‹ Moralistes anciensChapitre 51 sur 108 · VRAIS BIENS. — CHAF. XVII · texte numérisé non relu

VRAIS BIENS. — CHAF. XVII

en possession de eéite précieuse découverte. Mais si tu ne vois rien de meilleur que le génie même qui réside en toi, qui eomm^andé à tes propres désirs, qui examine tout ce que Timaginûtiou te > présente, qui se sauve; comme le disait Socrate, loin des atteintes des sens, qui se soumet lui-même aux dieux, et qui aime le(s hommes; si tout le reste te paraît bas et vil en comparaison de lui, ferme ton cœur à tout autre objet, qtii venant une fois à t'aUirer, ne te permettrait plus, sans te faire éprouver un tirailleipent fâcheux', de donner le premier degré d'estime à ee bien particulier aux êtres de ton espèce, et le seul qui t'appartienne vérital>lenlent.

Il n'est pas juste que rien d'étranger vienne contrebalancer le bien de la raison, ce principe de toute ae* tion vertueuse. Les louanges de la multitude, les empires, les richesses, les voluptés lui sont étrangers. Si une fois tu fais le moindre cas de ces oI>jets, comme pouvant contribuer à ton bonheur, ils prévaudront dans ton àme et l'entratneront. Choisis donc, te di^-je, tout ouvertement et en homme libre, ce qu'il y a de mieux, et t'y attache inséparablement.

Mais peut-être ce qui est utile est-il ce qu'il y a de mieux?

Oui, s'il est utile à l'homme en qualité d'animal raisonnable ; mais s'il ne lui est utile que comme animal, refuse^uf ce nom ; et sans aucun faste ni ostentation, conserve seulement un jugement sain, pow faire un juste et solide parallèle.

9»ê PENSÉES DE MARC-ADRÈLE*

Tu connaîtras aum par cette remarque ropiaion que le vulgaire a du bien.

Si an fait à quelqu'un U peinture de ee qui este^ aentiellement bon, comme de la prudence* de la teni'^' péraiice, de la justice, de la force, il n'entendra pas sans peine que Ton jigoute quelque bon mot à cetie image, parcequ'il eQ jugera par son idée du iHon. Mais si on lui peint ce que le peuple croit être des biens, iJ entendra et recevra le l^n mot d'un comique» par où ii montre qu'il, sent les différences, car autrement il serait choqué de la plaisanterie et la jugerait mau* vaise. En effet, nous rexcusoB& tous, et la trouvons agréable et k propos lorsqu'il s'agit des richesses, du luxe, ou de la pompe d'une grande fortune.

Va donc, et demande s'il faut honorer et regarder comme un vrai bien, des choses dont la peinture est ansceptible de ce bon mot : « Sa maison est si pleine « de richesses, qu'il n'y a aucun retrait. »

Ne vante pas le prix de tous eesol^ts, qui n'iûoa*^ tent rien à la valeur de i'itomme en tant qu'homme. Us ne font pas partie des qualités qu'on exige de lui. Sa nature ne demande nullement qu'il en Jouisse. Ils ne peuvent le rendre plus parfait; ainsi le bonheur auquel il tend ne consiste point à les posséder, ils ne contribuent pas .même à le lui procurer.

De plus, si l'homme qui possède qudqii'un de ces objets en valait mieux* ce ne serait donc pas une perfection que de les mépriser, que de les r^ter? H ne

VRAIS JUENS. — CHAl^. XVIi. S9i

serait; dôDc plut beau de savoir s*efi passer? Ce ne seràit done point un acte de yertu que de s'en dépouiller? Mais ne voyons-nous pas, au contraire, que plus un homme s*abstient de tous ces prétendus biens, ou que plus il souffre patiemment d*en être privé; plus 11 passe pour vertueux.

Ce n'est point un mal pour une pierre qui a été jetée en haut de tomber, ni un bien pour elle de monter encore. ( Sa. situation est un accident étranger à sa nature. )

Si tu mets au rang des biens ou des miiux ce qui ne dépend pas de ta volonté, il est impossible que^si un prétendu mal f arrive, ou si un prétendu bien t'ér chappe, tu n-accuses les dieux et ne haïsses les faom* mes qui en seront ou que tu soupçonneras en être cause, sans compter les injustices qu'on fait à Tocca*sion de tous ces objets du dehors, en s'efforçant de les obtenir ou de les éviter ; au lieu que si nous faisons uniquement consister les biens et les maux dans, les choses quji dépendent de nous, il ne.nous restera aucun sujet de faire le procès à Dieu et la guerre à Thomme.

À quelle sorte de gens ils veulent plaire I Pour quel intérêt I Et par quelle sorte d*actions ! te temps les enorloutira bientôt lés uns et les autres. Combien en a-4-il englouti déjà 1

VU

Rài^eIle4oi la fable du rat des champs et du r''

2^2 PENSÉES m MARCrÂURÈLE.

de ville, la frayeur de ce premier et sa retraite préci* pitée vers un toit rustique, loio des troubles qui ao eompagnent Topulence.

VIlï..

L'homme vain fait dépendre son bonheur de Taction d*un autre, le voluptueux.de ses sensations, et le sage des actions qui lui sont propres.

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