SOLON
Les anciens nous apprennent que Selon descendait de Codrus, dQmier roi d'Athènes. La noblesse athénienne ne méprisait pas le commerce : il s'y livra. Ses mœurs n'étaient pas austères. Un honmae qui, de nos jours, imiterait sa vie molle et délicate, qui ferait des vers aussi
'encieux, et qui montrerait les mêmes goûts dans ses
CES SAGES DE LA GRECï?. S2I
amours, n'obtiendrait pas généralement la réputation de sage.
Il ne se livra point à la physique, qui ne consistait alors qu'en de vaines spéculations, et qui négligeait l'observation et l'expérience. La partie de la morale qu'on a depuis appelée politique, fit le seul objet de ses études.
Les Athéniens gémissaient sous les lois de Dracon, qui punissaient indifTéremment de mort toutes les fautes; ou plutôt ils vivaient dans l'anarchie, parceque des lois atroces ne trouvent pas d'exécuteurs. Solon fut choisi pour donner de nouvelles lois à sa patrie. • Il ne chercha ni à flatter ceux qui lui avaient procuré cet auguste emploi , ni à plaire aux hommes puissants. Cependant sa législation ne put échapper à la critique , et lui-même n'en était pas satisfait. « Je n'ai pas donné « aux Athéniens, disait-il, les meilleures des lois; mais « je leur ai donné les meilleures lois qu'ils fussent capa- « blés de recevoir. »
Tout le monde sait le mot d'Anacharsis : « A quoi t'oe- « cupes-tu, mon cher Solon? Ne sais-tu pas que les lois « sont des toiles d'araignées? les faibles s'y prennent; le « puissant les déchire. »
On lui reproche d'avoir trop favorisé le peuple : c'est qu41 l'aimait ; c'est qu'il voyait avec douleur combien les hommes puissants ont de moyens d'opprimer le pauvre, et combien le pauvre en a peu de se défendre.
Il est certain qu'il donna un grand pouvoir au peuple en le rendant juge en dernier ressort de toutes les causes : et plus encore, en faisant ses lois si obscures, qu'il fallait sans cesse recourir au peuple pour les interpréter.
11 donna ses lois 5d4 ans avant l'ère vulgaire, et mourut à l'âge de quatre-vingts ans. Il s'était flatté d'assurer pour toujours la liberté de ses concitoyens; et il eut la douleur de voir Pisistrate, son ami, son parent, usurper la tyrannie.