‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 112 sur 343 · TRADUITS DU GREC PAR LE MÊMR · texte numérisé non relu

TRADUITS DU GREC PAR LE MÊMR

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LES CARACTÈRES

ou

LES MOEURS DE CE SIECLE

Admoncre voluinuis, non mord«ro, pro(U:ï>st', nou Ict'dere-, consulcie moribus liominum, non offtct^re.

Er.vsm.

/VVERTISSEMEM.

C'est un sujet continuel de scandale et de chagrin j>our ceux qui aiment les bons livres et les livres bien fails, que de voir avec quelle négligence les auteurs classiques se réinq)riment journellement. L'ignorance, l'étourderie, on le faux jugement des divers éditeurs, y ont successivement introduit des fautes et des altérations de texte, que l'on répèle avec une désolante fidéliié. On fait plus : on y ajoute chaque fois des fautes nouvelles; et la dernière édition, ordinairement la plus belle de toutes, est souvent aussi la plus mauvaise. Que fallait-il faire pour échapper à ce reproche ? Simplement recourir à la dernière édition donnée ou avouée par l'auteur, et la rejjroduire avec exactitude. C'est ce que nous avons fait poui' les Caractères de la Bruyère ». Nous ne voulons pas nous prévaloir d'un soin si facile et si peu méritoire ; mais nous devons juslifier , par quelques exemples , la sévérité avec laquelle nous venons de parler de ceux qui l'ont négligé.

La Bruyère , écrivain original et hardi , s'est souvent permis des expressions qu'un usage universel n'avait pas encore consacrées; mais il a eu la prudenie attention de les souligner : c'était avertir le lecteur de ses témérités , et s'en justifier par là même. L'aversion des nouveaux typographes pour les lettres italiques les a portés à inq)rinier ces mêmes mots on caractères ordinaires. Ce changement, qui semble être sans conséquence, fait disparaître chaque fois la trace d'un fait qui n'est pas sans utilité pour l'histoire de notre langue; il nous empêche de connaître à quelle époque tel mot , employé aujourd'hui sans scrupule , n'était encore qu'un néologisme plus ou moins audacieux. INous avons rétabli partout les caractères italiques '.

* la huilièmc et dernière édition publiée par l'auteur, en ififl'i , est celle qui m'a servi de copie. (Le/ivre).

VA même les petites capitales. Il csl ct-rtain (|uc la

La Bruyère ne peint pas toujours des caractères ; il iw. fait pas toujours de ces |)ortraits où l'on doit reconnaître, noii pas un individu, mais une espèce. Quelquefois il particularise, et écrit des personnalités, tantôt malignes, tantôt flatteuses. Alors, pour rendre la satire moins délicate, ou la louange plus directe, il use de certains artifices qui ne trompent aucun lecteur; il jette, sur son expression plutôt que sur sa pensée, certains voiles qui ne cachent aucune vérité. Ce sont ou des lettres initiales, ou des nonis tout en blanc, ou des noms antiques pour des noms modernes. Fiers de pouvoir révéler ce que n'ignore persoinie, nos récents éditeurs, au lieu de mettre en note un éclaircissement inutile , mais innocent , ont altéré le texte de l'auteur, soit en suppléant ce qu'il avait omis à dessein, soit en substituant le nom véritable au nom supposé. Ainsi, quand la Bruyère dit : <« Quel besoin a Tropliinie d'être cardinal ? » bien sûr que ni son siècle, ni la postérité, ne pourront hésiter à reconnaître dans cette phrase le grand homme qu'on s'étonna de ne point voir revêtu de la pourpre romaine, et de qui elle eut reçu plus d'éclat qu'il n'aurait pu en recevoir d'elle, ces éditeurs changent témérairement Trophhne en Bénigne; et, comme si ce n'était pas assez clair encore , ils écrivent au bas de la page ; « Jacques-Bénigne Bossuet , évêque de Meaux. »

Mais voici un trait bien plus frappant de cette ridicule manie d'instruire un lecteur qui n'en a ([ue faire, en clticidant un auteur qui croyait être assez clair, ou qui ne voulait pas l'élre davantage. Dans le cha|)itre De la cour, la Bruyère fait une description qui conin»;iice par ces mots ; « On parle d'une région, etc. , >» et cpii se terujine ainsi : « Les gens du pays le nomment ***; il est à qucl- « que quarante-huit degrés d'élévation du pôle, et à plus « de onze cents lieues de mer des Iroquois et des Murons. » Pour le moins éclairé, le moins sagace de tous les lecteurs, l'allégorie est aussi transparente qu'elle est ingénieuse et

Bruyère a voulu que cert;iins noms fussent imprimés avec dos capitales, t'oyez ci-après la rréfacc de son discours à l'Académie française. ( /.'/. ... )

AVERTISSEMJEINT.

maligne; nul ne peut douter qu'il ue s'agisse de la résidence loyale de France ; et chacun , en nommant ce lieu, lorsque l'auteur le tait, peut s'applaudir d'un acte de pénétration qui lui a peu coûté. Que font nos malencontreux éditeurs? Ils impriment ei\ toutes lettres le nom de f^er- ^aifles , et ils ne s'aperçoiveql pas que ce seul nom dénature entièrement le morceau , dont tout l'effet , tout le fJiarme, consiste à décrire Versailles en termes de Relation, comme on ferait de quelque ville de l'Afrique 014 des Indes occidentales récemment découverte par les voyageurs, et à nous faire sentir par cette heureuse fiction cc^iiUien les mœurs de ce pays nous sembleraient singulières , bizarres et ridicules , s'il appartenait à un autre continent (|ue TEuropc, à un autre royaume que la France.

Depuis plus d'un siècle les éditions de la Bruyère sont accompagnées de notes connues sous le nom de clef, qui ant pour objet de désigner ceux des contemporains de l'auteur qu'on prétend lui avoir servi de modèles pour ses portraits de caractères, Nous avons exclu de notre édition tes notes, qui nous ont toujours paru une ridicule et odieuse superfluité. Nous allons exposer nos motifs.

Aussitôt que parut le livre de la Bruyère, la malignité s'en empara. On crut que chaque caractère était le portrait de quelque personnage connu , et l'on voulut savoir les noms des Qriginaux. On osa s'adresser à l'auteur luimême pour en avoir la liste. Il eut beau s'indigner, se courroucer, nier avec serment que son intention eût été de peindre telle ou telle personne en particulier ; on s'obstina, et, ce qu'il ne voulait ni ne pouvait faire, on le fit à son défaut. Des listes coururent, et la Bruyère, qu'elles ^lésola^ent, eut en outre le chagrin de se les voir attribuer. ^Icureus^meu^ , ^ur ce point, il ne lui fut pas difûpile de se justifier. Il n'y avait pa^ une seule clef; il y en avait plusieurs , il y en av^it un grand nombfç : c'est assez dire (lU'elles n'étaient point semblables , qu'en beaucoup de points elles ne s'accordaient pas entre elles. Comme elles étaient différentes, et ne pouvaient, suivant l'ejçpression de lu Bruyère , senùr à une même entrée », elles ne pouvaient pas non plus avoir été forgées et distribuées par une même main; et la main de l'auteur devait être soupçonnée moins qu'aucune autre.

Ces insolentes listes, après avoir troublé les jours de la Bruyçre, se sont, depuis sa mort, attachées inséparablement à son livre, comme pour faire une continuelle inculte à ^a mémqire : c'était perpétuer un scandale en pure perle. Quand elles circulaient manugerites, les personnages qu'elles désignaient presque toujoup faussement étaient vivants encore ou dçcédés depuis peu : elles étaient alors des calomnies ])i<|uanles , du moins pour ceux dont elles blessaient l'amotu- propre qu les affeçtiqns; mais plus tard, mais quctnd les générations intéressées eurent disparu, elles ne furent plus que des mensonges insipides pour tout le monde. Fussent -elle^ aussi yéridiques qu'en général elles sont trompeuses, la malignité, la curiosité actuelle n'y pqprrait trouver son compte. Pouï un fort pelit nombre de noms qi»i appartiennent à l'histoire de l'ayantdernier siècle, et que nqus ont conservés les écrits contemporains, combien de noms plus qu'obscurs, qui ne «ont point arrivés jusqu'à nous, et dont on découvrirait tout au pins la trace dans les vieilles matricules des compagnies de finance ou des marguilleries de paroisse ! Ajou- *■ Foyer la Préface du discours à VJcadémie française.

Ions que les auteurs ou les compilateurs de ces clefs, malgré l'assurance naturelle à cette espèce de faussaires , ont souvent hésité entre deux et jusqu'à trois personnages divers , et que , n'osant décider eux - mêmes , ils en ont laissé le soin au lecteur, qui n'a ni la possibilité, ni heureusement l'envie de faire un choix. Ce n'est pas tout encore : plus d'une fois le nom d'un même {)ersonnage se trouve inscrit au bas de deux portraits tout à fait dissemblables. Ici le duc de Beauvilljers est nommé comme le modèle du courtisan hypocrite ; et , à deux pages de distance , comme le type du courtisan dont la dévotion est sincère.

Quand les personnages nommés par les fabricateurs de clefs seraient tous aussi célèbres qu'ils sont presque tous ignorés ; quand l'indécision et la contradiction même d'un certain nombre de désignations ne les feraient pas justement soupçonner toutes de fausseté, il y aurait encqre lieu de rejeter ces prétendues révélations du secret de l'auteur» On ne peut douter, il est vrai, que la Bruyère, en faisant ses portraits, n'ait eu fréquemment en vue des personnages de la société de son temps. Mais ne sent-on pas tout de suite combien il est téméraire , souvent faux , et toujours nuisible, d'affirmer que tel personnage est précisément celui qui lui a servi de modèle? n'est-ce pas borner le mérite, et restreindre l'utilité de Sion travail ? Si les vices , les travers, les ridicules marqués dans cette image ont été ceux d'un homme et non de l'humanité , d'im individu et non d'une espèce, le prétendu peintre d'histoire ou de genre n'est plus qu'un peintre de portraits, et le moraliste n'est plus qu'un satirique ». Quel piofit y aurait-il pour les mœurs, quel avantage y aurait-il pour la gloire de Molière, à prouver que ce grand homme n'a pas voulu peindre l'avarice , mais quelque avare de son temps , dont il a caché le nom , par prudence , sous le nom forgé d'Harpagon ?

Il n'est pas interdit toutefois de savoir et de faire connaître aux autres quels personnages et quelles anecdotes peuvent avoir fourni des traits à l'écrivain qui a peint les mceurs d'une époque sur la scène ou dans un livre, quand ces personnages ont quelque célébrité, et ces anecdotes quelque intérêt, Sans nuire à l'effet moral, ces sortes d'éclaircissements satisfont la curiosité httéraire. Chaque fpis donc que la Bruyère fait évidemment allusion à un homme ou à un fait de quelque importance, nous avons pris soin de le remarquer; c'est à ce genre d'explicatiçn que nos notes se bornent.

La notice qui suit est celle que M. Suard a placée en tête du petit volume intitulé Maximes et Réflexions morales extraites de la Bruyère. Ce morceau, qui renferme une analyse délicate et une appréciation aussi juste qu'ingénieuse du talent de la Bruyère, considéré comme écrivain, est un des meilleurs qui soient sortis de la plume de cet académicien , si distingué par la finesse de son esprit , la politesse de ses manières, et l'élégance de son langage,

\ « J'ai peint, dit »la Bruyère, d'après nature; mais Je n'ai pas toujours songé à peindre celui-ci ou celui-là. Je ne me suis point loué an public pour faire des portraits qui ne fussent que vrais et ressemblants , de peur que quelquefois ils ne fussent pas croyables , et ne parussent feints ou imaginés : me rendant plus difficile, Je suis allé plus lom; j'ai pris un trait d'un côté, et mi trait d'un autre; et de ces divers traits, qui pouvaient convenir à une même personne, j'en ai fait des peintures vraisemblables » Foycz la Préface déjà citée.

NOTICE SUR LA BRllYEHE.

Nous y avons ajouté un petit nombre de notes principalement faites pour compléter ce qui regarde la personne de la Bruyère, par quelques particularités que l'auteur a omises ou ignorées.

^ .IioS. AUGER.

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NOTICE

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