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M. REWUVIER.
et de méthode, de pénétration et de fermeté, et soit qu’ils attaquent, soit qu’ils se défendent, soit qu’ils exposent leurs propres idées ou celles des maîtres des temps passés, ne prouvent arutre chose que leur relâchement intellectuel.
Mais il n’y a pas lieu de s’arrêter à cette suite d’exécutions, où le tempérament paraît avoir plus de part que l’esprit, et qui, pour cette raison môme, sont parfaitement inoffensives. Ce qui est seul digne d’intérêt et ce qu’il faut chercher uniquement dans le dernier écrit, dans tous les écrits de M. Renouvier, ce n’est pas ce qu’il pense des philosophes, car il est douteux qu’il accorde ce titre à un autre qu’à lui-même ; c’est ce qu’il pense de la philosophie ; c’est sa doctrine philosophique et sa façon de la soutenir.
Ainsi que nous le disions tout à l’heure, M. Renouvier est un disciple de Kant, mais un disciple indépendant, et nous n’éprouvons aucune peine à ajouter ; un disciple original. Son originalité se manifeste à la fois dans les opinions qu’il défend et dans les objections qu’il oppose aux opinions contraires, mais dans les dernières beaucoup plus que dans les premières. C’est avant tout un dialecticien ; nous ne disons pas un logi- . cien, malgré le culte qu’il professe pour la logique et l’orgueil avec lequel il se pare de sa qualité de mathématicien. Dans le sens qu’on leur donne aujourd’hui, la logique a pour fonctions d’édifier et de démontrer ; la dialectique, de réfuter et de détruire. Or, M. Renouvier, l’on ne tardera pas à s’en convaincre, n’édifie pas grand’chose et ne démontre rien ; le très-petit nombre de propositions affirmatives qu’il substitue à celles qu’il a répudiées, il ne les accepte qu’à titre de croyances.
M. RKNOUVIKR.
sans avoir la prétention d’en fournir la preuve. Mais lorsqu’il s’agit d’attaquer et de démolir, il n’est jamais pris au dépourvu; son argumentation, tantôt vigoureuse, tantôt subtile, est pleine de ressources inattendues, et donne par moments des inquiétudes pour les vérités les plus inébranlables. Il en résulte pour la raison une nécessité de se rendre un compte un peu plus sévère de ses lois, et d’en faire désormais une application plus rigoureuse. M. Renouvier fait penser, alors même qu’on ne partage point ses idées et qu’on ne se sent pas atteint par ses objections.
A l’exemple de l’auteur de la Critique de la raison pure, il se déclare l’ennemi delà métaphysique. « 1 oute la métaphysique, dit-il, n’a été qu’une conjuration contre la liberté et contre l’existence même *. » De quelque façon qu’elle s’y prenne, elle a pour inévitable résultat, soit le matérialisme, soit le panthéisme, et dans l’un et l’autre cas elle supprime le libre arbitre ; avec le libre arbitre elle méconnaît l’existence même de l’homme, sans laquelle nous n’en concevons aucune autre.
La métaphysique, en effet, prenant des abstractions pour des réalités; supposant qu’il existe, au delà des phénomènes perçus par nos sens ou par notre conscience, une cause en soi, une substance en soi, un être absolu, éternel, nécessaire, infini en nombre ou en étendue, est condamnée à précipiter dans ce gouffre creusé par elle-même la liberté, et par conséquent la personne humaine. Avec un être nécessaire, tout est nécessaire, puisque tout est subordonné à ses lois immuables. Avec un être infini, si l’on admet qu’un tel