DE LÀ VILLE
nx sensencsdes Kguessaisses queceileducbaneiier et des ligues mêmes. C'est son visage que 'oD voit aux aimanachs représenter le peuple m Tassistance. Il y a une chasse publique» une Sàm-'Huberi , le voilà à cheval : on parle d*un nmp et d'une revue, il est à Houilles , ii est à khères ; il aime les troupes , la milice , la guerre ; il la voit de près, et jusqu'au fort de Bernardi. ûiiHLET sait les marches. Jacquier les vivres, Du Metz l'artillerie : celui-ci voit , il a vieilli sous k hamois en voyant , il est spectateur de pro* festion, il ne lait rien de ce qu'un homme doit ttre, il ne sait rien de ce qu'il doit savoir; mais îlavu , ditHl , tout ce qu'on peut voir , et il n'aura point regret de mourir : quelle perte alors pour iMte la ville. Qui dira après lui , Le cours est fmoé , on ne s'y promène point ; le bourbier de Viocaanes est desséché et relevé, on n'y versera plus? qui annoncera un concert, un beau abit , un prestige de la foire? qui vous avertira joe BeaumavieUe mourut hier, que Rochois est arbumée , et nechantera de huit jours? qui conditmcoflimelui unbourgeoisàsesarmesetàses rrées ? qui dira, Scafnn porte des fleurs-de-lis ; qui en sera plus édifié? qui prononcera avec os de vanité et d'em[diase le nom d'une sime bourgeoise? qui sera mieux fourni de vaude- Ues? qui prêtera aux femmes les Ajinalesga* nteset le Journal auMureux? qui saura comme ■ chanter àtable tout un dialogue de YOpéra, les fureurs de Roland dans une ruelle? enfin , uâiqu'il y a à la ville comme ailleurs de fort sots gens, des gens iades, oisifs, 'désoccupés, tn pourra aussi parfaitement leur convenir? Théramène étoit riche et avoit du mérite ; il a élite , il est donc très riche et d'un très grand lérite : voilà toutes les femmes en campagne our ravoir pour galant, et toutes les filles pour Hnuewr. U va de maisons en maisons faire esérer aux mères qu'il épousera : est-il assis, les se retirent pour laisser à leurs filles toute i liberté d'être aimables , et à Théramène de lire ses déclarations. Il tient ici contre le mor^ er ; là il eflace le cavalier ou le gentilhomme : n jeune homme fleuri, vif, enjoué, spirituel, 'est pas souhaité plus ardemment ni mieux »çu; on se l'arrache des mains, on a à peine ( loisir de sourire à qui se trouve avec lui dans ne même visite : combien de galants va-t-il
mettre en déroute I qucjs bons partis ne ferMril pas manquer! pourra-t-il suffire à tant d'héritières qui le recherchent? Ce n'est pas seulemeut la terreur des maris, c'est l'épouvanlail de tous ceux qui ont envie de l'être , et qui attendent d'un mariage à remplir le vide de leur consignation. On devroit proscrire de tels personnages si heureux, si pécunieux, d'une ville bien policée; ou condamner le sexe, sous peine de folie ou d'indignité , à ne les traiter pas mieux que s'ils n'avoient que du mérite.
Paris, pour l'ordinaire le singe de la cour, ne sait pas toujours la contrefaire ; il ne l'imite en aucune manière dans ces dehors agréables et caressants que quelques courtisans, et surtout les femmes , y ont naturellement pour un homme de mérite, et qui n'a même que du mérite : elles ne s'informent ni de ses contrats , ni de ses ancêtres ; elles le trouvent à la cour, cela leur suffit; elles le souffrent, elles l'estiment ; elles ne demandent pas s'il est venu en chaise ou à pied, s'il a une charge, une terre, ou un équipage : comme elles regorgent de train, de splendeur, et de dignité, elles se délassent volontiers avec la philosophie ou la vertu. Une femme de ville entend-elle le bruissement d'un carrosse qui s'arrête à sa porte , elle pétille de goût et de complaisance pour quiconque est dedans, sans le connoltre : mais si elle a vu de sa fenêtre un bel attelage, beaucoup de livrées, et que plusieurs rangs de clous parfaitement dorés l'aient éblouie, quelle impatience n'a-t-elle pas de voir déjà dans s£| chambre le cavalier ou le magistrat ! quelle charmante réception ne lui &ra-i-elle point! ôtera-t-elle les yeux de dessus lui? Il ne perd rien auprès d'elle; on lui tient compte des doubles soupentes, et des ressorts qui le font rouler plus mollement ; elle l'en estime davantage, elle l'en aime mieux.
Cette fatuité de quelques femmes de la ville , qui cause en elles une mauvaise imitation de celles de la cour, est quelque chose de pire que la grossièreté des femmes du peuple , et que la rusticité des villageoise^ : elle a sur toutes deux l'affectation de plus.
La subtile invention , de faire de magnifiques présents de noces qui ne coûtent rien , et qui doivent être rendus en espèces !
L'utile et la louable pratiqtc , de perdre on
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
frais de Doces le tiers de la dot qu'une femme apporte! de commenoeitpar s'appauvrir de concert par Tamas et l'entassement de choses superflues , et de prendre déjà sur son fonds de quoi payer Gaultier, les meubles , et la toilette! Le bel et le judicieux usage , que celui qui, préferant une sorte d'eiïronterie aux bienséances et à la pudeur, expose une femme d'une seule nuit sur un lit comme sur un tbéâtre,pour y iaire pendant quelques jours un ridicule personnage, et la livre en cet état à la curiosité des gens de l'un et de l'autre sexe, qui, connus ou inconnus, accourent de toute une ville à ce spectacle pendant qu*il dure ! Que manque-t-il à une telle coutume, pour être entièrement bizarre et incompréhensible , que d'étreluedansquelque relation de la Mingrélie?
Pénible coutume, asservissement incommode! se chercher incessamment les unes les autresavec l'impatience de ne se point rencontrer, ne se rencontrer que pour se dire des riens , que pour s'apprendre réciproquement des choses dont on est également instruite , et dont il importe peu que l'on soit instruite ; n'entrer dans une chambre précisément que pour en sortir ; ne sortir de chez soi laprès-dînée que pour y rentrer le soir, fort satisfaite d'avoir vu en cinq petites heures trois suisses , une femme que l'on connoît à peine , et une autre que l'on n'aime guère ! Qui considèreroit bien le prix du temps, et combien sa perte est irréparable, pleureroit amèrement sur de si grandes misères.
On s'élève à la ville dans une indifférence grossière des choses rurales et champêtres ; on distingue à peine la plante qui porte le chanvre d'avec celle qui produit le lin , et le blé froment d'avec les seigles , et l'un ou l'autre d'avec le méteil : on se contente de se nourrir et de s'habiller. Ne parlez pas à un grand nombre de bourgeois, ni de guérets, ni de baliveaux, ni de provins , ni de regains , si vous voulez être entendu ; ces termes pour eux ne sont pas françois : parlez aux uns d'aunage , de tarif, ou de sou pour livre , et aux autres , de voie d'appel , de requête civile, d'appointement, d'évocation. Ilsconnoissent le monde , et encore par ce qu'il a de moins beau et de moins spécieux ; ils ignorent la nature , ses commencements , ses progrès , ses dons et ses largesses : leur ignorance souvent est vo-
lontaire, et fondée sur l'estinse qu'ils 6nt potrr leur profession et pour leurs talents. II n'y a â vil pratiden qui , au fond de ^n étude sombre et enfumée, et l'esprit occupé d'une plus noire chicane , ne se préfère au laboureur qui jouit du ciel , qui cultive la terre, qui sème à propos, el qui fait de riches moissons; et ^ s'il entend quelquefois parler des premiers hommes ou des pa-» triarches, de leur vie champêtre, et de leur économie, il s'étonne qu'on ait pu vivre en de tels temps, où il n'y avoit encore ni offices, ni commissions, ni présidents, ni procureurs; il ne comprend pas qu'on ait jamais pu se passer du greffe , du parquet , et de la buvette.
Les empereurs n'ont jamais triomphé à Rome si mollement , si commodément, ni si sûremeot même, contre le vent, la pluie, h poudre, et le soleil , que le bourgeois sait à Paris se fûre mener par toute la ville : quelle distance de cet usage à la mule de leurs ancêtres ! Ils ne savoient point encore se priver du nécessaire pour avoir le superflu, ni préferer le faste aux choses utiles : on ne les voyoit point s'éclairer avec des bougies et se chauffer à un petit feu ; la due étoit pour l'autel et pour le Louvre. Ils ne sortoient point d'un mauvais diner pour monterdans leur carrosse; ils se persuadoient que rhoauii& avoit des jambes pour marcher, et ils mardioieuL Ils se conservoient propres quand il faisoit sec, et dans un temps humide ils gâtoient leur chaus* sure , aussi peu emban-assés de frandiir les rue» et les carrefours, que le cliasseur de traverser un guéret ou le soldat de se mouiller dans une tranchée : on n'avoitpas encore imaginé d'atteler deux hommes à une litière ; il y avoit même plusieurs magistrats qui alloient à pied à la cbann bre, ou aux enquêtes , d'aussi bonnegracequ'Au- ' guste autrefois alloit de son pied au Capitole. ^ L'étain dans ce temps brilloit sur les tables et sur les buffets, comme le fer et le cuivre dans ' les foyers ; l'argent et l'orétoient danslescoflm. -" Les femmes se faisoient servir par des femmes; * on mettoit celles-ci jusqu'à la cuisine. Les beaux * noms de gouverneurs et de gouvernantes n'é* "* toient pas inconnus à nos pères ; ils savoient à qui l'on confioitlesenfantsdesroisetdesplusgraods
princes; mais ils partageoient le service de leurs domestiques avec leurs enfants , contents de veil' 1er eiix-rnêmes immédiatement à leur éducatioD*
DE LA COUR
s oomptoieiit en toutes choses aveceuxHOiéines : ior dépense ëtoit proportionnée à leur recette ; »rs livrées, leurs équipages , leurs meuUes, sur table , leurs maisons de la ville et de la camlagne , tout étoit mesuré sur leurs rentes et sur eor condition. Il y avoit entre eux des distincions extérieures qui empéchoient qu'on ne prit a femme du praticien pour celle du magistrat, i, le roturier ou le simple valet pour le gentil* lomme. Moins appliqués à dissiper ou à grossir eur patrimoine qu*à le maintenir, ilslelaissoient ïntier à leurs héritiers , et passoient ainsi d'une rie modérée à une mort tranquille. Ils ne disoient fomi : Le siècle eH dur, la misère est grande, ^'argent est rare ; ils en avoient moins que nous, st en avoient assez , plus riches parleur économie et par leur modestie que de leurs revenus et de leurs domaines. Enfin l'on étoit alors pénétré de cette maxime , que ce qui est dans les grands splendeur, somptuosité, magnificence, est dissipation , folie , ineptie , dans le particulier.