‹ Moralistes anciensChapitre 70 sur 108 · OFFENSES QU'ON REÇOIT. — CHAP. XXIX · texte numérisé non relu

OFFENSES QU'ON REÇOIT. — CHAP. XXIX

sage, modérée, Juste? Telle qu^une source d*une eau claire et douce qu'un passant s'aviserait de maudire, la source n'en continue pas moins de lui offrir une boisson salutaire ; et s'il y Jette de la boue, du fumier, elle se hâte de les repousser, dé les dissiper, sans en être altérée.

Comment feras-tu pour avoir au dedans de toi une source intarissable? Si tu cultives à toute heure dans ton cœur le goût de la liberté, de la bienveillance, de la simplicité, de la pudeur.

Quelqu'un me manque? c'est son affaire. Son cœur, ses actions sont à lui ; et moi j'ai maintenant ce que la commune nature m'envoie ; je fais maintenant ce que ma nature particulière exige de moi.

La volonté de mon prochain m'est aussi étrangère que son ame et son corps me le sont ; car quoique la nature nous ait principalement faits les uns pour les autres, cependant chacun de nos esprits a son domaine à part. S'il en était autrement , un méchant homme aurait pu me rendre méchant comme lui : pouvoir que Dieu n'a pas voulu lui donner, parcequ'en me rendant méchant , il m'aurait aussi rendu malheureux.

Lorsqu'un impiident te choque, fais-toi aussitôt cette question : Est-il possible que dans le monde il n'y ait point d'impudents? Cela ne se peut; ne demande donc pas l'impossible : celui-ci est un de ce"

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impudents qui doivent nécessairement se trouver dans le inonde. Ne manque pas d'en dire autant du fourbe, du traître , de tout autre méchant : car en te rappelant qu*il est impossible de ne pas rencontrer des hommes de cette espèce, tu en seras plus indulgent pour chacun d'eux.

Il, est aussi très utile de penser d'abord à celles des vertus que Thomme a reçues de la nature contre chaque défaut de son prochain ; elle lui a donné la douceur comme une sorte de préservatif contre la colère que peut exciter la sottise; et conU*e un antre défaut elle a donné un autre antidote. Après tout, il ne tient qu'à toi de remettre dans le bon chemin celui qui s'est égaré : car tout homme qui manque à son devoir manque le but général qu'il s'est proposé. En quoi donc te trouves-tu offensé? cherche, et tu trouveras qu'aucun de ceux qui causent ton indignation n'a altéré les facultés de ton ame ; car tu ne peux souffrir un vrai mal , un vrai préjudice qu'en elle. Mais y a-t-il un vrai mal, est-il étrange qu'un homme sans éducation fasse les actions d'un homme de sa sorte? Vois plutôt si tu ne dois pas t'accuser toimême pour n'avoir pas attendu de lui ces fautes-là. Les lumières de ta raison devaient te le faire présumer; c'est pour l'avoir oublié que tu t'étonnes de sa faute.

Sur toutes choses, quand tu te plains d'un homme sans foi, d'un ingrat, reviens sur toi-même ; car c'est évidemment ta faute d'avoir cru qu'un homme sans foi serait fidèle, ou d'avoir eu, en faisant du bien.

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