La Philosophie en France au xix' siècle, p
M. RAVAISSON
cru que le champ de la raison s’étendait plus loin que celui de l’expérience : autant d’entités vides dont une philosophie plus clairvoyante saura se défaire.
M. Cousin, en môme temps qu’il recommandait l’accord de la philosophie et de la religion, et qu’il se vantait de l’établir par ses leçons, par son exemple, était très-injuste pour la religion; car, en réalité, c’est sur elle qu’il faisait tomber les reproches plus ou moins mérités qu’il adressait au mysticisme. Ce vice de la doctrine de M. Cousin ne doit pas nous étonner, sa sécheresse scolastique la condamnait à rester étrangère aux choses de l’ûme et du cœur. Aussi n’a-t-elle pas compris la charité, puisqu’elle fait consister la charité, le vrai de la charité, dans ce qu’elle enseigne de la justice *.
Nous ne parlerons pas des critiques d’une moindre importance, ni de celles qui ne sont que sous-entendues; nous nous bornerons à citer les lignes où M. llavaisson résume l’opinion qu’il s’est faite de M. Cousin.
« Après avoir gagné une grande partie des intelligences d’élite, soit par la tendance toujours élevée de ses théories morales, soit par le concours qu’il apportait à l’école qui, dans l’art, aspirait surtout à la beauté, il se trouvait enfin ne satisfaire ni les esprits scientifiques, ni les âmes religieuses. Longtemps, dans ces termes à la fois généraux et figurés dont il aimait à se servir, on avait cru trouver de quoi répondre aux principales questions de la philosophie. On s’apercevait à la fin que ces termes le plus souvent ne contenaient point ce qu’on eût voulu savoir. L’éclectisme avait annoncé.