VOLUPTÉ ET COLÈRE. — CHAP. XXI
ctaés, suivant les notions communes, il décide, en bon philosophe j que les péchés de concupiscence sont plus graves que ceux de colère : car celui qui est en colère ne s^éloigne de la raison qu'en éprouvant un sentiment douloureux , un retirement violent des nerfs et des muscles; au lieu que celui qui pèche par concupiscence, vaincu par la volupté, parait être en quelque sorte plus intempérant et plus efféminé. C*est donc avec raison, et en philosophe digne de ce nom, que Théophraste a dit que le crime qu'on commet avec un sentiment de plaisir, est plus grand que celui qu'on commet avec un sentiment de douleur. En effet, il semble que l'un ne se met en colère que malgré lui, comme forcé par la douleur d'une offense qu'il a reçue, au lieu que l'autre se porte de son plein gré à satisfaire sa concupiscence.
De quelles voluptés les brigands, les débauchés, les parricides, les tyrans, ne firent-ils pas l'essai?
Le reproche qu'on se fait à soi-même d'avoir négligé un objet utile, est une sorte de repentir. Le vrai bien doit être utile, et mériter les soins d'un homme vertueux et honnête ; mais un homme vertueux et hon-* nête ne s'est jamais repenti d'avoir négligé la volupté. Donc la volupté n'est ni utile ni bonne.
Dans la constitution d'un être raisonnable , je ne vois aucune vertu qui puisse être mise en opposition
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avec la justice; mai^ j*y vois la continence opposée à la volupté.
L'altération qui se fait au visage par Thahitade de la colère, est un accident fort contraire à la nature, puisque souvent la couleur en devient morte et finit par s'éteindre, au point de ne pouvoir plus se ranimer. N'est-ce point une preuve que la colère est aussi
contre la raison?
Rappelle^toi comment se comporta Socrate lorsqu'il fut obligé de se couvrir d'une peau , parceque Xantippe, après, avoir emporté ses habits, était sortie; et ce qu'il dit à ses amis, qui rougirent et reculèrent en le voyant vêtu de cette sorte.
Le vice, considéré en général , n'est point un mal pour l'univers ; et considéré en particulier, il n'est point un mal pour un autre, mais seulement pour celui qui a reçu toute la force nécessaire pour en être exempt aussitôt qu'il le voudra.