‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 80 sur 343 · CLXX · texte numérisé non relu

CLXX

Il est difficile déjuger si un procédé net, sin* cère et honnête, est un effet de probité ou d'habileté^..

» Far. Il y a une infloilé de conduites qui ont un ridfcule apparent , et qui sont , dans leurs raisons cachées , très-sages et très-solides (l865-n° 170).

* Far. Pendant que la paresse et la timidité ont seules le mérite de nous tenir dans notre devoir, notre vertu en a tout l'honneur (1 665- n° 177).

3 rar. Il n'y a personne qui sache si un procédé net , sincère et honnête est plutôt un effet de probité que d'habile Ul (1665— n" 178).

MAXIMES

Les vertus se perdent dans l'intérêt , comme les fleuves se perdent dans la mer.

Si on examine bien lés divers effets de l'ennui , on trouvera qu'il fait manquer à plus de devoirs que l'intérêt.

* CLXXIII

Il y a diverses sortes de curiosités : l'une d'intérêt, qui nous porte à désirer d'apprendre ce qui nous peut être utile; et l'autre d'orgueil, qui vient du désir de savoir ce que les autres ignorent ' .

Ilvaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent, qu'à prévoir celles qui nous peuvent arriver.

La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons , donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet.

Il y a deux sortes de constance en amour : l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'aimer; et l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur d'être constant.

* CLXXVIL

La persévérance n'est digne ni de blâme ni de louange , parce qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments , qu'on ne s'ôte et qu'on ne se donne point.

CLXXVIII

Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles , ou le plaisir de changer , que le dégoût de n'être pas assez admirés de ceux qui nous connaissent trop, et l'espérance de l'être da-

' rar. La curiosité n'est pas , comme l'on croit , un simple amour de la nouveauté ; il y en a une d'intérêt qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en prévaloir; il y en a une autre d'orgueil qui nous donne envie d'être au-dessus de ceux qui ignorent les choses , et de n'être pas au-dessous de ceux qui les savent (1665-n° 18-2).

vantage de ceux qui ne nous connaissent pas tant.

Nous nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis, pour justifier par avance notre légèreté.

Notre repentir n'est pas tant un regret du mal que nous avons fait , qu'une crainte de celui qui nous en peut arriver.

Il y a une inconstance qui vient de la légèreté de l'esprit , ou de sa faiblesse , qui lui fait recevoir toutes les opinions d'autrui ; et il y en a une autre , qui est plus excusable , qui vient du dégoût des choses.

* CLXXXII

Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère , et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie.

*CLXXXIU.

Il faut demeurer d'accord , à l'honneur de la vertu , que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes.

Nous avouons nos défauts, pour réparer pat notre sincérité le tort qu'ils nous font dans Te*prit des autres *

*CLXXXV

Il y a des héros en mal comme en bien.

On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices; mais on méprise tous ceux qui n'ont aucune vertu '.

CLXXXVII

Le nom de la vertu sert à l'intérêt aussi utilement que les vices.

* Far. Nous avouons nos défauts , afin qu'en donnant bonne opinion de la justice de notre esprit, nous réparions le tort qu'ils nous ont fait dans l'esprit des autres ( 1665— n" 193 ). — Nous n'avouons jamais nos défauts que par vanité. (1665 -n° 200.)

^ rar. On peut haïr et mépriser les vices, sans haïr ni mé priser les vicieux; mais on a toujours du mépris pour ceai qui manquent de vertu (IC65— n° 196).

1)F^ l.\ ï\OCHFlOl]CAULD.

IG.'i

CLXXXVÏII

La santé de l'âme n'est pas plus assurée que j

celle du corps; et quoique l'on paraisse éloigné i

des passions , on n'est pas moins en danger de |

s'y laisser emporter, que de tomber malade ■ quand on se porte bien.

Il semble que la nature ait prescrit à chaque homme, dès sa naissance, des bornes pour les vertus et pour les vices.

Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.

* CXCL

On peut dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie, comme des hôtes chez qui il faut successivement loger; et je doute que l'expérience nous les fît éviter, s'il nous était permis de faire deux fois le même chemin.

GXCIL

Quand les vices nous quittent , nous nous flattons de la créance que c'est nous qui les quittons.

Il y a des rechutes dans les maladies de Tâme comme dans celles du corps. Ce que nous prenons pour notre guérison n'est le plus souvent qu'un relâche ou un changement de mal.

GXCIV.

Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps ; quelque soin qu'on prenne de les guérir , la cicatrice paraît toujours , et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.

Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice, est.que nous en avons plusieurs.

CXGVI.

Nous oublions aisément nos fautes, lorsqu'elles ne. sont sues que de aous '.

CXGVII.

Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais croire du mal sans l'avoir vu ; mais il n'y en

* rar. Quand il n'y a que nous qui savons nos crimes , ils «ont bientôt oubliés (i 665— n= '207;.

a imnt en qui il nous doive surprendre en le voyant.

GXGVIII.

Nous élevons la gloire des uns , pour abaisser celle des autres : et quelquefois on louerait moins monsieur le Prince et monsieur de Turenne , si on ne les voulait point blâmer tous deux '.

GXGIX.

Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir.

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