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II faut qu'il y ait dans l'éloquence de l'agréa-
PENSÉES DE PASCAL
ble et du réel; mais il faut que cet agréable soit réel.
XXVUI.
Quand on volt le style naturel , on est tout étonné et ravi; car on s'attendait de voir un auteur, et on trouve un homme. Au lieu que ceux qui ont le goût bon, et qui, en voyant un livre, croient trouver un homme, sont tout surpris de trouver un auteur : plus poetice quant humane locutus est. Ceux-là honorent bien la nature, qui lui apprennent qu'elle peut parler de tout, et même de théologie.
La dernière chose qu'on trouve, en faisant un ouvrage, est desavoir celle qu'il faut mettre la première.
Dans le discours, il ne faut point détourner l'esprit d'une chose à une autre, si ce n'est pour le délasser; mais dans le temps où cela est à propos, et non autrement : car qui veut délasser hors de propos lasse. On se rebute, et on quitte tout là : tant il est difficile de rien obtenir de l'homme que par le plaisir, qui est la monnaie pour laquelle nous donnons tout ce qu'on veut I
Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux !
Un même sens change selon les paroles qui l'expriment. Les sens reçoivent des paroles leur dignité, au lieu de la leur donner.
Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement, car ils veulent d'abord pénétrer d'une vue, et ne sont point accoutumés à chercher les principes. Et les autres, au contraire, qui sont accoutumés à raisonner par principes , ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes, et ne pouvant voir d'une vue.
La vraie éloquence se moque de l'éloquence; la vraie morale se moque de la morale ; c'est-àdire que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit , qui est sans règle. •
Toutes les fausses beautés que nous blâmons dans Cicéron ont des admirateurs en grand nombre.
Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher.
Il y a beaucoup de gens qui entendent le sermon de la même manière qu'ils entendent vêpres.
Les rivières sont des chemins qui marchent , et qui portent où l'on veut aller.
Deux visages semblables , dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance.
Les astrologues, les alchimistes, etc., ont quelques principes; mais ils en abusent. Or, l'abus des vérités doit être autant puni que l'introduction du mensonge.
Je ne puis pardonner à Descartes : il aurait bien voulu , dans toute sa philosophie , pouvoir se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement; après cela il n'a plus que faire de Dieu.