CCCXLVII
C'est par la conviction manifeste de notre incapacité ^ que le hasard dispose si universellement et si absolument de tout. Il n'y a rien de plus rare dans le monde que les grands talents et que le mérite des emplois : la fortune est plus partiale qu'elle n'est injuste.
CCGXLVIII.
Le mystère dont on enveloppe ses desseins marque quelquefois plus de faiblesse que d'indiscrétion, et souvent nous fait plus de tort.
Ceux qui font des métiers infâmes, comme les voleurs , les femmes perdues , s'honorent de leurs crimes, et regardent les honnêtes gens comme des dupes. La plupart des hommes , dans le fond du cœur , méprisent la vertu , peu la gloire.
La Fontaine était persuadé \ comme il le dit,
liériUer et de l'homme induslricux , même aux yeux de la loi, puisqu'elle est chargée de proléger la propriété et l'industrie. ( Cette note est de M. de Fortia. )
' Ce que Vauvenargucs dit ici des dévots, il le dit d'une manière plus générale au n° CCXLI, B.
'- Cest par la conviction manifeste de notre incapacité que le hasard dispose , etc. Cette pensée est obscure; l'auteur veut dire, je crois, que c'est la conviction que nous avons de notre incapacité , qui nous fait abandonner tant de choses au ha.sard. // n'y a rien de plus rare dans le monde, dit-il ensuite, que les grands talents et que le mérite des emplois : h» mérite des emplois est une ellipse forcée. L'auteur ajoute : la fortune est plus partiale qu'elle n'est iujustjj , c'est-à-dire qu'eiitre des concurrents sans moyens, elle n'est pas injuste m refusant un emploi à tel qui nv, lemérih; pas, mais partiale en l'accordant à tel autre qui ne le mérite pas davantage. S.
' Jm Fontaine était persuadé, vW. On ne voit pas (|uellees(
que l'apologue était un art divin. Jamais peutêtre de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables.
CGCLL
Une mauvaise préface allonge considérablement un mauvais hvre; mais ce qui est bien pensé est bien pensé, et ce qui est bien écrit est bien écrit.
Ce sont les ouvrages médiocres qu'il faut abréger. Je n'ai jamais vu de préface ennuyeuse à la tête d'un bon hvre.
Toute hauteur ' affectée est puérile ; si elle se fonde sur des titres supposés , elle est ridicule ; et si ces titres sont frivoles , elle est basse : le caractère de la vraie hauteur est d'être toujours à sa place.
Nous n'attendons pas d'un malade qu'il ait l'enjouement de la santé et la même force de corps; s'il conserve même sa raison jusqu'à la fin , nous nous en étonnons ; et s'il fait paraître quelque fermeté, nous disons qu'il y a de Taffectation dans cette mort : tant cela est rare et difficile. Cependant, s'il arrive qu'un autre homme démente en mourant , ou la fermeté , ou les principes qu'il a professés pendant sa vie ; si dans l'état du monde le plus faible , il donne quelque
marque de faiblesse ô aveugle malice de
l'esprit humain ! il n'y a pas de contradictions si manifestes que l'envie n'assemble pour nuire.
On n'est pas appelé à la conduite des grandes affaires, ni aux sciences, ni aux beaux-arts, ni
la liaison des deux parties de cette maxime : ce (jui la rend très-obscure. En disant que jamais de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner d«s fables, veut-il dire que c'est un art d'instinct, d'inspiration P Mais cela pourrait se dire de beaucoup d'autres genres de talents poétiques. Fautil le prendre dans un sens défavorable? On a peine à le conc<!voir d'après les éloges <ju'il donne à la Fontaine dans ses Fragments sur les poètes. On voit plus vivenient encore, dans ses Lettres à roi taire, l'admiration que lui Inspirait le talent de la Fontaine, (|u'il a même défendu contre Voltaire. Au reste, celte maxime est du nond)ré de celles (pi'il avait retranchées dans la seconde* édition; et il voulait probablement l.i su|)primer ou réclaircir. S.
' Toute hauteur, etc. .le crois (\u'orgueil est ici le mot propre. Haitliiir, pris à l'absolu , ne peut s'entendre dans nn sens favorable. S.
VAUVENARGUES
à la vertu , quand on n'aime pas ces choses pour elles-mêmes, indépendamment de la considération qu'elles attirent. On les cultiverait donc inutilement dans ces dispositions : ni l'esprit , ni la vanité, ne peuvent donner le génie.
Les femmes ne peuvent comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard.
11 n'est pas libre à un homme qui vit dans le monde de n'être pas galant.