CHAPITRE IX
DU HEOUBILLEMENT.
La plupart des hommes cherchent la solitude dans les champs, sur des rivages, sur dçs collines* C'est aussi ce que tu recherches ordinairement avec le plus d'ardeur. Mais c'est un goût très vulgaire; il ne tient qu'à toi de te retirer à toute heure au dedans de toimême. Il n'y a aucune retraite où un homme puisse 6tre plus en repos et {dus libre que dans l'intérieur de son ame ; principalement s'il y a mis de ces choses précieuses qu'on ne peut revoir et considérer sans se trouver aussitôt dans un calme parfait) qui est, selon moi, l'état habituel d'une ame où tout a été mis en bon ordre et à sa place.
Jouis donc très souvent de cette solitude, et reprends-y de nouvelles forces. Mais aussi fournis*la de ces maximes courtes et élémentaires, dont le seul ressouvenir puisse dissiper suMe-champ tes inquiétudes, et te renvoyer en état de soutenir sans trouble tout ce que tu retrouveras.
Car, enfin, qu'est-ce qui te fait de la peine? Est-ce la méchanceté des hommes? Mais rappelle-toi ces vérités-ei : que tous les dtres pensants ont été faits pour se supporter les uns les autres ; que cette patience fait partie de la justice qu'ils se doivent réciproquement;
qu'ils ne font pas le mal, parcequ'ils veulent le mal. D'ailleurs à quoi a-Hl servi à tant d'hommes, qui maintenant sont au tombeau, réduits en cendre, d'avoir eu des inimitiés, des soupçons, des haines, des querelles?
Cesse donc enfin de te tourmenter.
Te plains-tu encore du lot d'événements que la cause universelle t'a départi? Rappelle-toi ces alternatives de raisonnement : ou c'est la Providence, ou c'est le mouvement fortuit des atomes qui t'amène tout; ou enfin il t'a été démontré que le monde est une grande ville... «.
Mais tu es importuné par les sensations du corps? Songe que notre entendement ne prend point de part aux impressions douces ou rudes que Tame animale éprouve, sitât qu'il s'est une fois renfermé chez lui, et qu'il a reconnu ses propres forces. Au surplus, rappelle-toi encore tout ce qu'on t'a enseigné sur la volupté et la douleur, et que tu as reconnu pour vrai.
. Mais ce sera un désir de vaine gloire qui viendra t'agiter.
Considère la rapidité avec laquelle toutes choses tombent dans l'oUbli ; cet abtihe immense de l'éternité qui t'a précédé et qui te suivra; combien un simple retentissement de bruit est peu de chose; la diversité et la folie des idées que Pon prend de nous;
* Qa*U y ait des aUnnes oo d'antrM prlocipes naturels/ il est d'abord constant que Je suis une partie de cet univers gouverné par la nature; ensuite, qu'il y a une sorte d'alUance entre moi et les parties qui êoi^i de moo espèce» etcchap. XXXI, 17^