DE THÉOGNIS, DE PHOCYLIDE
LES VERS DORÉS DE PYTHÂGORE, etc.,
TRADUITS PAB LÉVESQUE.
Plusieurs écrivains ont porté le nom de Théognis : le plus ancien et le plus célèbre de tous est celui dont nous publions les sentences morales. On ignore son origine, le temps de sa naissance, et celui de sa mort. Il nous apprend lui-même qu'il était de Mégare. Il y avait plusieurs villes de ce nom; on croit que celle qu'il reconnaît pour sa patrie était située près de l'Attique ^ 11 florissait dans la quarante-huitième olympiade , environ cinq cent quarante-buit ans avant notre ère. Il fut contemporain de Selon, à qui ses maximes furent plusieurs fois attribuées ; de Pbérécide, maître de Pythagore; et de Pisistrate, ce tyran ami des lettres, qui mit en ordre les poésies éparses d'Homère ».
Quelques uns de ses vers font présumer qu'il était né dans l'aisance. Son humeur confiante et facile détruisit sa fortune : une conduite plus prudente lui en fit conserver quelques débris , et la philosophie le consola du mépris que la richesse sans mérite aime à répandre sur l'indigence vertueuse. Sa morale est saine, mais sans austérité : il ne condamne pas les plaisirs innocents, il ne rougit pas même de les célébrer ; mais il établit qu'on ne peut en goûter les charmes que dans le repos d'une conscience pure et dans le sein de la vertu. La caractère particulier de sa morale est la sensibilité ; on écoute sans peine ses leçons, parcequ'il commence par se faire aimer.
* Platon dit que Théogois était de Mégare en Sicile; mais Théognis lultnême témoigne qu'il regrettait sa patrie lorsqu'il tOyageait dans la Sicile et dans FEubée.
' Si l'on en croit Diogène de Laërce, ce ne fut pas Pisistrate, mais Solor qui rassembla les couplets dispersés du père de la poésie épique.
472 DE TUEOGNIS.
Les anciens citaient ses maximes comme des oracles de la sagesse.
Do son temps les sages avaient coutume d'embellir leurs préceptes des charmes de la poésie : ils sentaient que le rhy thme des vers contribuait à graver leurs leçons dans la mémoire de leurs disciples. Théognis suivit leur exemple , moins sans doute pour se conformer à Tusage que pour obéir à l'impulsion du génie qui le commandait. Il n'a point renfermé ses pensées dans des vers techniques forgés avec peine , et qu'on retient avec plus de peine encore. Son invocation est dans le style des hymnes d'Homère , et les figures hardies qui animent plusieurs de ses maximes prouvent qu'il était né poète.
Quoique son ouvrage commence par une invocation , il ne faut pas s'attendre à lire un poème didactique fondé sur un plan régulier. Les pensées sont jetées au hasard : il est vraisemblable que ce n'est pas lui-même qui les a rassemblées ; on en aura fait le recueil après sa mort, en suivant l'ordre dans lequel on se les rappelait.
On trouve les mêmes pensées plusieurs fois répétées : c'est peut-être qu'on nous a conservé la première manière dont il les avait exprimées, celle dont il les avait corrigées dans la suite, et celle encore dont elles s'étaient altérées dans la mémoire de quelques uns de ses disciples. Des idées paraissent obscures , parcequ'on a perdu les vers qui les complétaient : des maximes semblent condamnables , parcequ'elles étaient des objections dont on n'a pas conservé les réponses.
On peut comparer ce qui nous reste de Théognis à une statue antique exposée pendant un long période de siècles à tous les outrages du temps. Ils en ont usé des parties , ils en ont détruit d'autres ; mais on admire encore celles qu'ils ont respectées. Content de recueillir les fragments qui m'ont paru le mieux conservés, je n'ai pas entrepris de restaurer la statue.