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CHAPITRE XL

SUR LES PENSÉES BT LES MOUVEMENTS DE L'àMB.

Telles que seront ordinairement tes pensées , tel sera ton esprit ; car notre ame se nourrit de pensées. NourriS'la donc sans cesse de ces réflexions : partout où Ton peut vivre, on peut y bien vivre. On peut vivre à la cour, on peut donc y bien vivre aussi. De plus, chaque être se porte vers l'objet pour lequel il a été fait. Cetobjet est sa fin, et ce n'est que dans sa fin qu'il peut trouver son bien-être et son avantage. Or le bien-être d'un animal raisonnable est dans la société humaine, puisque l'on a démontré il y a longtemps qu'il a été fait pour vivre en société. N'est-il pas, en effet, évident que les êtres moins parfaits ont été construits pour ceux qui le sont davantage, et ceux-ci les uns pour les autres? Ce qui est animé vaut mieux que ce qui ne

254 PENSÉES DE MÂRG-AURÈLB.

Test pas, et parmi les 6treg animés, ceux qui ont la raison remportent,

Dans le peu qui te reste i yivre ne perds point de temps à penser aux autres» à moins que ce ne soit pour le bien de la société. Car tu ne pourrais, sans manquer à quelque autre devoir, ^occuper, par exemple, de ce qu'un tel fait, et pourquoi il le fait, de ce quMl dit ou pense, des intrigues qu'il trame, et d'autres objets de cette nature. Ce serait errer hors de toi, et te détourner de Tétude de cette partie de ton ame qui est faite pour te diriger. 11 faut exclure de la suite de tes pensées tout ce qui n'a qu'un objet frivole et vain ; surtout ces pensées qui ne peuvent être que l'effet d'une curiosité inquiète et d'une méchanceté habituelle. Accoutume-toi à régler tes pensées à tel point, que si tout à coup on venait te demander à quoi tu penses, tu pusses répondre aussitôt et sans te gêner : Je pensais à cela et cela ; en sorte que par ta réponse on vit à découvert que tu n'as dans l'ame rien que de simple, de bon, de convenable à un être destiné à vivre en société, qui rejette d'ailleurs les plaisirs grossiers, toute imagination voluptueuse, tout sentiment de haine, d'envie, tout soupçon, enfin tout ce qui te couvrirait de honte si tu faisais l'aveu de ce qui se passe dans ton cœur. Un tel homme qui, sans différer à prendre soin de lui-même , s'occupe ainsi à être dès à présent du nombre des plus vertueux, doit être regardé comme un prêtre et un ministre des dieux, puisqu'il se consacre au culte de celui qui a été placé au

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