‹ Moralistes et philosophesChapitre 37 sur 81 · Si fiil/or, .fuin · texte numérisé non relu

Si fiil/or, .fuin

ET I.E CARTESI.\MS.\1F..

métaphysique, mais dans la physique et daus les sciences naturelles. Si, en effet, l’esprit est le fondement, le principe de toute existence, et la connaissance de l’esprit celui de toute connaissance, il en résulte que la nature est soumise aux lois de l’esprit, et qu’il est impossible de ne pas tenir compte de ces lois, de ne pas les rencontrer dans la science de la nature. Il faudra bannir de la physique et de l’histoire naturelle, comme de la philosophie, l’empirisme pur, cette expérience mutilée qui ne recherche que les faits sans s’occuper des lois; tout aura sa loi, sa raison d’étre, sa raison suffisante, comme dira Leibniz.

Il fallait que les habitudes de la scolastique lussent au milieu du xvii® siècle encore bien puissantes sur les intelligences les plus libres en apparence, pour qu’on ait pu voir dans le cogito ergo snm un syllogisme appuyé sur cette proposition générale : « Tout ce qui pense existe. » Descartes a voulu simplement constater un fait sans lequel nous sommes hors d’état de nier ou d’affirmer quoi que ce soit, sans lequel le doute même est impossible, à savoir sa propre pensée ; et ce fait particulier de sa pensée, il le voit absolument conlondu avec celui de son existence. S’il faut se garder de placer là un raisonnement, il ne faut pas non plus supposer, comme on l’a fait, que l’intention de Descartes était d’unir ensemble deux affirmations qui ne peuvent pas se séparer l’une de l’autre : celle de sa pensée d’abord, et ensuite que sa pensée se rapporte nécessairement à un moi pensant. Nulle part il ne fait cette distinction entre sa pensée et son moi, entre la pensée elle-môme et la substance pensante, car il aurait été obligé de reconnaître une substance qui est plus ou

DESCARTES

autre chose que la pensée, dont la pensée n’est pas nécessairement le seul attribut, et il aurait manqué ainsi à la première règle de sa méthode et à son doute méthodique ; il aurait admis quelque chose d’inconnu et d’infini. Il dit, au contraire, et il ne cesse de répéter que son existence est tout entière dans la pensée, que la pensée est toute son essence, et qu’il ne connaît pas autre chose de lui. Il plaît à Molière de faire dire à un de ses personnages sous les traits duquel il cherche à railler le cartésianisme :

La substance qui pense est la seule reçue Et nous en bannissons la substance étendue.

Mais Descartes ne s’expfime pas ainsi.

D’ailleurs la pensée, telle qu’il la comprend et telle qu’il la définit, renferme véritablement tout, c’est-àdire l’esprit tout entier, l’àme tout entière ; de sorte qu’elle n’a besoin que d’elle-môme pour former une existence complète. « Par le nom de pensée, dit-il*, je « comprends tout ce qui est tellement en nous que « nous l’apercevons immédiatement pour nous-mêmes « et en avons une connaissance intérieure : ainsi toutes « les opérations de la volonté, de l’entendement, de « l’imagination et des sens sont des pensées. « — « Vouloir, entendre, imaginer, sentir, etc., ne sont « que des diverses façons de penser, qui toutes appar- « tiennent à l’âme »

L’identification de la volonté et de l’intelligence est, sans doute, difficile à défendre au point de vue des faits

1. Réponse aux deuxièmes objections, passage cité par M. Bouillier,

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