‹ Moralistes anciensChapitre 35 sur 108 · PENSÉES DE L'ÂME. — GHAP. XI · texte numérisé non relu

PENSÉES DE L'ÂME. — GHAP. XI

dedans de lui comme dans un temple. En cet état il ne se laisse plus salir par les voluptés ; aucune douleur ne parvient à rabattre ; il est supérieur aux atteintes de la calomnie ; il est insensible à toute méchanceté ; c'est un athlète qui, dans le plus noble des combats, demeure vainqueur de toutes les passions. II est pénétré jusqu'au fond du cœur de Tamour de la justice. Il acquiesce de toute son ame à ce qui lui arrive par la distribution de la Providence. Il pense rarement, et Jamais sans une grande nécessité pour le bien public, à ce qu'un autre dit, ou fait, ou médite de faire. Il donne toute son attention à ce qu'il doit faire luimême, et à Tordra primitif qui a formé le tissu de ses Jours, pour ne jamais faire que ce qui sera honnête, et pour se persuader que tout le reste est bien ; car le sort particulier de chacun marche avec la combinaison générale dont il fait partie. Il se souvient encore que tout être raisonnable est son parent, et que l'inclination qui le porte vers ses semblables vient du fond de sa propre nature. Au surplus, il ne s'attache point à gagner l'estime de tout le monde, mais seulement de ceux qui vivent conformément à leur nature. Quant aux autres qui ne vivent pas de même, il se représente tranquillement de quelle façon ils se comportent chez eux et au dehors, le jour, la nuit, en quel état la débauche les met, et dans quelles compagnies. Il ne fait donc aucun cas de l'approbation de telles gens qui ne sauraient s'approuver eux-mêmes.

Que ton entendement, qui Juge de tout, se respecte ;

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c'est un point essentiel pour n'admettre aucune opinion qui soit contraire, ou à Tordre général du monde, ou à la nature d'un être raisonnable ; celle-ci demande que tu ne te décides Jamais à Taveugle, que tu aimes les hommes et que tu obéisses aux dieux. Laissant donc là tout le reste, ne t'occupe plus que de ce peu d'objets. Souviens-toi que le seul temps que l'on vit est le moment présent, qui n'est qu'un point; le reste du temps, ou n'est plus, ou est iDcertain : ainsi la vie se réduit à bien peu de chose ; le lieu où on la passe n'est qu'un petit coin de la terre, et la réputation la plus durable qu'on peut laisser après soi n'est rien ; elle se conserve parmi des hommes dont la vie est courte, qui ne se connaissent pas eux-mêmes, et qui connaissent bien moins celui qui a vécu longtemps avant eux.

N'ajoute rien au premier rapport de tes sens. On vient t'annoncer que quelqu'un parle mal de toi; voilà ce qu'on t'annonce, mais on ne te dit pas que tu en sois blessé. Je vois que mon enfant est malade ; oui : mais je ne vois pas qu'il y ait du danger. Tiens-toi ainsi, sur tous les objets sensibles, à la première image qu'ils te présentent; n'y ajoute rien toi-même inté- ^ rieurement, et il n'y aura rien de plus.

Fais encore mieux : ajoutes-y tout ce que doit penser de ces objets un homme instruit de ce qui arrive ordinairement dans le monde.

Il semble que le soleil se fond en clarté; mais quoi-

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