‹ Moralistes des seizième et dix-septième sièclesChapitre 13 sur 20 · RÉCAPITULATION'. 2C · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION'. 2C

vains que nous avons essayé d'apprécier représente quelqu'une des idées qui préoccupent tour à tour ou se partagent simultanément l'espèce humaine; car le nombre de ces idées est borné, et il n'appartient à aucun génie de les multiplier; tout ce qu'il peut, c'est de les renouveler par des combinaisons, de les assortir au temps, de les individualiser en les empreignant de son propre caractère.

C'est ainsi que, dans la personne de Montaigne, nous avons vu réalisé l'épicurisme de tous les temps, modifié par le caractère de l'écrivain et par son époque : athéisme bien réel, mais pacifique, sans hostilité, peut-être sans conscience de soi-même; conduit dans la route de la vie par un aveugle et par un myope (l'aveugle, c'est la nature, le myope, c'est le bon sens) ; poussé par son système dans une contradiction manifeste, puisque, d'un côté, pour se défaire de toutes les convictions, il est obligé de montrer la nature sans uniformité, sans constance, se démentant elle-même à tous les instants, et que, de l'autre, il lui convient , pour se soustraire à une règle plus rigoureuse, de n'accepter pour guide que cette môme nature ; système enfin qui, serré de près et sommé de répondre, se réduit en philosophie à zéro, et en morale à l'individuaUté pure et simple.

Pascal, se plaçant entre les deux systèmes qui toujours ont partagé et partageront les philosophes , entre la doctrine d'Épicure et celle de Zenon, se sert de l'une contre l'autre, les heurte l'une contre l'autre, les oblige à se briser mutuellement, et de leur pous-

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