X»J'JJ II
PREMfEtttf 1>Â^»rtfêv''^ii1*; IV.
eiftprurtté'lë^ règles dë'là ^ébWiétï^è sans en ^ôhi^ [rt^hdf t^ l^ fôi-éie;'fet'âiWsi eiiléè Mettant a NVëiittf^é'^ai*riii'eèlles (jui lui sont propres ,' il ne s'ènsilit pas de là que les logiciens soient entrés dans l'esprit delà géométrie; et s'ils n'en donrient pas d'autres marques que de Tavoir dit en passant, je serai' bien éloigné de les mettre en paralîèlç avec les géoniëtresqui apprennent la véritable manière de conduire la raison. Je serai, au contraire, bien disposé à les en exclure, et presque sans retour. Car de l'avoir dit en passant, sans ûtoir pris garde que tout est renferrhé la dedans, et, au lieu de suivre ces lumières, s'égarer à périé de vue après des recherches inutîleà, pour fcourir à ce qu'elles offt-ent et qu'elles ne peuvent doniier, c%st véritablement montrer qu'on n'est guère clairvoyant, et bien moins que si l'on n'avait manqué de les suivre , que 'parce' qu'on ne' les avait pas aperçues. .c..ijLJi^
La méthode de ne point errer est recherchée de tout le monde. Les logiciens font profession d'y conduire, les géomètres seuls? y arrivent, et hors de leur science et de ce qui Tinfiite, il n'y a point de véritables démonstrations; tout l'art en est renfermé dans les seuls préceptes que nous avons dit; ils suffisent seuls, ils prouvent seuls; toutes les autres règles sont inutiles ou nuisibles. Voiïà ce que je sriis par une longue expqri^uce dé toute sorte de livres et de personnes. "'^Et sur cela je fais le même jugement de ceux qui disent que les géomètres ne leur donnent riài de nouveau par ces règles, parce qu'ils les avaient en effet, mais confondues parmi une multitude d'auti-es inutiles ou fîiusses dont ils ne pouvaient pas les discerner, que de ceux qui, cherchant un diamant de grand prix parmi un grand nombre de faux , mais qu'ils ne sauraient pas en distinguer, se vanteraient, en les tenant tous ensemble, de posséder le véritable; aussi bien que celui qui, sans s'arrêter à ce vil amas, porte la main sur la pierre choisie que l'on recherche ; et pour laquelle on ne jetait pas tout le reste.
Le défaut d'un raisonnement faux est une maladie qui se guérit par les deux remèdes indiqués. Ôii eii a composé un autre d'une infinité d'herbes inutiles, où les bonnes se trouvent enveloppées, et' où elles démeurent sans ej^et, par fés mauvaises' qualités de ce mélange. ' ' ■..
Pour décofuvrir tous les sophismes et toutes les équivoques des raisonnements captieux, les logiciens ont inventé deà noms barbares qui élon- )K»nt ceux (|ui les entendent; et au ficu qu'on no
t^ëut dê^^lbtoiik les 1-epii^ dk%ëMÙd4%iii' Mi^s(Ssé'qii*én tarant' les deuit bouts que les g&mè?trés à^si^nent , ils 'ek biit marqué uh nombre étrâhge d'autres où ceUxMâ se tronvèiit èompris, sans qu'ils sachent lequel est le boil.' ■ ' ''^ *i'
Et ainsi, en nous montrant un norhlîfé'âe^èfemiris différents, qu'ils diseiit nous conduire où nous tendons, quoiqu'il n'y en ait que deux qui /ihênent, et qu'il faut savoir marquer eiiparti- Mïiéi', On prétendra que la géométrie, qui les assigne certainement , ne donne que c^ qu'on tenait déjà d'eux, parce qu'ils donnaient en effet la même chose, et davantage; sans prendre garde que ce présent perdait son prix par son abondance, et' qu'il ôtait en ajoutant. '^'"
R'ieU n'est plus commun que les bonnes choses ; il n'est question que de les discerner^, ' et 'il est certain qu'elles. sont toutes naturelles et à' notre portée, et même connues de tout ïe'ttiptlde. Mais on ne sait pas les distinguer. Ceci est'tiriîverèel. Ce n'est pas datis les choses extraordinaires et bizarres que se trouve l'excellence de quelque genre que ce soit. On s'élève pour y ài*river, et on s'en éloigne. Il faut le plus souvent s'abaisser. Le^ meilleurs livres soiit ceux' que chaque lecteur croît qu'il aurait pu faire; la nature, qui seule est bonnéé est toute, faniîlière et commune, "^-^''f ^^ i.^.i..o. ..^ ..i^.r
Je iie faiS^'Mic pi^s'^iàe'dmité- qèe ^ès réglée, étaùt les véritables, ne doivent être simples, naïves , naturelles , comme elles le sont. Ce n*est pas Barbara et Baralipton qui forment le raisonnement. Il ne faut pas gninder l'esprit; les ïïianières tendues et pénibles le remplissent d*une sotte présomption , par une élévation étrangère et par une enflure vaine et ridicule, au lieu d'Une nourriture solide et vigoureuse. L'une dés raisons principales qui éloignent le plus ceux qui entrent dans ces connaissances, du véritable chemin qu'ils doivent suivre, est l'imagination qu^on prend d'abord que les bomies choses sont inaccessibles, en leur donnant le nom de grandes', hautes, élevées j sublitAes. Cela perd tout. '3e voudrais les nommer basses, communes , familières : aç^^ noms-là leur conviennent mieux; je haie les mots d'CnflUrèJ " '
^^\ pK'inieic chose qui s'oflVeà rhonnncipinml
tt"8ô regarde ; c'est sWi» C6tp$*, É^fe^à-dlré me tërtîaine portion de matière qui lui est propre. Mflls, pour comprendre ce qu'elle est, il faut qu'il la compare avCc tdut eo qui est au-dessus de lui el'tout ce qui est au-dessous, alin de reconnaître lies justes bornes.
w*' Qu'il ne s'arrétd donc pas à regarder simplement les objets qui l'eiivironnent; qu'il contemple la natuix» entière dans sa haute et pleine majesté ; qu'il considère cette éclatante lumière, mise ' comme une lampe éternelle pour éclairer l'univei*s ; que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit ' ; et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour n'est luimêrflC qu'un point très-délicat à régai'd de celui , qve Iqs astres qui roulent dans le fiiunament emjj^f^sent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'ima- , ig^ation passe outre. Elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce que nous voyous du monde n'est qu'un ti*ait imperceptible dans l'ampk sein de la nature. Nulle idée n'approche de l'étendue de ces espaces. Nous avons Leau enller nos conceptions , nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. ; C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfm c'est un des plus grands caraqjères sensibles de la toutepuissance de Dieu, que notre imagination se perde :4^ cette pensée.
' , Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'U est au pi'ix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce que lui paraîtra ce petit cachot où il se trouve logé, c'est-à-dire ce monde visible, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes, et soi-même, son juste prix.
Qu'est-ce que l'homme dans l'infini? Qui peut le comprendre? Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonmmt, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un . ciron, par exemple , lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeure dans ces gouttes; que, divisant encore ces dernières dioses, il épuise ses
* Pascal s'exprime ici d'après les idées populaires conformes au système de Ptoléniée , qui faisait tourner le soleil et les planètes autour de la terre , regardée comme le centre de l'univers. Cependant Copernic avait, dès l'an Iô30, publié son système , ou plutôt celui de Pythngore , ou de Philolaiis son disciple; et, après la découverte des télescopes par Galilée, en 1610, les savants en avaient reconmi l'évidence;
'I PENSÉfB'I>E»PI^MAl;','<'«
forcer et 'ms côtiéëptAm^yt ffdé'ït'ûhniiér ^bjet où U peut arriver ^It maintenant ccïai de ^btre discours. Il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature: Je veux lui faire voir là dedans un abhne liouveau. Je tcuX !tii peindre, non-seulement l'univers visible, maïs encore tout ce qu'il est capable de concevoir de l'immensité de la nature, dans l'enceinte dé Cet atome imperceptible. Qu'il y v<Me tine infinité de mondes, dont chacun a son firmanwnt, se» x^nètes, sa terre, en la même proportion quelle monde visible; dans cette terre, des animaux, «t enfin des cirons, dans lescjucls il retrouvera ce que les premiers ont donné, trouvant encore datis les autres la même chose, sans fin et sans repos. Qu'ilse perde dans ces merveilles, aussi étonnantes par leur petitesse que les autres par leur étendue. Car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit maintenant un colosse, un monde, ou plutêt un tout, à l'égard de la dwnièPC' petitesse où l'on h0<>p^t arriver? ■ '' ^noh-'Ki <iin)f. .iv.UA'^'">',\\ M.loit <
Qui se considérera de la sorte s'effraiera, sans doute, de se voir conime sui^endu dans la mrtsse que la nature lui a donnée entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, dont il est également éloigné. Il tremblera dans la vue de ces merveilles; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.
Car, enfin, qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. It est infiniment éloigné des deux extrêmes, et son être n'est pas moins distant du néant d'où il est tiré que de l'infini où il est englouti.
Son intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que son corps dans l'étendue de la nature; et tout ce qu'elle peut faire est d'apei*cevoir quelque apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel d'en connaître ni le principe ni la fin. Toutes choses sont sorties du néant, et portées jusqu'à l'infini. Qui peut suivre ces étonnantes démarches? L'auteiu* de ces merveilles les compreiskd; nul autre^nc peut le faire. ero .1- t\H Ui i/tMii^,'
Cet état, qui tient le milieu c^treleç extrêmes, se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême. Trop de bruit nous assourdit, trop de lumière nous éblouit, trop de distance et trop de proximité empêchent la vue, trop de longueur et ti'op de brièveté obscurcis-
PREMlWVa Pàllï*«:V;W[]. IV.
Mrs 4f»<«W^n*WWccsdéf)iaisfinî, um^mm^M n\ ^*ç|^tvémp çh&ud ni Tcxtrôme froid. Les quaii- ,t|é^ excessives nous août ennemies, et non pas sensibles. Nous ne le^ sentons plus, nous les souffrons» Trop de jeunesse .et trop de vieillesse empêchant l'iesprit; trop et trop peu de noui'ri-
^ Jurc^ troublent ses actions ; trop et trop pevtjd'iu-| #tri}ction l'abêtissent. Les choses extrém§%|»|gitj /pour nous comme si elles n'étaient pas, et nous
:.|ne sommes point à leur égard. Elles nous échappent, ou nous à elles. i / ubin^iu Voilà notre état véritable. C'est vCerjfipifiies' ^€9:re nos connaissances en de cerlmaf»'jl)OCi)i!e,î que nous ne passons pas, incapables dcrsfmJii toat et d'ignorer tout absolument. Nous soiiiï^s sur un milieu vaste, toujours incertains 6t flottants entre ^'ignorance et la connaissance,^ et si nous pensons aller plus avant, notre objet branle -et échappe à nos prises; il se dérobe et fuit d'une
Q fuite éternelle : rien ne peuiti'arréter. C'est noti-e
j jC<mditiçHi naturelle, et toutefois la plus Contraii-ê à notre inclination. Nous brûlons du désir d'apr
; profondir tout, et d'édifier une tour qui s'élève jusqu'à l'infini. Mais tout notre édifice craque et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes,, m u dij]>
Je puis bien concevoir un homme sans mains, sans pieds; et je le concevrais même sans tête, Si l'expérience ne m'apprenait que c'est parla iju'il pense. C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne peut le concevoir. Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous? Est-ce la main? est-ce le bras? est-ce la chair? est-ce le sahg? On verra qu'il faiit 'que œ' soit quelque chose d;imiiiàtéH€l. . ; f^^ '"' «^^ ^
«îifJL»!) ^q*i';-i tioa iijp ;ii«f|t*K)!'j«ïj 'À r/jia'yil''ijui j
^j'iq -ilb'ijp 'j'i Uiiï\ y* ;tniihHi u\ ih 'nl..«^J'*l j
j »' liTioramc est si gi^and , que sa gràûdèur paraît
niême en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre
ne se connaît pas misérable : il est vrai que c'est
^^tre misérable"* que de se connaître misérable;
Jamais aussi c'est être grand que de connaître
•^qu'on est misérable. Ainsi toutes ses misères
prouvent sa grandeur; ce sont misères de grand
leur , misères d'un roi dépossédée ' ' *
BQ[alheiM^'«l«i!^de ft'I^re plus cs&usul ? Au contraire , ^^t.le ï&Q>^^ tirouvait qu'il était heureux do l'avoir été, parce que sa condition n'était pas de l'être toujours. Mais on trouvait Persée si malheureux de n'être plus roi, parce qu§ sa condition était de l'être toujours, qu'on trouvait^trange qu'il pût supporter la vie. Qui se trouve malheureux de n'avoir qu'une bouche? et qui ne se trouve malheureux de n'avoir qu'un œil? On ne s'est peut-être jamais avisé de s'affliger de n'avoir pas trois yeux; mais on est iuppjisqlable de n'en avoir
if ri }«?.'n luoî olarv 90 9i/p o*) 9b Sfrao^j^. ium
^^'^^ùs 'âHôns une" sf ' gramîe Idée ' dé'l'àhié âe
^Witeme, que nous ne pouvons souffrir d'en être
^ftiéprisés, et de n'être pas dans l'estime d'une
âîtie; et toute la félicité des hommes consiste
dans cette estime. --^ '-'^ ^mm tl oijp ^v^rr^
Si d'un côté cette finfesé gloite(îiîè1& hbttiÏÏcs cherchent est une grande marque de leur misère et de leur bassesse, c'en est une aussi de leur excellence; car, quelques possessions qu'il ait sur la terre , de quelque santé et commodité essentielle qu'if jouisse , il n'est pas satisfait, s'il -ti'est dans l'estime des hommes. Il estime si grande la raison de l'homme, que, quelque avantage |k|u'îl ait dans le monde, il se croit malheureux, s'il n'est placé aussi avantageusement dans la raison de l'homme. C'est la plus belle place du monde ; rien ne peut le détourner de ce désir, et c'est la qualfté la plus ineffaçable du cœur de riiomme : jusque-là que ceux qui méprisent le plus les hommes, et qui les égalent aux bêtes, veulent encore en être admirés, et se contredisent à eux-mêmes par leur propre sentiment ; la nature, qui est plus puissante que toute leur raison , les convainquant plus fortement de la grandeur de l'homme , que la raison ne les convainc de sa bassesse.
«f.VlV;
Qui se trouve malheureux de n'être pas roi, sinon un rqi dépossédé? Trouvait-on.PauI Emile
L'homme n'est qu'un roseau le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la
PKNSÉE8 IDE l>A5SCMK-ï^«"*
-10C . mie** «no Ji 9noo If 1110 ^ vjnô^Bnira -) ^ cldi<i
c6Wbiéh'!l'^%âl âfiiii' t^ôtcs, snns'iVn niôilW
ta'^ftfift«éUk'J'll*Mten(iorc (]an-(>rcu.\ de lui faire^
trdiJ'vbif isa'ghflîiddîV'sails ^a bassesse. 11 est, çp^J
co^e plhis 'duégerè/d^faë lui' laisser Jmiorpr iW
et'r«ûtreî 'mïti!^ ii'fei ti^-à'^ritâgëu5t.'^ê'iul k^l
présenter ruh' et «rautrè. , , ..;^
•h iiiq •it'>b 'jMf» bwir iu« ojuol» «fin- j«') J
?•»! lic.l'iof hv(x\ ''H ''l' ^» 'i'^^»a »'»^'> "'''^ '*^'^' ,QU£ V^paqio dwo $^timetHtei| prfkt^^Qtff) s*Aifpe,jcar,U a e» luiunenatwe capable de blea; ni^qu^il n'aUne pas pour.cela les- bassesses* qui y çpnt. Qu'il se nwprise, paixîe que cette capa^ cité e^t yjl^ej naais qu'il ne méprise pas pour cela' cetl« capacité , naturelle», ■. Qu'il se haïsse ,, qu'H ' s'aime : il a çu lui la capacité de connaître la vérité, et d'être heureux, mais il n'a point de 'Vé^ rit^u ou coqstaûtCy ou ^satisfaisante. Je voudrais donc porter l'homme à désirer d'en trouver,? à' être prêt et dégagé des passions pour la suivre oà* il la trouvera; et sachant combien sa connaissance s'est obscurcie par les passions, je voudrais qu'il haït en lui la concupiscence qui la détermine d'eHe-même, afin qu'elle ne l'aveuglât point en faisant son choix, et qu'elle ne l'arrêtât point qu^nd il aura choisl,Uj> ,^ .f vv^ Uï î«*iii, -.i^j '
■*■ ' ' IX. ' ^ ..?/mî
Je blâme égaîement,efcet^j^' ^ûï prennent le parti de louer l'homme, et ceux qui le prennent de le blâmer, et ceux qui le prennent de le divertir ; et je ne puis approuver que ceux qui cher: chent en gémissant." '^' * ' ^'^ " '- . *'""
Lès stoiques disent : Rëutrèï âu-Sedans ' iïe vous-mêmes, c'est là où vous trouverez votre repos : et cela n'est pas vrai. Les autres disent: Sortez dehors, et cherchez le bonheiir en vous divertissant : et cela n'est pas vrai. Les maladies viennent: le bonheur n'est ni daiis nqu^, ni ^oj-s. de noiis; il est en Dieu et en nous ^ '' '
'\\\'^) ■ av<
La nature de l'homme se considère eu deux manières: l'une selon sa.lîn, et alors il est grand et incompréhensible; l'autre selon l'habitude, con^me l'on juge de la,tiatui:« du cheval et du chien; par l'habitude d'y voir la course, e^ ani^
mum arcendi; et alors l*A^mme est abject et vil. iVoilà lea ^eu^.y^i^ q^l.ç^^/fln^^jug^.iâjiver^. lAent, et qûî font tant disputer 1^ philosoplnsi^, car l'un hi^é la supposition djii l'outre : .liun4rt;v Ji'h^'st pas né à cette fiq^ par, toutes, ses, açtiona^ y 'répugnent ; l'autre dit; Il , s'éloigne de sq fîft, quand il fait cé^ actions ^asstj^.^ P^Hx, ç^osesiii»n^
^j ligïifc ;iioiijb''
I Je sens que je peux n^âvoir point été: car le 'moi consiste dans ma pensée; donc mol' gui Ip^nse n^àurais point été, i?i luu mère eût ^U^l^à^i aVant qûe^'eusse été anjpié.. J^onc je n^ si^s 1^ , un être nécessaire. Je ne suis pas a\i^|^^çfte^j^> pi infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la najture un être nécessah*e éternel, infini.
! I"- / 8H<:iI ^)IJp ^ 'r»oulqf'*0<<'JTiq *«? 29r»m08 ^mA
nf-p iLLviba'M^ iiip?«3îi
I «jdum^ gïioL Inaui'OTVnî) 8^o:t iLp ^^ano^isq xi<? I ."iîaa^iioo jucn î'j
; Nous ne nous contenton&pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être : nous voulons Yivr<ed«uas l'idée des ^tttees 4'«ae.^ imaginaire, et i^ous nous efforçons pour celade pa*. > raître. Nous travaillons incessamment à embellir^ ; 0t à. conserver cet être imaginaire,, et nous nég^-ti geons le vérit^dile; et si nous a>?ous.outiaîtratt^^j ^uillité,ou la générosité, ou la fidélité, nous nous empressons de le faire savoir, afin d'attacher ces vertus à cet être d'imagination: nous les détacherions plutôt de nous poui* les y joindre ', À nous serions volontiers poltrons pour acquérir la' ,^ réputation d'être vaillants. Grande marque du " néant de notre propre être, de n'être pas satisfait ' de l'un sans l'autre, et de reùôiiéer soùvêht à' iHiAî ' pour l'autre ! Car qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme. La douceur de la gloire est si grande, qu'à quelque chosl qu'on j;a^çb^, ïjj^n^e ^,ia^or^,<?ftVMBie^^ nuar. ' '')r,'rj 'Mviiinc:. ^n M lîi-i*f>r>1 ««op fcicU \o^w^
! LWgueil 'eMrë-pé^^ tëdteS û^^^^kèr^- ç^^^^ ou il les cache, ou s'il les découvre, il Se gfôrine . . de les connaître. Il nous tient d\iné pissessiop' si naturelle au miheu de nos miéères et de nôi "
erreurs, que nous perdons bême la vie avec lojè. . pourvu (pi 'on en parle. ' ' "'
pREMiÈfte; îPAjRinEv'ÀRi.: v.
rj^tù^lt , liiî nia rmiton , un crocheteiir sçf^
v^Ê^ ,*tt veut avoir ses admirateurs : et les pliilo sôpbie^é'lpnêmes en veulent. Ceux ([ui écrivent contre- làr gloire veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit ; et ceux qui le lisent veulent avoir la gloire dè>P^dii^ lui^ét mot-qu:! éétîè'cêéi, ^'ai peut-être cette envie; et peut-être que ceux qui le liront
l'auront aussi.
'Malgré la vue de toutes nos misères qui nous
totrelient et qiii nous tiennent à la gorge , nous
avetes un instinct que nous ne pouvons répHiiier,
qui nous élève. ^" i ^ -^ ": ' 1 / «^ V-
^( Uup ifôi'l ai^/ ; s.giBir junK-i -
Nous sommes si présomptueux , que nous voudrions être connus Ûe iiÂtèïit tiAe, et même des gens qui viendront quand nous ne s^i^ons plus ; et ti^i'âoWimëé &i vains, qtie l'estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente.
«;r(.n 9rji tth ni âb 8C(waolfl9iiiou 80 > ^n c^O^
on ne ^U^SâVOÎf qûé pour éh parler. On ne voyaga-âît pas stih-fâ'ttîèr^our ne Jamais en rien dire, et pour leiseiilpMsîi^ de Voir, sans espérance de s'en entretenir jamais atec personne
0' Jb àA0^ii^1l
rrîl3 3 j'y »• 8«î'
On ne se soucie pas d être estime dans les villes ou l'on ne fait que passer; mais quand on doit y demeurer un peu de temps, wj s'en soucip. Combien de temps faut-il ? Un^ temps jf oportignaé À notre dui^ée vaine, et chétive.*.^ ^ t • ff;^î ifi:,& f i/J >
,t.ib iiT i/rn'i' iiAr^nn iîjl'r» ,5'i')iîiîf>(' ^o^'•
Isa iiature de ramoùr-prôpre et àe jè'e riiof Iiamain est'den'aime^ qtiesoi, et dé nié cbiisîderiér que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit plein de défauts et de misères: il Yei||;^trp^rand,;etilsevoit petit: il veut être heureux, et jl se voit misérable :' il veut, être, p^^rfait, et, il se ;Voit pjlein d'imperfections : il yeijt êtrç l'obiiet jcjLe Tamour et de l'estime des hommes, ^|iJly,oJit qijc ses- défauts ne méritent que leur aversion ut leur, méprijs. <^et
lealbabcffs où^a^se trouve produit è^h<î la plus i^^ jjuste et la plus criminelle pà^Mt^ qii^iï^soii fk)!^-* [sible de s'imaginer; car il conçoit une haine morjtelle contre cette vérité*<^tii le reprend et qui le convainc.de ses défauts. Il 4ésirerait de l'anéantii', et ne pouvant la détruire en elle-même, il 4a^ détruit, autant qullp^ut, dans sa iconn^^i^ancg. et dans celle des autres, c'est-à-dire, qq'ilniig^j toîite son application à couvrir ses défauts ^^ aux autres et à soi-meii^e^vet^qu'il nejpeuttsoiifjit !frir qu'on les lui fasse votç^jj^iq^^pn, les yoi€.,.,> C'est sans doute un mal que dêtre plein de* défauts; mais c'est enqore un plus grand mal ique d'en être plein et de ne point vouloir les \r^pmsLitm^ puisque é'est y ajouter^ncbte ^Kii d'une ûiluslon|Volontaipe. Nous ne Voulons'^ks^ qp^J^^utresInotis trompent ^"'nott^%ë #(5uV^s'^ pas jjuste quf ils veuillent étrë'e^ilnés de^ôôusphis^ qu'ils ne le méritent: il n'est dbnc pas juste ^ aussi que nous les trompions , et que hcmis' vôtt-^/ lions qu'ils nous estiment phiS^tifenoHS'iie 'méritons. r^!ÇS'rjf9:î JllBb JJ (^3h
; Ainsi , lorsqu'ils ne nous déeôl^feW 'que' <èè* * inipeFfeetionset des vices que nbû^ Wôn's «i léf-f feyt, il estïVisibleqn'ils^^Bê'ttou^ font point detbft,^;
ui|qu#j6e ne sont pas eux qui en sont cause; et
jlifenous font un bien, puisqulls nous^ aident npjg^idéliFrèr'^'iini mal qui est l'ignorance de
egdmjl^ecait^ns.^ Nous ne devons pas être fâ- ; cl^^^'ilstoF/donnaisseû*^ étant juste et qti*ife nous connaissent pour ce que noUs sommes ;'fet:> qu'ils nous méprisent, si nous sommes mépri- /: iables. '*
»^^f • i' Yoiià les sentiments qui naîtraient d'un'coçjlr qui serait plein d'equite et de justice. Que de-;,^ vons-nous donc dire du nôtre, en y voysaptairei (disposition toute contraire? Car )^'i^str*ijpûg,vrjM.r que nous îiaïssons la vérité et ceux qui nous \^ \ disent, et que noys aimons qu'ils se trompent à i^oti'e avantage, et que nous voulons être estimés d'eux autres que nous ne sommes en effet?
: En voici une preuve qui méfait horreur* La lieligion catholique n'obhge pas à découvrir* ses; péchés indifféremment à tout le monde : elle gouffre qu'on demeure caché à tous les autres hom-
rhes ; mais elle en excepte un seul , à qui elle commande de découvrir le fond de son cœur, et de se faire voir tel qu'on est. Il n'y a que ce seul homme au monde qu'elle nous ordonne de désabjuser, et elle l'oblige à un secret inviolable , qui fait que cette connaissance est dans lui comme si elle n'y était pas. •Pent'-oiî s'imaginer rien de pïus charitable et de plus doux? Kt néanmoins
fô
IfBOiSÉBS.PEi l^ti«^rfP
4esprUicipaIes: raisins qui a fait ly^oUl^.f^^itfr^ rÉglise uue grande partie de l'I^Bqp^,,,) u^v^ j Que le cœur de l'iioiume est Uy'uiil^i «^ 4w"ai- (goriuftble, pour trouver mauvais qu pu JVblige ,d£ fwire à régwd d'uu Iwniiue ce qu'il ^r,ait
,1 justOy en queiquo sorte, qu'U i^k^mf^ ^^ l^ous
u^tJllMIpneslCQji* est-il â^to qM&)i^Ç^s ^.jt^mi pions? jf II. />!!.. M 1
Il y a différents degrés dans cette aversion pouii la vérité : mais on peut dire qu'elle est dans toué .e^^quelque d^gré^, parce qu;<?Uç e^t inséparable .j^ç l'amourrpropfe,. Ç'içs^ (jette mauvaise délica-l
.,t^^ qui,ol)ligp çç\^^ qi4 sçnt; dans It^ nécessité J4|5>fyfirendre les, çiutr^ •> ,4^ choisi»; tant ^e tou^
\ct de teinpéraments pour èyijter de les choqiîer^ Il faut qu'ils dimiiuient nos défauts, qu'ils fast ^nt semblant de les excuser, qu'ils y méleqt deâ Ipuanges et des témoignages d'affeption et d'es* lime. Avec tout cela, cette médecine ne laisse pas d'être amère à l'amour-propre. Il en prend le
, moins qu'il peut, et toujours ayec, dégoût, et souvent même avec up i^r^t; 4éj3>it contre ,ç)eiiK <|ui Ift lui présentent. .;,,,, ^ .,■• , , .ji:. . ^,;„,/
Il a^-rive de là quie si on a quelque mtérêt' d'être aimé de nous, on s'éloigne de nous rendre un office qu'on sait nous être désagréable ; on nous traite comme nous voulons être traités : nous haïssons la vérité, on nous la cache; nous vou-
. Ions être flattés, on nous flatte j nous aimons à ^tre trompés, on nous trompe, '
C'est ce qui fait que chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu'on apprêt hende plus de blesser ceux dont l'affection est
. plus utile et l'aversion plus dangereuse. Un princQ sera la fable de toute l'Europe , et lui seul n'en saura rien. Je ne m'en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent , parce qu'ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent ; et ainsi ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.
Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n'en sont pas exemptes, parce qu'il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle ; on ne fait que s'cntre-tromper et s entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence connue il en parle en notre ab^
.^qnw. .|♦'jp^^,(^^uj,^, e^tya Jç^.^9^n(àes^,i^e^t
jfoi>,an4,4U d^;i^),lpj:^jl.rtje^Ç p^j.quoiqi^^i^ qvfiarlci alpf^fili^^^ge^^Bit^ptsaiîs passif
L'hommC; n'ejft |d9?iÇ/ qifc 4iigm3emçnt(, qwe mt^soi^V» e^ihyppcrisiç, etp^.s<^irmême,,et ^1 é- .g^j-d d^^f^mu-cf. ILpe yjeu^t.pas qu'on luidi^çJa vçriitç., jL^Vijt^ de Ija^^ircau^ 9;u.trqs ; et tpijfes
1^ m^n^o;^, mPj (TWrW«.i^at.urem (ians,»?» ^m^*^^ fcuol «j^<i ^ d'il /iif.q a'je .^^ihh a^^ ^ >»biil
■■'^ Fïiiméié'ïïê rnMiné j'ÛêërtUhïïéWyei^ •f ViH> î,! » cbnHàissttnces naturelles J ■ - " '''f' «î /u?Kj -il ^îii;ji)iji<| r. >l jijp -i'jarifn-/u9 ifi :fî'jm Hiiol liijh'ffïJï'V' h\\ .iilfclq 'j8înoifl'>l(lifmo?im
; (delçjuilm^^
le monde n est ^ pas étonne de'sa'faiDlêsse^ On agit sérieusement, et chacun suit sa condition, non pas parce qu'il est bon en eff'et de la suivi'e, puisque la mode en est; mais comme si chacun savait certainement où est la raiéljin et IH jilkic^e. On se trouve déçu à toute heui^é;^/pai' uie plaisante humilité, on croit que c'est sa faute , et non pas celle de l'art qu'on se vante toujours d'avoir. Il est bon qu'il y ait beaucoup de ces génslà au monde, afin de montrer que l'homme est bien capable des plus extravagantes opinions , puisqu'il est capable de croire qu'il n'est pas dans cette faiblesse naturelle et inévitable, et qu'ii «àt, au contraire, dans la sagesse naturelle. /!^ ''''
•iii.iin t;ij jijoi yl l«^iupBuL«'idatKj al Vj it^>iim{ ai
.1^ faiblesse de 1^ xm^U A^ rhommç paraît bien davantage en ceux qui ne la connaissent pas qu'e^ ceux qui la connaissent. Si on est trop jeune, on ne juge pas bien. Si on est trop vieux, de même. Si on n'y songe pas assez, si on y songo trop, on s'entête, et l'on ne peut trouver la vérité. Si l'on considère son ouvrage incontinent après l'avoir fait, on en est encore tout prévenu. Si trop longtemps après , on n'y entre plus. Il n'y a qu'un point indivisible qui soit le véritable lieu de voir les tableaux : les autres sont trop près , trop loin, trop haut, trop bas. La perspective l'assigne dans l'ai't de la peinture. Mais dans la -ijérité et dans lamorol^^ gu^ rias^ignprja,^^^
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Cettje maîtresse 4'ejrreur, q^p, ^'bjftvfi^!|e,|an-
PREMIÈRE P*AtltîE*/Am\ VI.
'ii3
'1àlfeié^'^ïïA<]«\' éét 'd'àutaYit 'plu^' fôUi-lie, Qu'elle lïè i'èst pas toujours ; car elle serait règle infaillible dé la yérltë, si elle l'était infaillible du mensonge. Mais, étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucuiié marque de sa iqnatité^ mart^uant dé môme caractère le vrai et le fknt.
' Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses , a établi dans l'homme une seconde nature. Elle a 'ses heureux et ses malheureux; ses sains, seis iiialades ; ses riches, ses pauvres ; ses fous et ses sa^ ges : et rien ne pou^ j dépite, ^avantage que dé voir qu'elle remplit ses hôtes" d'une satisfaction bpaïicoup plus pleine et ei^tière qi^e la raison : les habiles paiv imagination se plaisant tout autrement en eux-mêmes que les prudents ne peuvent raisonnablement se plaire. Ils regardent les gens avec empire ; ils disputent avec hardiesse et confiance; les autres avec crainte et défiance: et cette gaieté de visage leur donne souvent l'avantage dans l'opinion des écoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur auprès de leurs juges de même nature ! Elle ne peut rendre sages les fous ; mais elle les rend contents , à l'envi de la . raison, qui ne peut rendre ses amis que miséra- ^^.^es. L'une le^^fl[x]b/|Ç^^,^9if§^r^^fjr^,l^^ ^Yj;ç de honte^,,,,,..^,j ^^ ' ,;/ ^ .g..."}T ^d. . ' Qui dispense la réputation ? qui donne le respect et la vénération aux personnes , aux ouvra- .^.ges, aux grands, sinon l'opinion? Combien toutes .les richesses de la terre |SQn^-^lles insuffisantes ^ sans son consentement!,,^ ^, 1 . t .. . ,„,„ . ., L opinion dispose de tout; elle lait la beauté, la justice et le bonheur, qui est le tout du monde. Je voudrais de bon cœur voir le livre italien, dont je ne connais que le titre, qui vaut lui seul bien des livres, Délia opinione, regina del mondo. J'y souscris saiis le connaître, sauf le nrnl, s'il
O;^;^)/; / ao \y .sfvr.fi /f\{\ m;»<.(»<-. /'îf m. \?, /hit m >l'
''' "Là chose la plus Importante à la vie, c'est le clioîx d'un métier. Le hasard en dispose. La coutume fait les maçons, les soldats, les couvreurs. "Ç'estun excellent couvreur, dit-on; et en par-
■''tant des soldats : Ils sont bien fous, dit-on; et les autres, au contraire : Il n'y a rien de grand que la guêtre; le reste des hommes sont des coquins. A force d'ouïr louer en l'enfance cx*s métiers, et mépriser tous les autr<»s, on choisit; car'ritttiirriretTicrllon tiime là vi^jjtw, et fou' hait
l'imprudence: €es most nous émeuveBffc r «n he pèch^il**^ dëtis l'application ; ^t la force de la coutume 'est él grande, que des pays entiers sont tous de maçons , d'autres tous de soldats. Sans doute que la nature n'est pas si uniforme. C'est donc la coutume qui fait cela, et qui entraîne la nature; mais quelquefois aussi la nature la surmonte, et retient l'homme dans son instinct , rtialgré toiïte la coutume, bonne ou mauvaise, > .;» ,j
'^'''Ï^oIb ne^n^us tenons jamais au présent.'Dffib anticipons l'avenir comme trop lent, et comme pour le hâter; ou nous rappelons le passé, pour l'arrêter conime trop prompt : si imprudents, qiie nous errons dans les temps qui ne sont pas à nous, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à Ceux qui ne sont point , et laissons échapper sans ré- flexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable , nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et nous pensons à disposer les choses qui ne sOnt pas en notre puissance, pour un temps où noiis n'avons aucune assurance d'arriver. ' ' ' ^ ... .
Que chacun examine sa pensée , il la trôùVèra toujours occupée au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au préseiit; et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre des lumières pour disposer l'avenir. Le présent n'est jamais notre but : le passé et le présent sont nos moyens. Le seul avenir est notre objet. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et nous disposant toujours à être heureux , il est indubitable que nous ne le serons jamais, si nous n'aspirons à une autre béatitude qu'à celle dont on peut jouir en cette vie.
n-iq
.. l^otre imagination nous grossit si fort le temps présent , à force d'y faire des réflexions continuelles, et amoindrit tellement l'éternité, manque d'y faire réflexion , que nous faisons d£ l'éternité un néant, et du néant une éternité; et tout cela a ses racines si vives eu nous , que toute notre raison ne peut nous e^ défeiidre.
YIL
Croniwcll allait ravager toute la chrétienté
PEWifeE^'fcriugdà'r'"'*
(ji-jAT n.ui irri !f-no/»«»vi ">?, j^Ki
de la Jo\ ; elle ,eçt toute i;a;îias^(» eu soij.e^
8cf ^itddhs sou . .
trembler sôùs' lui; ^tfs ce "petit gfayier, (qui, n'était rien ailienïi^, ïViîè eii m endroit, le Voiïà mort, sa famille abaissée^ e^ le roi rétabli.
On ne v»«lt>re^è rteh'<}e'lttstiè''«; «InJ^i^ qui ne change de qualité » en changeant de climat. Trois degrés d'élévaikm du i^ôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité , ou peu 4'a^nées de possession 3. Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époqqe^. ,pia|sante , justice , . qu'une rivièi'e ou une montagne borne JYjéJâi»^«iV^te^'4efr»»RyT réftées,.çrr^urau deIà.,,,,r,,HtM«tj -s^^hx-A vnuo.
'^Le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu èa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant qu'un homme ait droit de me tuer parce qu'il demeure au delà de l'eau, et qu^ ^oii^ p^lpçe a querelle avec iVmien, quoique je^n'içn aie.auçuue avec'ïiiisf ''''/j'''^/ ^'^/ ,,,.j,,*.>. , .?,, ,, ,,
i\ y à sans'sioute ,S(Bs1m^ mais
cette belle rai^'n corrompiiie a tout corrompu : Nihil amplins nostri est; quod nq^ruin dicimtàj artis est; ex seîiatusconsultis çt plebisch lis crimina exercèntur; ut olifii vi^jiiSf sjc f^tiûîc^l ^ legibus laboraMs. " '" ' ''' ^ ^^,/^ , ,'
De cette confusion arhye que vun qitque réà'sënce dé la justice est l'autorité du législateur; fautrë, la commodité du souverain; l'autre, la ebutume présente , et c'est le plus sûr :, rien , suivant la seule raisoii , n'est juste de soi ; tout branle avec le temps; la coutume fait toute l'équité, par cela seul qu'elle est reçue; c'est le fondement mystique dé son autorité. Qui la ramène à son principe l'anéantit ; rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes ; qui , leur obéit parce qu'elles sont justes obéit à la justice qu'il imagine, Inais non pas a l'essence
» Quelques nouvelles éditions mellent ici urètre; mais on Ut uretère dans les anciennes^ ot j'ai cru devoir les suivre.
* C'est-à-dire, de qualité dans l'opinion des hommes , mai^ non pas de nature en soi. Cette pensée est imitée de Montaigiiè.
3 Peut-être conviendrait-il de lire : Un méridien décide de la vérité. En peu d'années de possession, les lois foudamentales changent, {tjùiiloïnle \1S7.)
♦ Presque tout ce paragraphe. est tiré oU imité de Hfonlaigne. Voyez ses Essais^ liv. Il, ch. XII, cte , , - ?
^ Voyez part. I, i\i\. TA', ^ 3. ' ' "' ' ' ' ' " '
est lo^ ^ et f jçn , ^i^yf^Çagp, , Qui ,youd^a. ep pxfl,. jmi^^er ii n^P^ifi,^ tro^ypr^. 4 ûOWf et.^i l^g^i ^ue,^ s^ij n',^^^.^âccoijtivïn4>,coi^|^pteïl, Iç^pw-
digeç^ de l'^ajgi;)iit|pi^ , ,^y majj^^p ,il , .^dmirora' j ^luun sfèclQÎ^ui.m^ ^^t^a^ul^ 4e,ponïnç:^t,49 . jrévor.ence. J[|^àrt ; ^ ^ iiouleyer;ser le^|é^a^,,!^'^ii d'epra^icf les coutume^ . établies y en, soi^s^t, i jusque dan^ . lei^r ^Qui;çe jpour y fîiire, ^•e;n^rq^e^^ . leur 'défaut d'av|prité (^td«^iu§tice.(l Jfaut,4if'Qn^ tecourir aux lois fondamentales et primitives de J'état, qu'une coutume injuste a abolies; et c'est
un
jeu sûr pour tout perdre :^ rien ne spra juste à cette ' l)afènfcéf. ' Oepériiîapt le | j^Ûp^e prête aisément l'oréillé a cîîs àiscburs': il 'séî^'j cotre le jduè dès cjii'îl le reconnaît; et lès ci'ahd's*' eri profitent à sa ruine, et A celle de ces éurièiix éxainlnateurs dies cdntiime^ i-éçûes. Mais,' Miun' défaiit coiitrail^t '^ 1es''hb<nmes ci-b^etit ^tVéF- ^| quèfois pbiivoii* fàïre' ' àvèb ' fièiice tout ce'qùf " n'est pas saris exéiiiple' . C'est po'urqni^'i ïb' jilii^' sage des législateurs disait que ; pbui^ le bM'' ■ des hommes , il faut souvent lés piper; et iîb autre, bon politique '. Cwn veritatèrk qua ïibe^ retiir igiiùret, eècpedit quoÛfallatur, Il ne f^iit^ pas qu'il sente la vérité de riisùrpàtion *: elfe" à' * été introduite autrefois y sjkps raison; il faut la faire regarder comme authentique , éternelle , et , en cacher le commencement, à diirâ^vv^t mi'elljepreiiipe bientôt fm i
vr ifpi<>^'«ui"q 89aorta >h
' Lc^plus grand philosophe dii monde^Sjjf; ^iiji^ft^j^ planche plus large qu'il ne faut 'pour- ma^j^. ^ cher à son ordinaire , s'il y a à.|i-desspi|S up,i.^ précipice, quoique sa raison ,1e convainque. ^^. sa sûreté, son imagination prévaudra, Plusiçup^,^;^ ne sauraient en soutenir la pensée sans pâlir étjj,^ suer. Je ne veux pas en rapporter tous les effëts Qui ne sait qu'il y en a à qui la vue des chats, des rats, l'écrasement d'un charbon, emportent ; la £aiM)njhoi'i dos gOD^^?- '-'^ -' '^^ '''**'^
Jii y-ii
Mi.
1 f »i>ni
..a*>q v^.luoh .'if»
' Ne diriez-vous pas que ce magistrat, ^Qnti^ vieillesse vénérable impose Je respecî; à tout up
i . ' .' D '.^ ^auii '=' '1 '•''»'"*- ' ^^'■**
i» TDaltis rédîtiori de 1779, on lit Ici, jKtu^r , marquer ; ^ax» ^f)\ diautreaplus modernes ,'î*dï*r'y rerkàrqûe'^ 1- mais lés âncienpes et celle de 1787 portent pour y/aire remarqtccr) ce qui ine' *''
parait être le sens de l'autei^r 2 Cette phrasé, qui est clans l'édition de 1787
ni dans .celle de 1779, ni (tons les nouvelles
consrrvt'r, ♦
ne sç trouve j'ai cf u (fevoir 1^ ' '
peuple, se gouverne par une raison pur^ et subll'iîte, et ^u'irjtifèe des clioscspai- leur nàtilre.* sans s'ah'êtèl^'hifx Vaines circonstances^ qui né' blessent que l'înïaginatlon des faibles ? Voyezle entrer dàïîs là place ou il doit rendre la justice.' Le' voilà pi'è^ à' écouter avec une gravité e^^emplaîre: iSi l'avocat vient à paraître, et que' la nature lui ait donné une voix enrouée et un tout de visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, et si lé hasard l'aencore barbouillé, je parie la "perte de la gravité du magistrat. ^ * ^
^)L*|Ç^prit du p|^s gi:ai\d n9fl[||ïfp4tt.i^9oad|?n^r pas si indépendant, qu'il ne soft ^pjfif à çtrp troubla par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit. d'un, jcaijpn pour empêcher ses pensées : il ne faut que Je bruit d'unç^ girpuette ou d'une poulie. JV^e vou^ éto^nçz pas s!ii ne raisonne pas bien à présent| unes mouche, bourdonne à ses oreilles ; c'en est assez pçjir le rendre incapable de bon conseil. Si vousr,/ voulez qu'il, puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui tient sa raison en échec, et trouble ce^e puissante intellig^j^qç^, q^ .g;p,uvçrn.e içs villes^tle? royap[}p^.,ji;yj-f^^ ^1 eUsc: liijp é
fil Jwjj'1 \i ^.M/ihi r^ij|^^j<'toVi3rjb,tiiiiii«0'!;îiu ^
La volonté est un des principaux organes de la croyance : non qu'elle forme la croyance ; mais parce que les choses paraissent vraies ou fausses , selon la face par-où on les regarde. La volonté qui se plaît à l'une plus qu'à l'autre détourne l'esprit dé considérer les qualités de celle qu'elle n'aime pas : et ainsi l'esprit, marchant d'une pièce avec la volonté , s'arrête à regarder la face qu'elle aime; et en jugeant par ce qu'il y voit, il règle insensiblement sa croyance suivant l'inclination de la volonté. ,/ , ? .,
humain,j;en sai^^qui,, poin;,pp pj^p Jpml?pr jj^«ip^^ jcet araQur-proj)re , qnt été le^.plu^ |njy^{,^s^fi% Imonde à coiitre-biai^. Le moyen,^sûr^^^ pèï;4rç|, une affaire toute juste était, de ^a^le|;p,f£^ir|ô,r,ç- ■ commander par;ieu^p,;o^^ W^v^h J(^jf>
tii!
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■o.n'o . ;,0U'.f;i''i iiiU ;fi'"î '^>''>
Nous avons un autre principe d'erreur^ savôii?,
les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le
sens. Et si les grandes l'altèrent sensiblement, je
ne doute point que les petites n'y fassent im?
pre^ibn à proportion. '^ '7 '■iui'.'!^'..v/'ri'i''.', Noti-e propre iutérêt éûi ' encore ïïli merveit- ' leux instniment pour nous crever agréablement les yeux. L'affection ou la haine change la justice. En effet, combien un avocat, bien payé par avance, trouve-t-il plus juste la cause qu'il plaideJ.M^iis, par une autre bizarrerie de l'esprit
Uiniiî fia çhoiïi
iN'
î L'imagination grossit souvent les plus petits pbjet^ par une , estimation fai^tastique, jusqU^à jenrenqplir, notre âme; et, par une insolence téT*,. méraire, ellejan^oitt^ritries phis grands jusqu'àui notre mesur^.. .i^J .^ ?, jf i/ui:! ,1, ai;»? inji
I p'-> h I01I il .tntJï^nnrit) ?5*rrî+r.'>(ar-:a()^ fh*l '^j f La justiôe fet là ' vérité éont deux pointée"^ subtiles, que tlbsInstrtiïAents sotii trop éhibussé'â'* pour y toucher exactement. S^ls y arrivent, ils en écachent la pointe , et appuient tout autour, plus sur le faux que sur Te vrai.
! ^ lies impressions anciennes ne sont pas seules capâWes de nous amuser : les charmes de Ja; nouveauté ont le même pouvoir. De la viennent ! toutes les disputes des hommes qui se reprochent, ou de suivre les fausses impressions de leur enfance, ou de courir témérairement apr^ès , les nouvelles. " '*" \ '^".'^''-Jv "^'■■^.." " vy
Qui tient té juste milieu ? Ou'il paraisse , et qu'il le prouve. Il n'y a principe , quelque naturel qu'il puisse être , même depuis l'enfance , qu'on ne fasse passer pour une fausse impressioii, soit de l'instruction, soit des sens. Parce que, dit-on, vous avez cru dès l'enfance qu'uj^ . coffre était vide lorsque vous n'y voyiez rien, vous avez ci^u le vide possible ; c'est une illusio^n de vos sens, fortifiée par la coutume , qu'il.faûl; que la science corrige. Et les autres disent , au cjontraire : Parce qu'on vous a dit dans l'école qu'il n'y a point de vide, on a corrompu votre sens commun , qui le comprenait si nettemeut aVant cette mauvaise impression qu'il faut coi;-./ riger en recourant à votre première nature. Qui ^ donc trompé, les sens ou l'instruction ?
Toutes les occupations des hommes sont af avoir du bien ; et le titre par lequel ils le possèdent n'est, dans son origine, que la fantaisie de ceux qui ont fait les lois. Ils n'ont aussi aucune force pour le posséder sûrement : millg
^EN8ÉEs: «ôB ^Pxmmp>^'^
aiJddenls le leur ravissent. lï en ë*t denaême de" la- science : la maladie nous Tôte.
»lil<ii*t' XIX. . flu'l '^irub ^hif^di
.ûtt*e*tT«^ ique n<>9 pripclpea iM^tuifeJs.,, «inon nos principes accoutumés'? Dans lès enfants, ceux qu'ils ont reçus de la coutumedc leurs pères, comme la chasse dans les ïmimaux.
Une différente coutume donnera d!autrcs principes naturels. Cela se voit par expérience ; et s'il y en a d'ineffaçables à la coutume, il y en a aussi de la coutume ineffaçables à la nature. Gela dépend de la disposition.
-Les pères craignent que l'amour naturel des ^auts ne s'efface. Quelle est donc cette nature sujette à être effacée?, La coutume est une seeonde nature qui détruit la premièi-e. Pour?., q«oi la coutume ii'est-eUe pas naturelle? J'ai, bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.,
fih f*i,^MJi> »uoq i^qfrj' )h {\
V Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle nous affecterait peut-être autant que les objets que nous voyons tous les jours; ^i si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits, douze heures durant, qu'il est roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rêverait toutes les nuits , douze heures durant , qu'il serait artisan. Si nous rêvions toutes les nuits que nous sommes poursuivis par des ennemis , et agités par des fantômes pénibles, et qu'on passât tous les jours en diverses occupations, comme quand on fait un voyage, on souffrirait presque autant que si cela était véritable, et on appréhenderait de dormir, comme on appréhende le réveil quand on craint d'entrer réellement dans de tels malheurs. En effet, ces rêves feraient à peu près les mêmes maux que la réalité. Mais parce que les songes sont tous différents et se diversifient, ce qu'on y voit affecte bien moins que ce qu'on voit en veillant, à cause de la continuité, qui n'^st pas pourtant si continue et égale, qu'elle ne change aussi , mais moins brusquement , si c,e' n'est réellement , comme quand on voyage; et, alors on dit : Il me semble que je rêve ; car la y\^,est m songe un peu moins inconstant. ,^,,. /^
' L'auteur fait ici allusion à une pensée de Montaigne au'il rappelle plus loin. Voyez part. 1 , art. VIII , S 10.
j ^çm^ s^|]|>98(>ns que , X^m-, M .hQn;w»^ ,-çf?^., Iço^yent et sentent de U m4^)e,^rte|les pj^€^; iqui se présentent à eux : mais nous le support soiiks bien graUutemen^,,oar nousu'eiv avons aucune preuve Je .vois bien qu'on applique le» mêmes mots dans les mêmes occasions, et que i toutes les fois quC; deux hommes vojent,,par, exemple, ide la neige, ils expriment, tous dey X( 1g vue de ce même objet par les mêmes mots,,, en disant l'un et l'autre qu'elle est blanche;, et de cette conformité d'application on tire une puissante coojecture d'une conformité d'idées : mais cela n'est pas absolument convaincai^i^., quoiqu'il y ait bien à pariejc pour l'affirmatiK^^
Quand nous voyons un effièt arriver toujours de même , nous en concluons une nécessité naturelle, comme qu'il sera demain jour, etc.; j mais souvent la nature nous dément, et ne sfa^ sujettit pas à ses propres règles. '"^^^«'^ *''' '*'" '^
XXJl».
Plusieurs choses certaines sont contredites; plusieurs fausses passent sans contradiction: ni la contradiction n'est marque de fausseté; ni l'incontradiction n'est marque de vérité. 'n;,r
Quand on est instruit, on comprend que',' la nature portant l'empreinte de son auteur gravée dans toutes choses, elles tiennent presque toutes de sa double infinité. C'est ainsi que nous voyons que toutes les sciences sont infi.nies en Tét^due de leurs recherches. Car qui doute que la géométrie, par exemple, a u^e infinité d'iniinités de propositions à exposer^ Elle sera aussi infmie dans la multitude et là délicatesse de leurs principes; car qui ne voit que ceux qu'on propose pour les derniers ne se soutiennent pas d'eux-mêmes , et qu'ils sont appuyés sur d'autres, qui, en ayant d'autres pour appui, ne souffrent jamais de derniers?
On voit, d'une première vue, que l'arithmétique seule fournit des principes sans nombre, et chaque science de même.
Mais si l'infinité en petitesse est bien moins visible, les philosophes ont bien plus tôt prétendu y arriver; et c'est là où tous ont choppé. C'est ce qui a donné lieu à ces titres si ordi-
pREMwiRflAmiiw%iAR2rif<yL
naires, des Principes d^mhoses, des Principes de la philosophie , et autres semblables , aussi raStti*éul''M'èfîet ,'' qt^èî^uè 1iotf<'ett"iipfparence , qttfe"dét1àfàti-ë*^r'erèVe ^k'^mt^mdmni sêP
We chélxîhoite^a^ôc'' iMoiAl! «^aféfe^i'attcé' m de féWneté. Notre ¥îiièoiléât'to(ijdtirs décile par rhï'éoManéfe dés apparences ; riëïi ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui rénfernient et It* fuient. Cela étant bien comprisVJé erois qu'on s'dn tiendra au repos, chacun dans l'état où la nature l'a placé. Ce milieu qui nous est échu étant toùjôul-s distant des extrêmes, qulm-
»portë que Fhomnie ait utt ped ï^us d'intelligéiee des choses? S'il en a, il les prend d'un pëii' plue ' haut; N'est-il pas toujôui'S infiniment éloigné des extrêmes? et la durée de notre plus longue vie n'est-élîe pas infiniment éloignée de l'éternité?
Dans la vue de ces infinis , tous les finis sont
égaux; et je ne vois pas pourquoi asseoir son
imagination .plutôt sur l'un qiie sur l'autre. La
* seule comparaison (jue nous faisons de nous au
fmi nous fait peine. >
, Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant ; l'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent Savoir , trouvent qu'ils ne savent rien , et se rencontrent dans cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est iine ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre deux qui sont sortis de l'ignorance naturelle, èï^n'ont pu arriver à l*autre, ont quelque teinture de cette science suffisante , et font les entendus. Ceux-là troublent le monde, et jugent plus mal de tout que les autres. Le peuple et les habiles composent, pour l'ordinaire, le train du monde : les autres le méprisent et en sont
*"'Oii'*Sè'^rôît naturellement bien plus capable d'arriver au centime des choses que d'embrasser leur cîrconféren<;e. L'étendue visible du monde nous surpasse visibleinent; mais comme c'est nous qui surpassons les petites choses, nous €>•'■.- '.■■■'.''
* Quelqnos édilions jnctU-nt moins au lU^u de non. ' » C'f'sl l(' litre, des thèses que Jcan-l*îc de U Mirandolc sou- Unl avw «roiid éclat à Rome* àl'àgc <le'Vlngt-qualroftn3,
en H87. ^ . »
PW^MPy9^: plus capables de les posséd^^jiei cependant il ne faat pas moiqs 4e capacité pqur aller jusqu'au néant que jusqu'au tout. Il la faut infinie dans l'un et dans r&utre; et il me semble que qui aurait compris les derniers principes des chose^' "pourrait àu^î arriver jusqu-à connaître l'ihflni. L'un dépend de Tautre , et l'un * conduit à l'autre. Les extrémités se touchent et se réunissent à force de s'être éloignées, et se retrouvent en Dieu, et en Dieu seulement.
Si rhotnme commençait par s'étudier lul-ti même , il verrait combien il est incapable de passer outre. Comment pOurrait41 se faire qu'une partie Connût le tout? D aspirera peutêtre à connaître au moins les parties avec lesquelles il a de la proportion. Mais les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l'une avec l'autre , que je crois irapossible de connaître l'une sans Vautre y et sans le tout. . /j '
L'homme, par exemple, a rapport à tout ce qu'il connaît. Il a besoin de lieu pour le contenir, de temps pour durer, de mouvement pour vivre, d'éléments pour le composer , de chaleur et d'ahments pour le nourrir, d'air pour respirpr. Il voit la lumière, il sent les corps, ei^fm tout tombe sous son alliance.
Il faut donc , pour connaître l'hotnme , savoi d'où vient qu'il a besoin d'air pour subsister ; et pour connaître l'air, il faut savoir par où if à rapport à la vie de l'homme.
La flamme ne subsiste point sans l'air :/âonc, pour connaître l'un, il faut connaître l'autre.
Donc toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes , médiatement et immédiatement, et toutes s'entretenant par un lien naturel et sensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes , je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que dé connaître le tôi^t salis ijonnaître en détail lés parties. ^ '' '"' " l^'" '■'.'"' ' ' ' "; '
Et ce qui achève peut-être notre impuissance à connaître les choses , c'est qu'elles sont simplles en elles-mêmes, et que nous sommes composés de deux natures opposées et de divers genres, d'âme et de corps : car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle; et quand on prétendrait que nous fussions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissanfce des choses, n'y ayant rien de si inconcevable q^e de dire que la matière puisse se connaître soi-
PENSEES DE PASCAL
C'est cette composition d'esprit et de corps qui a fait que presque tous les plnlosophes ont confondu les idées des choses, et attribué aux corps ce qui n'appartient qu'aux esprits, et aux esprits ce qui ne peut convenir qu'aux corps ; car ils disent hardiment que les corps tendent en bas, qu'ils aspirent à leur centre, qu'ils fuient leur destruction , qu'ils craignent le vide, qu'ils ont des inclinations, des sympathies, des antipathies, qui sont toutes choses qui n'appartiennent qu'aux esprits. Et en parlant des esprits, ils les considèrent comme en un lieu, et leur attribuent le mouvement d'une place à une autre , qui sont des choses qui n'appartiennent qu'aux corps , etc.
Au lieu de recevoir les idées des choses en nous, nous teignons des qualités de notre être composé toutes les choses simples que nous contemplons.
Qui ne croirait, à nous voir composer toutes choses d'esprit et de corps, que ce mélange-là nous serait bien compréhensible? C'est néanmoins la chose que l'on comprend le moins. L'homme est à lui-même le plus prodigieux objet de la nature; car il ne peut concevoir ce que c'est que corps, et encore moins ce que c'est qu'esprit, et moins qu'aucune chose comment un corps peut être uni avec un esprit. C'est là le comble de ses difficultés, et cependant c'est son propre être : Modus quo corporibus adhœret spiritus comprehcndi ab hominibus nonpotest; et hoc tamen homo est
L'homme n'est donc qu'un sujet plein d'erreurs, ineffaçables sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité : tout l'abuse. Les deux principes de vérité, la raison et les sens, outre qu'ils manquent souvent de sincérité , s'abusent réciproquement l'un l'autre. Les sens abusent la raison par de fausses apparences; et cette même piperie qu'ils lui apportent , ils la reçoivent d'elle à leur tour : elle s'en revanche. Les passions de l'âme troublent les sens, et leur font des impressions fâcheuses : ils mentent et se trompent à l'envi.