‹ Moralistes anciensChapitre 30 sur 108 · DU RECUEILLEMENT. — CHÂP. IX · texte numérisé non relu

DU RECUEILLEMENT. — CHÂP. IX

enfin la petitesse du cercle où ce bruit s'étend : car la terre entière n'est qu'un point de l'univers ; ce qui en est habité n^est qu'un coin du monde, et dans ce coinlà même, combien auras-tu de panégyristes, et de | quelle valeur?

Souviens^toi donc de te retirer aiiisi dans cette petite partie de nous-mêmes. Ne te trouble de rien. Ne fais point d'efforts violents, mais demeure libre. Regarde toutes choses avec une fermeté mftle, eh homme, en citoyen, en être destiné & mourir. Surtout» lorsque tu feras dans ton ame la revue de tes maximes, arrête-toi sur ces deux : l'une, que les objets ne touchent point notre ame ; qu'ils se tiennent immobiles hors d'elle, et que son trouble ne vient jamais que des opinions qu'elle se fait au dedans : l'autre, que tout ce que tu vois va changer dans un moment, et ne sera plus ce qu'il était. N'oublie jamais combien ilest arrivé déjà de révolutions, ou en toi, ou sous tes yeux. Le monde n'est que changement : la vie n'est qu'opinion.

Il te reste bien peu de temps à vivre. Passe ta vie comme si tu étais seul retiré sur une montagne ; car peu importe d'être ici ou là, dès qu'on peut vivre partout suivant les lois de la grande cité du monde.

Tiens toujours pour évident que la campagne n'est pas différente de ceci, et que les objets sont ici les mêmes que pour ceux qui vivent retirés sur une montagne, ou sur le bord de la mer, ou partout ail-

leurs. Tu feux être dans une ville» suivant le mot de Platon, comme un berger dans sa cabane sur le haut d*une colline.

On n'a guère vu arriver de malheur à quelcpi'un pour n*avoir pas étudié ce qui se passait dans Famé d*un autre : mais quant à ceux qui n*ont Jamais étudié les mouvements de leur cœur, c'est une nécessité qu'ils soient malheureux.

Rien n'est plus digne de pitié qu'un homme qui passe sa vie à tourner partout, et qui fouille, comme l'a dit quelqu'un, jusque sous terre, pour découvrir, par conjectures, ce que ses voisins ont dans l'ame. U ne sent pas qu'il suffisait à son bonheur de se tenir auprès du génie qui réside en lui , et de le servir comme il doit l'être. Ce service consiste à le garantir des passions, de toute légèreté et d'impatience à l'occasion de ce qui vient des dieux et des hommes ; car ce qui vient des dieux est respectable à cause de leur vertu, et ce qui vient des hommes, parcequ'ils sont DOS frères.

Quelquefois pourtant nous devons avoir une sorte de pitié de ceux-ci, à cause de l'ignorance où ils sont des vrais biens et des vrais maux. Cette imperfection est aussi pardonnable que celle d'un aveugle, qui ne peut distinguer le blanc d'avoir le noir.

Quel est enfin l'usage que je fais à présent de mon ame? G*est ce qu'il faut se demander en chaque occa-

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