine ne mérite pas nos larmes.

Ce que la nature de l'univers apporte à chacun lui est utite, et l'est au moment qu'elle l'apporte.

Les dieux me négligent-ils moi et mes enfants? Cela même doit avoir sa raison.

Un homme instruit et modeste dit à la nature qui donne tout et qui retire tout : Donne-moi ce que tu voudras, reprends tout ce qu'il te plaira; et il ne le dit point par fierté, mais pair un sentiment de résignation et d'amour pour elle.

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