‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 10 sur 343 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

De Vart de persuader.

L'art de persuader a un rapport nécessaire à la manière dont les hommes consentent à ce qu'on leur propose , et aux conditions des choses qu'on veut faire croire.

Personne n'ignore qu'il y a deux entrées par où les opinions s'insinuent dans l'âme , qui sont ces deux principales puissances : l'entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l'entendement ; car on ne devrait jamais consentir qu'aux vérités démontrées : mais la plus ordinaire , quoique contre la nature , est celle de la volonté ; car tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire , non pas par la preuve , mais par l'agrément. Cette voie est basse, indigne et étrangère : aussi tout le monde la désavoue. Chacun fait profession de ne croire et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter.

Je ne parle pas ici des vérités divines , que je n'aurais garde de faire tomber sous l'art de persuader ; car elles sont infiniment au-dessus de la nature; Dieu seul peut les mettre dans l'dme , et par la manière qu'il lui plaît. Je sais qu'il a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit , et non pas de l'esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du raisonne-

PREMIÈRE PÂRTrE, ART. II!

ment , qui prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit , et pour guérir cette volonté infirme qui s'est toute corrompue par ses indignes attachements. Et de là vient qu'au lieu qu'en parlant des choses humaines , on dit qu'il faut les connaître avant que de les aimer, ce qui a passé en proverbe; les saints, au contraire, disent , en parlant des choses divines , qu'il faut les aimer pour les connaître , et qu'on n'entre dans la vérité que par la charité , dont ils ont fait une de leurs plus utiles sentences.

En quoi il paraît que Dieu a établi cet ordre surnaturel, et tout contraire à l'ordre qui devait être naturel aux hommes dans les choses naturelles. Ils ont néanmoins corrompu cet ordre , en faisant des choses profanes ce qu'ils devaient faire des choses* saintes , parce qu'en effet nous ne croyons presque que ce qui nous plaît. Et de ^, ià vient l'éloignement où nous sommes de con- \ sentir aux vérités de la religion chrétienne, : tout opposée à nos plaisirs. Dites -nous des choses agréables, et nous vous écouterons, disaient les Juifs à Moïse ; comme si l'agrément devait régler la croyance! Et c'est pour punir ce désordre par un ordre qui lui est conforme , que Dieu ne verse ses lumières dans les esprits qu'après avoir dompté la rébellion de la volonté par ' une douceur toute céleste , qui la charme et qui Tentraîne.

Je ne parle donc que des vérités de notre ♦ portée ; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le cœur sont comme les portes par où elles sont reçues dans l'âme ; mais que bien peu entrent par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introduites en foule par les caprices téméraires de la volonté , sans le conseil du raisonnement.

Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions.

Ceux de l'esprit sont des vérités naturelles et connues à tout le monde , comme que le tout est plus giand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers , que les uns reçoivent , et non pas d'autres; mais qui, dès qu'ils sont admis, sont aussi puissants , quoique faux , pour emporter la croyance , que les plus véritables.

Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d'être heureux, que personne ne peut ne pas avoir , outre plusieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver , et qui, ayant la force de nous plaire , sont aussi forts , quoique pernicieux en effet , pour faire agir la volonté, que s'ils faisaient son véritable bonheur.

Voilà pour ce qui regarde les puissances qui nous portent à consentir.

Mais pour les qualités des choses que nous devons persuader , elles sont bien diverses.

Les unes se tirent , par une conséquence nécessaire , des principes communs et des vérités avouées. Celles-là peuvent être infailliblement persuadées ; car, en montrant le rapport qu'elles ont avec les principes accordés , il y a une nécessité inévitable de convaincre ; et il est impossible qu'elles ne soient pas reçues dans l'âme dès qu'on a pu les enrôler à ces vérités déjà admises.

Il y en a qui ont une liaison étroite avec les objets de notre satisfaction ; et celles-là sont encore reçues avec certitude. Car aussitôt qu'on fait apercevoir à l'âme qu'une chose peut la conduire à ce qu'elle aime souverainement , il est inévitable qu'elle ne s'y porte avec joie.

Mais celles qui ont cette liaison tout ensemble, et avec les vérités avouées , et avec les désirs du cœur, sont si sûres de leur effet, qu'il n'y a rien qui le soit davantage dans la nature; comme, au contraire, ce qui n'a de rapport ni à nos croyances, ni à nos plaisirs, nous est importun, faux, et absolument étranger.

En toutes ces rencontres il n'y a point à douter. Mais il y en a où les choses qu'on veut faire croire sont bien établies sur des vérités connues , mais qui sont en même temps contraires aux plaisirs qui nous touchent le plus. Et celles-là sont en grand péril de faire voir, par une expérience qui n'est que trop ordinaire , ce que je disais au commencement , que cette âme impérieuse, qui se vantait de n'agir que par raison, suit, par un choix honteux et téméraire, ce qu'une volonté corrompue désire, quelque résistance que l'esprit trop éclairé puisse y opposer.

C'est alors qu'il se fait un balancement douteux entre la vérité et la volupté , et que la connaissance de l'une et le sentiment de l'autre font un combat dont le succès est bien incertain, puisqu'il faudrait, pour en juger, connaître tout ce qui se passe dans le plus intérieur de l'homme, que l'homme même ne connaît presque jamais.

Il paraît de là que, quoi que ce soit qu'on veuille persuader, il faut avoir égard à la personne à qui on en veut, dont il faut connaître l'esprit et le cœur , quels principes il accorde , quelles choses il aime; et ensuite remarquer dans la chose dont il s'agit quel rapport elle a avec les

w rif«*ÈE«| iW.pAeCrtl#,îMM

cieux , par les charmes qu'on leur attribue. ^ sorte que l'art de persuader consiste autant en celui d'agréer qu'en celui de convaincre, tant les hommes se gouvernent plus par caprices que par raison 1

Or , de ces deux méthode , Tune de convaincre, l'autre d'agréer, je ne donnerai ici les règles que de la première} et encore au cas qu'on ait accordé les principes , et qu'on demeure ferme à les avouer : autrement je ne sais s'il y aurait un art pour accommoder les preuves à rinçonstance de nos caprices. La manière d'agréer est bien , sans comparaison, plus difficile, plus subtile, plus utile et plus admirable; aussi si je n'en traite pas , c'est parce que je n'en suis pas capable; et je m'y sens tellement disproportionné, que je crois pour moi la chose absolument impossible. . Ce n'est pas que je croie qu'il n'y ait des règles aussi sûres pour plaire que pour démontrer ; et que celui qui les saurait parfaitement connaître et pratiquer ne réussît aussi sûrement à se faire aimer des rois et de toutes sortes de personnes , qu'i\ démontrer les éléments de la géométrie ^ ceux qui ont assez d'imagination pour^ en comprendre les hypothèses. Mais j'estime, et, c'est peut-être ma faiblesse qui lïie le fait croii*e , qp'il est impossible d'y arriver. Au moins je sais que, si quelqu'un en est capable, ce sont des personnes que je connais, et qu'aucim antre n'a sur cela de si claires çt de si ftbop^«^pteç,Jkiinières. • ':, '■- , ; r r,-\ .,^, ;^

V) hsi raison de cette extrême difficulté vient de f^ que les principes du plaisir ne sont pps fermes ^ stables. Ils sont divers en tous les hommes, et variables dans chaque particulier, avec une telle diversité, qu'il n'y a point d'homme plus différent d'un autre que de soi-même, dans les divers temps. Un homme a d'autres plaisii^s qu'une femme ; un riche et un pauvre en ont de différents; un prince, un homme de guerrCf, un marchand, un bourgeois, un paysan, les vieux, les jeunes , les sains, les malades, toïf^ayf^fi^; les moindres accidents les changent. 5 nWfK h'^

Or , il y a un art, et c'est celui que je d^ne , pour faire voir la liaison des vérité^ aveetil^îcs principes, soit de vrai, soit de plaisir:, >,p<i«Bfu que les principes qu'on a une fois avo^^s-*^ii^euront fermes, et sans être jamais d^«nt4S,.f>ip-?i

Mais comme il y a peu de principes dfe p^^ sorte, et que, hors de la géométrie, qui nQCpn-l «dère que des figures très-simples^ il n'y a près- i que point de vérités dont nous demeurions tou

jounp d'^Wvd,.»b,«icone imm «l-pbjel» de ptoisirs dont nousinf:iA^)aiigi0o»à'ta^teli^Hre.,j&iiiQ sais *»'il y rU mQy«n 4e) -damH'f <k» . rùgley fernies pour ^çcor4er le^ dKicpups à, ^itxem^UmnA^ m^ caprices. <:>tjjnl|

Cet art, que j'appelle Y art de persuader, et qui n'est proprement que la «onduite des preuves méthodiques et parfaite^ , consiste en trois parties ci^senÉl^flëife :' à iéxpliquéi: l^à tef/ries dont oii doit se servir par àes d^fiî^tions claires- à ptcfposer des principes ou àxioîries évidents , ][)pùr prouver les choses dont il s'agît; et à substituer toujours mentaletnent dans là démonstration les définitions à la place dps djéfinis.

La raison de cette niétliodè est évidente, puisqu'il sçjfait jinut^ç,.dç piropos^i; qe qu'qn \^ut prouver, et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avait auparavmit défini clairement tous les termes qui ne sont pas intelligibles; qu'il faut d^ ;nçiêïïiÇ quç.la démonstration ^it précédée de i^L demande des principes évidents qwi y. çontnécesSfiires.; car^ s| l'on n'assure le fondement , ç^n ne peut assurer l'édifice; et qu'il faut enfin, en démontrant , substituer mentalement les définitions à la place des définis , puisque autrement on pourrait abuser des divers sens qui se rencontrent dans les termes. Il est facile dé voir qu'en obsçrvant cette méthode on est sûr de convaincre, puisque les termes étant tous entendus et parfaitement exempts d'éciuivoques par les défl- .juitions, et les principes étant accordés, si, dans |a démonstration, on substitue toujours mentalement Içs définitions à la place des définis, Ip force invincible des conséquenQei9.i^^,ï^]i^^.ïû,9ûquer d'avoir tout son effet. j.^^j goj j^^^ .>.,

Aussi jamais une démonstration dans laqja^te ces circonstances sont;gardées n'a pu receveur le moindre doute ; et jamais celles où elles mî|pquentnepeuventavoir de force.

Il îjgnporte donc bien de les comprendre et de les posséder ; et c'est pourquoi , pour rendre la chose plus facile.et pl^s présente,'je les dom^erai toutes en peu de règles, qui enferment tout, ce .qui est nécessaire pour la perfection des déflnitioQS, des axiomes et des démonsti-ations, et par ^p^oriséquent de la méthode entière des M^^v^ géométriques de l'art de persuader.^ oïlistrio'h rrm? ft'i do /usq sa isfp

,.,^^)?Ç^^t|5Bp^Cudre de définir aucune desehoies telîenjent connues d'elles-mêmes , qu'on n'^t point .de ^tçsrjLues j^lus, clai rs ^ J>ouç ifs , ex j)Jjqi|eç.

PREMIÈRE pAftirtÊl 'km ' ni.

se

flv îN'omettre aucun des termes Utt |)€« tiibsi*. eersiou éqfoivoques sans définitldinf'<J'ï >î^'i<^>^> ^^^^

lilr N'employer daiis la d^finîtifilft deS Ic^rri^ <!»€ des mots parfaitement connus^ ou déjà expliqués. .è!y/î"qi>a

".yyuoiq 'jMègtesî'pmtmkêiipiciûmnsiqfyiq Jgs'n

I. N omettre aucun des prmcipes nécessaires sans avoir demandé si on l'accorde^ quelaue çj^r et évident qu'il puisse être. -^^îj ^40(1

il. Ne demander, en axiomes, quedèL<àpses parfaitement évidentes d'elles-mêmes.^ ^îijorfJ<>1

^lua f^^^¥^'jP9W^^^ démonstrations,

^^'f. ifPéhtreï^réndre de démontrer MMiJ^ifê^ | cliosès qui sont tellement évidentes dWlésmêmes , qu'on n'ait rien de plus clair pour les •prouver. ?^'iiïviJl tak

' ÏI. Prouver toutes les propositions uK^'fM'ob&cures, et n'employer à leur preuve que des axiomes très-évidents, ou des propositions déjà accordées ou démontrées.

III. Substituer toujours mentalement les définitions à la place des définis, pour ne pas se tromper par l'équivoque des termes que les définitions ont restreints.

Voilà les huit règles qui contiennent tous les préceptes des preuves solides et immuables, desquelles il y en a trois qui ne sont pas absolument nécessaires , et qu'on peut négliger sans erreur, qu'il est même difficile et comme impossible d'observer toujours exactement , quoiqu'il soit plus parfait de le faire autant qu'on peut : ce sont les trois premières de chacune des parties.

Pour les définitions. Ne définir aucun des termes qui sont parfaitement connus.

Pour les axiomes. N'omettre à demander aucun des axiomes parfaitement évidents et simples.

•' ' Pour les démonstrations. Ne démontrer aucune des choses très-connues d'elles-mêmes.

Car il est sans doute que ce n'est pas une grande faute de définir et d'expliquer bien clairement des choses, quoique très-claires d'elles-mêmes; ni d'omettre à demander par avance des axiomes qui ne peuvent être refusés au lieu où ils sont nécessaires ; ni enfin de prouver des propositions qu'on accorderait sans preuve.

Mais les cinq autres règles sont d'une nécessité absolue ; et on ne peut s'en dispenser sans un défaut essentiel, et souvent sans erreur :

c'est pottrqti<rfjé*'lei8 tejri'ènattor^ï^éi^^Hi^!^^

lîKf Hit t-i

Règles fiécessmrès 3^md,ëfmmfi^''''

N'omettre aucun des termes un peu 6\mm% ou équivoques sans définition./^ mh 8co oh lO

N'employer dans les définiti«!W'iqnetdfiS ym mes parfaitement connus ©u déjà expliquék oop

an iuWÇte nécessaire pour les^ usQiom^^y,^.^ g<^j

Ne demander , en axiomes que des choses j^arfaitement évidentes», ,- ", " ^^

Rèm'nèWsm%à^m^miAMmdmm\<^

I.'Prdavërîmrtes les proposition^', Cn n'employant à leur preuve que des axiomes très-évidents d'eux-mêmes, ou des propositions déjè^émontrées ou accordées. '*j

II. N'abuser jamais de l'équivoque des tëK mes, en manquant de substituer mentalement les définitions qui les restreignent et les expliquent.

Telles sont les cinq règles qui forment tout ce qu'il y a de nécessaire pour rendre les preuves convaincantes, immuables, et, pour tout dire, géométriques-, et les huit règles ensemble les rendent encore plus parfaites. .

Voilà en quoi consiste cet art de persùadeil. qui se renferme dans ces deux principes : définir tous les noms qu'on impose; prouver tout, en substituant mentalement les définitions à la place des définis. Sur quoi il me semble à propos de prévenir trois objections principales qu'on pourra faire.

L'une, que cette méthode n'a rien de nouveau ; l'autre, qu'elle est bien facile à apprendre, sans qu'il soit nécessaire , pour cela, d'étudier les éléments de géométrie, puisqu'elle consiste en ces deux mots, qu'on sait à la première lecture; et eniln qu'elle est assez inutile , puisque son usage est presque renfermé dans les seules matières géométriques.

II faut donc faire voir qu'il n'y a rien de si inconnu , rien de plus difficile à pratiquer, et rien de plus utile et de plus universel.

Pour la première objection , qui est que ces règles sont connues dans le monde, qu'il faut tout définir et tout prouver, et que les logiciens mêmes les ont mises entre les préceptes de leur art ' , je voudrais que la chose i\it véritable , et

•' Voyez la Lof/iqur de Port-Boy ni, pnrt. IV, c. 3.

,l>I^Ç^Î^Éï^ti,.V^J>AiS(^/^^,,

qu'elle, (iH..?ii cof^W^^ ttM^ j^. u'jiw^ç, D^^eu,.!^ peii^e d^e r.qcherci)e|- aycc tant ^ ^pii^, h M^f^f^ tié!tou9 leé cîcfaiitç des raisQiiixciwçDts ,quv;^n^ véri^^Jéi^ent fJoipiWMns/jJVÎais celqi.Vc^^ si jpeu, que; silW ep*e?ccept(?'|e^^efils géoinctiT^, ei^ si petit uonil)re chez tous les peuples et dans tous les temps ^ on ne voit personne qui |e,sachçen effet! Il sera aisé dé le faire entçndreA ceux .qui n^jropt parfaiiemènt çpmpri^ Je peu qn^ j^'jçp ai (lit; s'ils ne To^t pas conçu parfait^mea^^,j'a,Yj(^uje qu'ils h'duiront rieii à y apprendre. . , *J ' ^^. . jVtais s'ils sont entrés dans l'esprit de qes règles, et qu'elles aient assez fait d^impressionjpour s y enraciner et s'y affermir, ils sentiront conibien il y a de différence ent^e pe qui est dit i<;i et ice que^quelqnes logiciens en o^nt peut-être éprit ^^approchant au h^sa|rd^|çi:| ^efg;^fâ|i^ijiji^d^leu^

ouvrages. V'. ;,/:'..;. 'Il ''^^;Jm;„-1 . i-!

^^(Jleux qui o^t l'esprit de discernement. savent combien il y a de différence entre deux mo^ semblables, selon les liienx et les circonstances qui les acconipagnejit. Croira-jtrOjâj.en vérité, que deux personnes^qui ont lu et appris,pf|r cœur Iç n^ême livre le isachênt également, si l'un Je ÇQmprend en sorte qu'il en sache tous les principes, la force des conséquences, les réponses aux, objections qu'on peut y faire, et toute l'économie de l'ouvrage ;' au lieu qu'en l'autre ce soient des paroles mortes et des semences qui, quoique pareilles à celles qui ont produit des arbres si fertiles, sont demeurées sèches et infructueuses dans l'esprit stérile qui les a reçues en y^n?

.Tous ceux qui disent les mêmes choses ne lés possèdent pas de la même sorte ; et c'est pourquoi l'incomparable auteur de I'Akt de conférek' s'arrête avec tant de soin à faire entendre qu'il ne faut pas juger de la capacité d'un homme par l'excellence d'un bon mot qu'on lui entend dire : mais au lieu d'étendre l'admiration d'un bon discours à la personne, qu'on pénètre, dit-il, l'esprit d'où il sort; qu'on tente s'il le tient de sa mémoire ou d'un heureux hasard; qu'on le reçoive avec froideur et avec mépris, afin de voir s'il ressentira qu'on ne donne pas à ce qu'il dit l'estime que son prix mérite ; on verra le plus

» Montaigne. Voyez ses Essais, Liv. III, ch. 8, qui a pour litre : De l'art de canférer. On pourrait être étonné que Pascal donne ici l'éplthète d'incomparable à ce philosoptie , en voyantailleurs qu'il lui reconnaît de grands défauts ; mais dans ses réQexions sur Épictète et Montaigne, où il montre les défauts de ce dernier, il lui donne encore la même épithète, et ftiit voir dans quel sens il l'entend. Voyez ci-après, part. I, art. XI, § 5.

{ Note (le l'édiL de 1787.)

ef,fm'9^ Je^ii:wVM?»^'ï<¥n4fî.q^Ue p^p^éq jpm*r> Içuf^ qu'il f)f^,f^\'9y^}t, ,ppur le jeter dai^ ,m^ î^^l;re.tPHte ])asse.çt l'idicu Iqvïl £aut. donc^on^^ çp^nrae ^çtt^ pçnséc çst, log^e w? son a^^eur^ cpmmcjnt, paf où > jusqu'où U la pvs^djç.^j^qT tçem.ei^t Iç jugera^J sere^ Précipité,, ,f;,„ ,.,.i;,„;h

^e voyc^'ais, d^wandpr à de^ persppjaf s,équitqt ^es^si ce principe, la ^laffèr^ e^sf dans une^i^r. cqpfiç^fé naturelle inpincibla dépenser; etcduicj.JwWfje, ^n^cjç suis y^wiiiw effet Uîs mêmes dâhs 1 esprit de D(»scartes et dans l'esprit die; Stfinjt Au^usjtin^ qui a fUt Ic^ mêipe chpsedouzp^ ç|Çf\t» an|.a^p^ay^^,'^,„. .,.;'; Z, .A^ ;,^,, l[ ^^

En vente, je ç^s J)jjÇ]^,éloign4 de dire que Jîje^r C9^te,s.n'çcf so^.P^ Iç xépWle.aùteur.^qu^^ liç rai^;'aj|; appris, que ,4 W lia leç^re de cq grapd saint : car; je ^^îiis con^|)ien, il y ^a^d^ différeiiçe entre écrire un fnot à Jl'aYentiu*e, sauj^ y ,^aireJ^ne réflexion plus longue et p]us étendi^ , et ape^c^yoir d^s ce mot une .suite admirajtAe» d^, conséquences, qui prQuyept la 4i^tinctf|[?n,d^s n,^iur-es matérielle et spirituelle, pour en-fai^(e un prjncipe ferme et soutenu d'une métaphysique.. p^^ tièi;ç, coiiime Descartes a prétendu fiiire. Ç^^:, sans examiner s'il a réussi efficacement dans^ça prétention, je suppose qu'il Tait fait; ,et c'ê^t dans cette supposition que je dis q\ie ce piQt,pst aussi différent dans ses écrits, d'avec, le ipefii^ mot dans les autres qui font dit en passanti, qu'un homme p|0in^^^e^yie^j^^,fo|r<^.^d;a^^^ homme mort. , , '

. lel dira une chose de soi-même, sans en comprendre l'excellence, où un autre comprendra une suite merveilleuse de conséquences qui nous font dire hardiment que ce n'est plus le mêipç mot, et qu'il ne le doit non plus à celui d'où'il l'a appris, qu'un arbre admirable n'appar.tiendra pas à celui qui en aurait jeté la semence, sans y penser et sans la connaître, dans une t*i:e abondante qui en aurait profité de la sorte par sa propre fertilité. . , • i %

Les mêmes pensées poussent qttelcpiefois tout autrement dans un autre que dans leur autejir : infertiles dans leur champ naturel , abondantes étant transplantées. Mais il arrive bien plus souvent qu'un bon esprit fait produire lui-même à ses propres pensées tout le fi^it dont elle^, sçnt capables, et qu'ensuite quelques autres, les aj'ant ouï estimer, les empruntent et s'en parent, njais sans en connaître rexcellence ; et c'est alors que la différence d'un même niof, ep diyerses j)Qi^ches, paraît le plus. '' '^ '

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