‹ Moralistes des seizième et dix-septième sièclesChapitre 14 sur 20 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

sière confondue évoque un nouveau système où la grandeur et la misère de l'homme figurent comme deux vérités correspondantes, corrélatives, dont le point de réunion est le point de départ de toute spéculation vraie en philosophie morale. De ces deux vérités constatées il fait ressortir avec une merveilleuse force la vérité du christianisme, qui seul a reconnu nos deux états et les contradictions de notre nature, qui seul les a expliquées, qui seul les a conciliées, non par des raisonnements, mais par un fait étranger, supérieur à toutes les données de la raison, et qu'on serait autorisé à traiter de folie, s'il n'était défendu par ses fruits, si, comme l'a dit Jésus-Christ lui-même, la sagesse n'était justifiée par ses enfants (1). C'est ainsi que Pascal a étendu le champ de l'apologétique chrétienne; car le génie est semblable à cette reine fugitive, qui vint chercher sur la rive africaine une place pour un empire; dans la peau d'une bête fauve, que lui assignait pour limites une hospitalité dérisoire, elle sut trouver l'enceinte d'une vaste cité. Avec moins de génie que Pascal, d'autres apologistes venus après lui ont encore agrandi cette science; mais il ne faut pas oublier que c'est lui qui les avait portés à leur point de départ, et que ce n'est pas merveille qu'un enfant monté sur les épaules d'un géant voie un peu plus loin que ce géant luimême.

Dans La Rochefoucauld nous avons trouvé, avec quelques germes épars de matériahsme , le principe,

(0 Mallhicu XI, 19.

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sans conscience de soi-même, de ce que l'époque présente désigne sous le nom d'utilitarisme. L'intérêt , montré au fond de toutes les actions humaines, telle est la substance du livre de La Rochefoucauld, à qui, d'ailleurs , on ne saurait imputer ni à blâme ni à louange d'avoir fait un système. Il était impossible de ne pas conclure, des faits nombreux rassemblés dans cet ouvrage, l'importance du rôle que joue l'élément égoïste dans le cœur humain ; cela nous a conduit à considérer la lutte permanente établie dans l'âme entre le MOI et le non-moi, l'impossibilité d'un vrai part-âge entre ces deux éléments, la nécessité de satisfaire entièrement le premier pour procurer au second un libre jeu et un plein essor, et c'est dans le christianisme que nous avons trouvé la solution de cet important problème.

Nous n'avons pas demandé à La Bruyère un système : il n'en a point. Cependant il a son caractère à lui, que nous n'avions point rencontré encore. C'est un observateur chrétien et humain de la société ; c'est ainsi un historien précieux de cette époque remarquable; c'est un peintre habile, non-seulement des moeurs de son temps, mais de la nature humaine en général.

La liste des moralistes proprement dits est plus courte sans doute qu'on ne le croit. Toutefois il s'en faut bien que nous ayons épuisé le dix-septième siècle. Je vois avec confusion et avec une sorte d'effroi bien des noms se presser sur le seuil de la porte que

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