QUINAULT
On ne peut trop aimer la douceur, la mollesse, la facilité et l'harmonie tendre et touchante de la poésie de Quinault. On peut même estimer beaucoup l'art de quelques-uns de ses opéras , intéressants par le spectacle dont ils sont remplis, par l'invention ou la disposition des faits qui les composent , par le merveilleux qui y règne , et enfin par le pathétique des situations , qui donne lieu à celui de la musique, et qui l'augmente nécessairement. Ni la grâce , ni la noblesse , ni le naturel , n'ont manqué à l'auteur de ces poèmes singuliers. Il y a presque toujours de la naïveté dans son dialogue , et quelquefois du sentiment. Ses vers sont semés d'images charmantes et de pensées ingénieuses. On admirerait trop les fleurs dont il se pare , s'il eût évité les défauts qui font languir quelquefois ses beaux ouvrages. Je n'aime pas les familiarités qu'il a introduites dans ses tragédies : je suis fâché qu'on trouve dans beaucoup de scènes , qui sont faites pour inspirer la terreur et la pitié, des personnages qui , par le contraste de leurs discours avec les intérêts des malheureux , rendent ces mêmes scènes ridicules et en détruisent tout le pathétique. Je ne puis m'empêcher encore de trouver ses meilleurs opéras trop vides de choses, trop négligés dans les détails, trop fades même dans bien des endroits. Enfin je pense qu'on a dit de lui avec vérité qu'il n'avait fait qu'effleurer d'ordinaire les passions. Il me paraît que LuUi a donné à sa musique un caractère supérieur à la poésie de Quinault. LuUi s'est élevé souvent jusqu'au sublime par la grandeur et par le pathétique de ses expressions ; et Quinault n'a d'autre mérite
' Incorrect. Reconnaître qu'on s'est trompe en regardant comme un défaut ce qui n'en est pas un , ce n'est pas se détromper dos défauLs M.