RÉPONSE AUX CONSÉQUENCES DE LA NÉCESSITÉ
lie pourrait suspendre ses lois absolues sur notre âme, sans anéantir en elle toute action. Un être qui a tout reçu ne peut agir que par ce qui lui a été donné ; et toute la puissance divine , qui est infinie, ne saurait le rendre indépendant. Toutefois, en suivant ces lois primitives dont je parle , nous suivons nos propres désirs. Ces lois sont l'essence de notre être , et ne sont point distinctes de nousmêmes , puisque nous n'existons qu'en elles. Nous nommons liberté avec raison la puissance d'agir par elles , et nécessité la violence qu'elles souffrent des objets extérieurs, comme lorsque nous sommes en prison ou dans quelque autre dépendance involontaire. Ce qui fait illusion aux partisans du libre arbitre , c'est le sentiment qu'ils en trouvent dans leur conscience. Ce sentiment-là n'est point faux. Soit que nos passions ou nos réflexions nous déterminent, il est vrai que c'est nous qui nous déterminons ; car il y aurait de la folie à distinguer nos sentiments ou nos pensées, de nousmêmes. Ainsi la liberté et la nécessité subsistent ensemble. Ainsi le raisonnement et l'expérience justifient la foi, qui les admet. C'est ce que M. de Voltaire a parfaitement bien exprimé dans ces beaux vers :
Sur un autel de fer, un livre inexplicable Contient de l'avenir l'histoire irrévocable. La main de l'Éternel y marqua nos désirs , Et nos chagrins cruels , et nos faibles plaisirs. On voit la Liberté, cette esclave si lière. Par d'invincibles nœuds en ces lieux prisonnière. Sous un joug inconnu , que rien ne peut briser, Dieu sait l'assujettir , sans la tyranniser ; A ses suprêmes lois d'autant mieux attachée Que sa chaîne à ses yeux pour jamais est cachée , Qu'en obéissant même elle agit par son choix , Et souvent aux destins pense donner des lois.
Hcnriade, chant VII, v. 285—96.
J'aimerais mieux avoir fait ces douze vers que le long chapitre de la puissance de M. Locke. C'est le propre des philosophes qui ne sont que philosophes, de dire quelquefois obscurément en un volume ce que la poésie et l'éloquence peignent beaucoup mieux d'un seul trait.
Fait à Besançon, au mois de juillet 1737.