‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 77 sur 343 · CXL · texte numérisé non relu

CXL

Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots.

Nous nous vantons souvent de ne nous point ennuyer, et nous sommes si glorieux, que nous

' Far. Dans l'édition de 1666 , qui est celle où cette réflexion a paru pour la première fois, on lit des excellents originaux^ au lieu de des méchants originaux.

^ Var. Quand la vanité ne fait point parler , on n'a pas envie de dire grand'chose (1665— n° 139).

ne voulons pas nous trouver de mauvaise compagnie * .

Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits, au contraire, ont le don de beaucoup parler et de ne rien dire.

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C'est plutôt par l'estime de nos propres sentiments que nous exagérons les bonnes qualités des autres, que par l'estime de leur mérite; et nous voulons nous attirer des louanges, lorsqu'il semble que nous leur en donnons ^^

On n'aime point à louer , et on ne loue jamais personne sans intérêt. La louange est une flatterie habile , cachée et délicate, qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la reçoit : l'un la prend comme une récompense de son mérite; l'autre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement.

Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées, qui font voir par contre-coup en ceux que nous louons des défauts que nous n'osons découvrir d'une autre sorte.

On ne loue d'ordinaire que pour être loué.

Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit.

Il y a des reproches qui louent , et des louanges qui médisent.

Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois\

^ Far. On se vante souvent mal à propos de ne se point ennuyer ; et l'homme est si glorieux , qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise compagnie (1665— n° 143).

^ Far. C'est plutôt par l'estime de nos sentiments que non» exagérons les bonnes qualités des autres , que par leur mérite ; et nous nous louons en effet , lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges (1665 — n° 146).

^ Far. La modestie qui semble refuser les louanges , n'est en effet qu'un désir d'oi) avoir de plus délicates ( 1665— n" 147 )

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CL. , Le désir de mériter les louanges qu'on nous donne fortifie notre vertu; et celles que l'on donne à l'esprit, à la valeur et à la beauté, contribuent à les augmenter *.

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Il est plus difficile de s'empêcher d'être gouverné, que de gouverner les autres.

Si nous ne nous flattions pas nous-mêmes , la flatterie des autres ne nous pourrait nuire.

La nature fait le mérite, et la fortune le met en œuvre.

La fortune nous corrige de plusieurs défauts que la raison ne saurait corriger.

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