CHAPITRE XII
Dêi Jugementi,
Rien ne ressemble mieux à la vive persuasion que le mauvais entêtement : de là les partis, les cabales, les hérésies.
L'on ne pense pas toujours constamment d'un même sujet. L'entêtement et le dégoût se suivent de près.
Les grandes choses étonnent, et les petites rebutent : nous nous apprivoisons avec les unes et les autres par l'habitude.
Deux choses toutes contraires nous préviennent ég^^nient, l'habitude et la nouveauté.
Il n*y d rien de plus bas, et qui convienne
mieux au peuple, que de parler en des termes magnifiques de ceux m^nes dont l'on pensoit ti'ès modestement avant leur élévation.
La faveur des princes n'exclut pas le mérite, et ne le suppose pas aussi.
il est étonnant qu'avec tout l'orgueil dont nous sommes gonflés, et la haute opinion que nous avons de nous-mêmes et de ta bonté de notre jugement, nous négligions de nous en servir pour prononcer sur le mérite des autres. La vogue, la faveur populaire, celle tlu prince, nous entraînent comme un torrent. Mous louons ce qui est loué, bien plus que ce qui est louable.
Je ne sais s'il y a rien au monde qui coûte davantage à approuver et à louer que ce qui est plus cligne d'approbation et de louange, etsib vertu , le mérite, la beauté, les bonnes actioK, les beaux ouvrages, ont un effet plus naturel et plus sûr que l'envie, la jalousie et l'antipathie. Ce n'est pas d'un saint dont un dévot ■ sait dire du bien, mais d'un autre dévot. Si une belle femme approuve la beauté d'une aoue femme, on peut conclure qu'elle a mieux que ce qu elle approuve. Si un poète loue les ve» d'un autre poëte, il y a à parier qu'ils sont mauvais et sans conséquence.
Les hommes ne se goûtent qu'à peine les uns les autres, n'ont qu'une fbible pente à s'approuver réciproquement : action, conduite, pensée, expression, rien ne plait, rien ne contente. Ils substituent à la place de ce qu'on leur récite, de ce qu'on leur dit, ou de ce qu'on leur lit, ce qu'ils aui*oient fait eux-mêmes en pareille conjoncture, ce qu'ils penseroient ou ce qu'ils écriroient sur un tel sujet; et ils sont si pleins de leurs idées, qu'il n'y a plus de place pour celles d'autrui.
Le commun des hommes est si endin au dérèglement et à la bagatelle, et le monde est si plein d'exemples ou pernicieux ou ridicules, que je croirois assez que l'esprit de singularité, s'il pouvoit avoir ses bornes et ne pas aller trop loin, approcheroit fort de la droite raison et d'une conduite régulière.
Il faut faire comme les autres : maxime suspecte, qui signifie presque toujours, il faut mal faire, dès qu'on l'étend au-delà de œs
' Faux dévot. ( La Bt'uyèi^, )
DES JUGEMENTS
koses purement extérieures qui n*ont point de liitey qui dépendent de Tusage, de la mode u des bienséano^l.
Si les hommes sont hommes plutôt qu*o«rs Il panthères, s*ils sont équitables, s'ils se font i^ce à eux-mêmes, et qu1ls la rendent aux litres, que deviennent les lois, leur texte, et I prodigieux accablement de leurs commenlires? que devient le pétitoire et le possesêoircy l tout ce qu'on appelle jurisprudence? où se éduisent même ceux qui doivent tout leur reef et toute leur enflure à l'autorité où ils sont laUis de faire valoir c^s mêmes lois? Si ces lêmes hommes ont de la droiture et de la sinérité, s'ils sont guéris de la prévention, on Dnt évanouies les disputes de l'école, la scolasque et les controverses? S'ils sont tempé- SU11&, chastes et modérés, que leur sert le lystérienx jargon de la médecine, et qui est ne mine d'or pour ceux qui s'avisent de le orier? listes, docteurs, médecins, quelle bute pour vous, si nous pouvions tous nous onner le mot de devenir sages!
De combien de grands hommes dans les diférents exercices de la paix et de la guerre auoit-ondâ se passer! A quel point deperfecion et de raffinement n'a-t-on pas porté de ertains arts et de certaines sciences qui ne évoient point être nécessaires, et qui sont lans le monde comme des remèdes à tous les laux dont notre malice est l'unique source! Que de choses depuis Varron, que Varron ignorées! Ne nous suffiroit-il pas même de être savants que comme Platon ou comme
OCRATE?
Tel, à un sermon, à une musique, ou dans ne galerie de peintures, a entendu à sa droite
à sa gauche, sur une chose précisément la éme, des sentiments précisément opposés.
îia me feroit dire volontiers que l'on peut isarder, dans tout genre d'ouvrages, d'y met- ? le bon et le mauvais : le bon plaît aux uns, le mauvais aux autres; l'on ne risque guère ivantage d'y mettre le pire, il a ses partisans. Le phénix de la poésie chantante renaît de s cendres; il a vu mourir et revivre sa répution en un même jour. Ce juge même si inlîUible et si ferme dans ses jugements, te pulie, a varié sur son sujet; ou il se trompe, ou
il s*est trompé : celui qui prononceroit aujourd'hui que Quinault, en un ceiiain genre, est mauvais poète, parleroit presque aussi mal que s'il eût dit il y a quelque temps : Il est bon poète.
C. P. » étoit riche, et C. N. • ne l'étoit pas : la Pucelle et Rodogune méritoient chacune une autre aventure. Ainsi l'on a toujours demandé pourquoi, dans teHe ou telle profession, celuici avoit fait sa fortune , et cet autre l'avoit manquée ; et en cela les hommes cherchent la raison de leurs propres caprices, qui, dans les conjonctures pressantes de leurs affaires, de leurs plaisirs, de leur santé et de leur vie, leur font souvent laisser les meilleures et prendre les pires.
La condition des comédiens étoit infâme chez tes Romains, et honorable chez les Grecs: qu'est-elle chez nous? On pense d'eux comme les Romains, on vit avec eux comme les Grecs.
Il suffisoit à Bathylle d'être pantomime pour être couru des dames romaines : à Rhoé, de danser au théâtre; à Roicie et à Nér'me, de représenter dans les chœurs , pour s'attirer une foule d'amants. La vanité et l'audace, suites d'une trop grande puissance, avoient ôté aux Romains le goût du secret et du mystère; ils se plaisoient à foire du théâtre public celui de leurs amours : ils n'étoient point jaloux de l'amphithéâtre, et partageoient avec la multitude les charmes de leurs maltresses. Leur goût n'alloitqu'à laisser voir qu'ils aimoient, non pas une belle personne, ou une excellente comédienne, mais une comédienne.
Rien ne découvre mieux dans quelle disposition sont les hommes à Fégard des sciences et des belles-lettres, et de quelle utilité ils les croient dans la république, que le prix qu'ils y ont mis, et l'idée qu'ils se forment de ceux qui ont pris le parti de les cultiver. D n'y a point d'art si mécanique, ni de si vile condition, ou les avantages ne soient plus sûrs, plus prompts, et plus solides. Le comédien couché dans son carrosse jette de la boue au visage de Corneille qui est à pied. Chez plusieurs , savant et pédant sont synonymes.
Souvent où le riche parle et parle de doctrine, c*est aux doctes à se taire, à écouter, à
chapelain.
•ConieiUe.
LES CARACTERES
applaudir, s'ils veulent du moins ne passer que pour doctes.
II y a une sorte de hardiesse à soutenir devant certains esprits la honte de Térudition : Ton trouve chez eux une prévention tout établie contre les savants, à qui ils ôtent les manières du monde, le savoir-vivre, Tesprit de société, et qu*ils renvoient ainsi dépouillés à leur cabinet et à leurs livres. Gomme Tignorance est un état paisible, et qui ne coûte aucune peine, Ton s'y range en foule, et elle forme à la cour et à la ville un nombreux parti qui remporte sur celui des savants. S*ils allèguent en leur faveur les noms d'EsTRÉES , de Harlay, Bossuet, Séguier, MoNTAUSiER, Var-
DES, ChEVREUSE, NoVION, LAHOIGNOy, SCU-
i>ÉRY S Pellisson, et de tant d'autres personnages également doctes et polis; s'ils osent môme citer les grands noms de Chartres, de
CONDÉ, DE CONTI, DE BoURBON, DU MaiNE, DE
Vendôme, comme de princes qui ont su joindre aux plus belles et aux {dus hautes eonnoissances et l'atticisme des Grecs et l'urbanité des Romains, l'on ne feint point de leur dire que ce sont des exemples singuliers; et, s'ils ont recours à de solides raisons, elles sont foibles contre la voix de la multitude. H semble néanmoins que l'on devroit décider sur cela avec plus de précaution, et se donner seulement la peine de douter si ce même esprit qui fait faire de si grands progrès dans les sciences, qui fait bien penser, bien juger, bien parler, et bien écrire, ne pourroil point encore servir à être poli.
Il faut très peu de fonds pour la politesse dans les manières : il en fout beaucoup pour celle de Tesprit.
Il est savant , dit un politique, il est donc incapable d affaires, je ne lui confierois pas letat de ma garde-robe ; et il a raison. Ossat, Xihe- HÈs, RiCHEUED, étoient savants : étoient-ils habiles? ont-ils passé pour de bons ministres? U sait le grec , continue l'homme d'étal , c'est un grimaud, c'est un philosophe. Et en effet, une fruitière à Athènes, selon les apparences, parloit grec, et pai* cette raison étoit philosophe. Les BiGNoif , les Lamoignon, étoient de purs grimauds ; qui en peut douter? ils savoient
* MademoiieUe Scudéry. ( Lh Bmyére. )
DE LA BRUYÈRE
le grec. Quelle vision , quel délire au grand » an sage , au judicieux Antonin , de dire qualon les peuples seroient heureux jtk l'empereur plnk^ sophoil, ou si le philosophe, ou legrimaudy venoit à C empire!
Les langues sont la clef ou l'entrée des sdeiices, et rien davantage : le mépris des unes tombe sur les autres. U ne s'agit |K>int si les langues sont anciennes ou nouvelles, mortes ou vivantes; mais si elles sont grossières ou polies, si les livres qu'elles ont formés sont d'un bon ou d'un mauvais goût. Supposons que notre langue pût un jour avoir le sort de la grecque et de la latine; seroit-on pédant, quelques siècles après qu'on ne la parleroit plus, pour lire MouÈu ou La Fontaine?
Je nomme Euriptle^ et vous dites : C'est on bel esprit ; vous dites aussi de celui qui travaSIe une poutre : U est charpentier; et de celui qui refait un mur : Il est maçon. Je vous demande quel est l'atelier où travaille cet homme de métier, ce bel esprit? quelle est son «iseigae? à quel habit le reoonn(^t-on ? quels sont ses outib? est-ce le coin? sont-ce le marteau ou l'endume? où fend-il , où cogne-t-il son ouvrage? où l'expose-t-il en vente? un ouvrier se pique d'être ouvrier ; Euripile ae pique-t-il d'être bd esprit? S'il est tel , vous me peignez un fot qui met l'esr prit en roture , une ame vile et mécanique à qui ni ce qui est beau ni ce qui est esprit ne ssnroient s'appliquer sérieusement; et s'il est vrai qu'il ne se pique de rien , je vous entends, c'est un homme sage et qui a de l'esprit. Ke ditesvous pas encore du savantasse : 11 est bel esprit, et ainsi du mauvais poète? Hais vousrmême vous croyez-vous sans aucun esprit? et, si vous en avez , c'est sans doute de celui qui est beau et convenable; vous voilà donc un bel esprit : on s'il s'en faut peu que vous ne preniez ce nom pour une injure, continuez, j'y consens, de le donner à Euripile, et d'employer cette ironie, comme les sots, sans le moindre diseemement ou comme les ignorants qu'elle console d'une certaine culture qui leur manque , et qu'ib ne voient que dans les autres.
Qu'on ne me parle jamais d'encre , de papier, de plume, de style, d'imprimeur, d'imprimerie; qu'on ne se hasarde plus de me dire : Vous écrivez si bien , Antïsihene l continuez d'écrire .
DES JUGEMENTS
ne verroii»*noii8 point de votts un tnrfoUo f traitez de toutes les vertus et de tous les vices dans lin ouvrage suivi , méthodique , qui n'ait point de fin ; ils devraient ajouter : Et nui cours. Je renonce à tout ce qui a été , qui est , et qui sera livre* Bèritte tombe en syncope à la vue d'un chat, et moi à la vue d'un livre. Suis-je mieux nourri et plus lourdement vêtu , suis-je dans ma chambre à l'abri du nord , ai-je un lit de plume , après vingt ans ^tiers qu'on me débite dans la place? J'ai un grand nom ^ dites-vous , et beaucoup de gloire; dites que j'ai beaucoup de vent qui ne sert à rien : ai-je un grain de ce métal qui procure toutes choses ? Le vil praticien grossit soD mémoire, se £ût rembourser de frais qu'il n'avance pas, et il a pour gendre un comte ou un magistrat. Un homme rouge ou feuille^ THorte* devient commis, et bientôt plus riche que son maître; il le laisse dans la roture, et arec de l'argent il devient noble. B**' s'enrichit a montrer dans on cercle des marionnettes; BB**^, à vendre en bouteillis l'eau de la rivière. Un autre charlatan 4 arrive ici de delà les monts avec une malle; il n'est pas déchargé que les pensions courent ; et il est prêt de retourner d*€Ù il arrive, avec des mulets et des fourgons. Mercure est Mercure, et rien davant^e, et l'or ne peot payer ses médiations et ses intrigues : on y ajoute la faveur et les distinctions. Et , sans parler que des gains licites , on paie au tuilier sa toile, et à l'ouvrier son temps et son ouvrage : paie4-on à on auteur ce qu'il pense et ce qu'il écrit? et » s'il pense très bien , te paie-t-on très largement ? se meubie-t-il , s'anoblit-il à force de penser et d'écrire juste ? Il faut que les hommes soient babiHés , qu'ils soient rasés ; il faut que , retirés dans leurs maisons , ils aient une porte qui ferme bien : est-il nécessaire qu'ils soient instruits? Folie, simplicité, imbécillité, continue Antisthène, de mettre l'enseigne d'auteur oo de philosophe ! avdir, s'il se peut , un office kicraAf, qui rende la vie aimable, qui fesse prêter à ses amis , et donner à ceux qui ne peu-
> Un lacpiais, à cause des habits de livrée qui étoienl souvent de coulenr rouge on feuille-morte.
• nenolt, qui a amassé du bien en montrant des figures de cire.
* Batterean. qui a bit fortune en vendant de l'eau de la rivière de Seiœ pour^/des eaux minérales.
4 Caretti , qui s'est enrichi par quelques sccrols qu'il vcndoil fortcbcr.
vent rendre : écrire alors par jeu , par oisiveté , et comme Tityre siffle ou joue de la flAte; cela, ou rien : j'écris à ces conditions , et je cède ainsi à la violence de ceux qui me prennent à la gorge, et me disent : Vous écrirez. Ils liront pour titre de mon nouveau livre : du beau, du bon ,
DU VRAI , DES IDÉES, DU PREHIËK PRINCIPE ; par
Amkthène, vendeur de marée.
Si les ambassadeurs' des princes étrangers étoient des singes tnstruils à marcher sur leurs pieds de derrière , et à se faire entendre par interprèle , nous ne pourrions pas marquer un plus grand étonnement que celui que nous donnent la justesse de leurs réponses , et le bon sens qui parott quelquefois dans leurs discours. La prévention du pays, jointe à l'orgueil de la nation , nous fait oublier que la raison est de tous les climats , et que l'on pense juste partout où il y a des hommes. Nous n'aimerions pas à être ti*aités ainsi de ceux que nous appelons barbares; et, s'il y a en nous quelque barbarie, eDe consiste à être épouvantés de voir d'autres peuples raisonner comme nous.
Tous les étrangers ne sont pas barbares, et tous nos compatriotes ne sont pas civilisés : de même , toute campagne n'est pas agreste *, et toute ville n'est pas polie. Il y a dans FEurope un endroit d'one province maritime d'un gitind royaume, oii le villageois est dout et insinuant , le bourgeois au contraire et le magistrat gros^ siers , et dont la rusticité est héréditaire.
Avec un langage si pur , une si grande recherche dans nos habits, des mœurs si cultivées, de si belles lois et un visage blanc, nous sommes barbares pour quelques peuples.
Si nous entendions dire des Orientaux qu'ils boivent ordinairement d'une liqueur qui leur monte à la tète, leur fait perdre la raison et les fait vomir, nous dirions : Cela est bien barbare.
Ce prélat se montre peu à la cour, il n'est de nul commerce, on ne le voit point avec des femmes, il ne joue ni à grande ni à petite prime, il n'assiste ni aux fêtes ni aux spectacles, il n'est point homme de cabale, et il n'a pomt l'esprit d'intrigue ; toujours dans son évéché , où il fait une résidence continuelle, il ne songe qu'à
• Ceux de Siam . qiH Tinrent à Paris dans ce temiM-là.
» Ce terme s'entend ici niétapliori<iiienient. ( Ltt Bntyérf,)
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
instruire son peuple par b parole t et à l'édifier par son exemple; il consunoe son bien en des aumônes» et son corps par la pénitence; il n*a que l'esprit de régularité, et il est imitateur du zèle et de la piété des apôtres. Les temps sont changés, el il est menacé sous ce règne d'un titre plus éminent.
Ne pourroit-on point faire comprendre aux personnes d'un certain caractère et d'une profession sérieuse» pour ne rien dire de {dus, qu'ils ne sont point obligés à faire dire d'eux qu'ils jouent» qu'ils chantent, et qu'ils badinent comme les autres hommes; et qu'à les voir si plaisants et si agréables, on ne croiroit point qu'ils fussent d'ailleurs si réguliers et si sévères? Oseroit-on même leur insinuer qu'ils s'éloignent par de telles manières de la politesse dont ils se piquent, qu'elle assortit au contrairo et conforme les dehors aux conditions, qu'elle évite le contraste, et démontrer le- même homme sous des figures différentes, et qui font de lui un composé bizarre, ou un grotesque?
Il ne faut pas juger des hommes comme d'un tableau ou d'une figure, sur une seule et première vue : il y a un intérieur et un cœur qu'il faut approfondir : le voile de la modestie couvre le mérite, et le masque de l'hypocrisie cache la malignité. 11 n'y a qu'un très petit nombre de connoisseurs qui discerne, et qui soit en droit de prononcer. Ce n'est que peu à peu , et forcés même par le temps et les occasions, que la vertu parfaite et le vice consommé viennent enfin à se déclarer.
FRAGJŒNT.
< n disoit* que l'esprit dans cette belle
« personne éloit un diamant bien mis en œuvre. « Et , continuant de parler d'elle : C'est , ajoutoit- « il, comme une nuance de raison et d'agré-
* Ce portrait est celai de CaUierine Targot. femme de Gilles d'Aligre , scigncar de Boislandrie. conseiller an parlement, etc. Catherine Turgot épousa en secondes noces Batte de Chevilly. capitaine au régiment des Gardes^Prançoiscs, et fut aimée de Chaulieo qui lui a adressé plusieurs pièces de vers sous le nom d'Iris, de Cathin , etc. C'est Gliaulien lui-même qqi nous ai^prend que La Bruyère fit son portrait sous le nom d'Artcnicc : • G etoit, « dit-il , ta plus jolie femme que J'aie connue . qui joignoit à une « figure très aimable la douceur de l'humeur, et tout le brillant « de l'esprit ; personne n'a jamais mieu\ écrit qu'elle , et peu « aussi bien. » ( f oyec l'édition de Ghanlieii . La Haye, 4774 . « lome 1, liage»!.} {Aote cotn^muniquéepar M, Jimê-Mar^,)
ment qui occupe les yeux et leoœurdeceia qui lui parlent; on ne sait si on l'aiaie ou à on l'admire : il y a en elle de quoi iaire me parfaite amie, il y a aussi de quoi vous mener plus loin que l'amitié : trop jeune et trop fleurie pour ne pas plaire, mais trop modeste pour songer à plaire , elle ne tient compte aux hommes que de leur mérite, et ne otMt avoir que des amis. Pleine de vivacité et capable de sentiments, elle surprend et elle inléresse; et, sans rien ignorer de ce qui peut enuier déplus délicat et déplus fin dans iescon^ra^ salions, elle a encore ces saillies hetireuses qui, entre autres plaisirs qu'elles font, dispeaieot toujours de la réplique : elle vous parle comne celle qui n'est pas savante, qui doute et qui chercheàa'édaircir; et elle vous écoute oomiue celle qui sait beaucoup, qui connoit le prix de ce que vous lui dites, et auprès de qui vous ne perdez rien de ce qui vous échappe. Loin de s'appliquer à vous contredire avec esprit , et d'imiter glmre , qui aime mieux passer pour une femme vive que marquer duboo sens et de la justesse,' elle s. approprie vo& sentiments, die les croit siens, die les étend, elle les embellit; vous êtes content de voua d'avoir pensé si bien, et d'avoir mieux dit encore que vous n'aviez cru. Elle est toujomx au-dessus de la vanité, soit qu'elle parle, soit qu'elle écrive; elle oublie les traits ou il 6ut des raisons; elle a déjà compris que lasimplidté est éloquente. S'il s'agit de servir quelqu'un et de vousjeter dans les mêmes imëréts^ laissant à Elvire les joHs discours et les bdksr lettres qu'elle met à tous usages, Arîemcc n'emploie auprès de vous que la sincérité» l'ardeur, l'empressement et kt persiiasion. Ce qui domine en elle, c'est le pJaisir de la lecture, avec le goût des personnes de nom et de réputation, moins pour en être connue que pour les connottre. On peut la louer d> vance de toute la sagesse qu'elle aura un jour, et de tout le mérite qu'dle se prépare par k& années, puisqu'avec une bonne conduite, elle a de meilleures intentions, des prindpes surs, utiles à celles qui sont conune elle exposées aux soins et à la flatterie; et qu éumt assez particulière, sans pourtant être forouclie, ayant iiicinc un peu de penchant pour la ^
DES JUGEMENTS
y fi ne lui 8wr<Mt peut-être manquer s éocMHHis» ou 08 qu*on appelle un grand *e, pour y faire briller toutes ses ver>
)ellefenimeestaimabledans son naturel; perd rien à être nëglîgëe, et sans autre que oellequ'eUe tire de sa beauté et de ssse : une grâce naïve ëdate sur son viaime ses moindres actions; il y auroit le péril à la voir avec tout l'attirail de ment et de la mode. De même un homme est respectable par lui-même , et indéimentde tous les dehors dont il voudroit pour rendre sa persomie plus grave et u plus spécieuse. Un air réformé > une ie outrée, la singularité de Thabit» une alotte» n'ajoutent rien à la probité, ne t pas le mérite ; ils le fordent et font peut- *il est moins pur et moins ingénu, gravité trop étudiée devient comique; ^mne des extrémités qui se touchent , le inilieu est dignité : cela ne s*appelle e grave, mais en jouer le personnage : li songe à le devenir ne le sera jamais, [ravité n'est point, ou elle est naturelle; i moins difficile d'^ descendre que d'y •
bomme de talent et de réputation , s'il grin et austère, il eflKirouche les jeunes es lait penser mal de la vertu , et la leur uspecte d'une trop grande réforme et iratique trop ennuyeuse : s'il est au con* l'un bon commerce, il leur est une leçon i leur apprend qu'on peut vivre gaiement rieusement, avoir des vues sérieuses sans er aux plaisirs honnêtes; il leur devient mfde qu'on peut suivre, hysionomie n'est pas une rè^le qui nous inée pour juger des hommes : elle nous rvir de conjecture.
spirituel est dans les hommes ce que la ité des traits est dans les femmes : c'est e de beauté où les plus vains puissent •
omme qui a beaucoup de mérite et d'csqui est connu pour tel, n'est pas laid , ivec des traits qui sont difformes ; ou, s'il laideur, elle ne foit pas son iuipression.
0)mbien d'art pour rentrer ^BS la nature! combien de temps, de règles , d'attention et de travail pour danser avec Ja même liberté et la même grâce que l'on sait jnarcher; pour chanter comme on parle; parler et s'exprimer comme l'on pense ; jeter autant de foroe^^e vivacité , de passion «t de persuasion dans un discours étudié et que l'on prononce dans le public, qu on en a quelquefois naturellementiet sans prépa» ration dans les entretiens les plus familiers !
Ceux qui , sans nous connoitre asse^ , pensent mal de nous , ne nous fopt pas de totl : ce n'est pas nous qu'ils attaquent, c'est le fantôme de leur imagination.
Il y a de petites règles , des devoirs , des bienséances, attachés aux lieux, aux temps, aux personnes, qui ne se devinent point à Force d'esprit, et que l'Usage apprend sans nulle peine : juger des hommes par les fautes qui leur échappent en ce genre, avant qu'ils soient asâee instruits, c'est en juger par leurs ongles ou par la pointe de leurs cheveux; c'est vouloir un jour être détrompé.
Je ne sais s'il est permis de juger des hommes par une faute qui est unique ; et si un besoin extrême, ou une violente passion, ou un premier mouvement , tirent à conséquence.
Le contfaire des bruitjqui courent des a^ foires ou des persçiines est souvenf la vérité.
Sans une grande roideur et une Qontinuelle «tte^tion à toutes ses paroles, on est exposé ù dire en moins d'une heure le oui ou le non sur une même chose ou sur une même personne, déterminé seulement par un esprit de société et de commerce, qui entraîne naturellement à ne pas contredise celui-ci et celui-là , qui en parlent différemment.
Un homme partial est exposé à de petites mortifications ; car, copme il est également impossible que ceux qu'il favorise soient toujoui*8 heureux ou sages , et que ceux contre qui il se déclare soient toujours en faute ou malheureux , il naît de là qu'il lui arrive souvent de pei^re contenance dans le public, ou parle mauvais succès d^ ses amis, ou par une nouvelle gloire qu'acquièrent ceêx qu'il n'aime point.
Un homme sujet à se laisser prévenir, s'il ose remplir une dignité ou scculicic ou ecclésiastique , est un aveugle qui veut peindre ; un muet
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LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
qoi s'est dua^^d*niie barangue , un sourd qui ju^ dune symphonie : foibles images» el qui n'expriment qu'impaifsitement la misère de la prévention ! U faut ajouter qu'elle est un mal désespéré , incurable , qui infecte tous ceux qoi sapprochènt du malade, qui fait déserter les égaux , les inférieurs , les parenls , les amis , jusqu'aux médecins : ils sont bien éloignés de le guérir, s'ils ne»peuvent le faire convenir de sa maladie, ni des remèdes, qui seroient d'écouter, de douter, de s'informer et de s'édairdr. Les flatteurs, lesfourl^es, les calomniateurs, ceux qui ne délient leur langue que pour le mensonge et l'intérêt , sont les charlatans en qui il se confie , et qui lui font avaler tout ce qui leur plaît : ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et qui le tuent.
La règle de Desgartes, (fm ne veut pas qu'on décide sur les .moindres vérités avant qu'ettes sofent connues dairem^t et distinctenient , est assez belle et assez juste pour devoir ^'étendre au jugement que l'on fait des personnes.
Rien ne nous venge mieux des mauvais jugements que les hommes font de notre esprit, de nos moeors et de nos manières, que Tindigntëet le mauvais csffactère de ceux qu'ils approuvent.
Du même fonds ^jgmi on néglige 'qa homme de mérite Ton sait encore adpiirer un sot.
Un sot est celui qiô n'a pas môme ce qu'il faut d'esprit pour être fat. m
Un fat estceltti que les sûts croient un honmie démérite. *
L'impertinent est un fat outré. Leiat lasse, eo- Duie, dégoûte, rebute; l'impertinent rebute, aigrit, irrite, offense ; il commence où l'autre finit.
Le fat est entre l'impertinedt et le sot : il est eomposé de l'un et de l'autre.
Les vices partent d'un^ dépravation du cœur; les défaots , d*un vice de tempérament ; le ridicule , d'un défaut d'esprit.
L'bomme ridicnle est cdui qui, tant qn'il demeure tel , a les apparences du sot.
Le sot ne se tire jamais du ridicule , c'est son caractère : l'on y entre quelquefois avec de l'esprit, mais l'on en sort.
Une erreur de fait jette un homme sage dans le ridicule.
La sottise est dans le sot, la fatuité dans le
fiity et rimpertinenoe dans l'impei^ineat : il semble que le ridicule réside tantôt flans oeiii% qui en effet est ridicule , et tantôt dans l'imagination de ceux qui croient ^oir le ridicule où il n'est point et ne peut être.
La grossièreté , la rusticité , la brutalité , peuvent être les vices d'un homme d'esprit.
Le stupide est un sot qui ne parie point, ea cela plus supportable que le sot qui parie.
La même chose souvent est , dans ia bouche d'un homme d'esprit , une naïveté ou un bon mot ; et dans celle du sot , une sottise.
Si le fat pouvoit «raindre de mal parler, il sortiroit de son caractère.
L'une des marques delà médiocrité de l'esprit est de toujours conter.
Le sot est embarrassé de sa peraonne; le £tt a l'air libre et assuré; l'impertinent passe à l'effronterie ; le mérite a de la pudeur.
Le suffisant est celui en qui la pratique de certains détails , que l'on honore du nom d'affaires, se trouve jointaé une trèsgrandq^nédio* crité d'esprit. *
Un grain d'esprit et une once d'afiaires pins qu'il n'en entre dans la composition du suffisant, /ont l'important.
Pendant qu'on ne fjdt que rire de l'iu^KMrtaDt, il n'a pas un autre nom : dès qu'on s'en plaint, c'est l'arrogant.
1/honnéte homme tient le milieu entre l'habile et l'homme de bien, quoique dans unedis' tance inégale de ces deux extrêmes.
La distance qu'il y a de l'homiéte homme i l'habile homme s'affoiUit de jour à autre , et est sur le point de disparoitre.
L'habile homme est celui qui cache ses passions» qui enjend ses intérêts, qui y saôifie beaucoup de choses, qui a su acquérir du bien ou en conserver.
L'honnête homme est cdui qui ne vole pas sur les grands chemins , et qui ne tue personne, dont les vices enfin ne sont pas scandsileux.
On connoitassezqu' un hommede bien est honnête homme, mais M est {faisant d'imaginer que tout honnête homme n'est pas homme de biea.
L'homme de bien est celui qui n'est ni un samt , ni ua dévot ' , ^ qui &*6st borné à n'avoir que de la vertu.
• Wwêl dévot ( La Bmffére, >
DES JUGEMENTS
Talent, goût, esprft, bon sens, choses diflfëentes , non incompatibles.
Entre le bon sens et le bon goût il y a la dif* iérence de la cause à son effet.
Entre esprit et talent il y a la proportion du lout à sa partie.
Appellerai-je homme d*esprit celui qui , borné et renfermé dans quelque art , ou même dans ime certaine sciencequ'il exerce dans une grande perfection, ne montre hors de là ni jugement , ni mémoire, ni vi^dtéy ni mœurs, niconduite; qui ne m'entend pas, qui ne pense point, qui s énonce mal; un musicien, par exemple, qui, après m*avoir comme enchanté par ses accords, semble s'être remis avec son luth dans un même àui, ou n'être plus, sans cet instrument , qu'une machine démontée, à qui il manque quelque chose, et dont il n'est plus permis de rien attendre?
Que dirai-je encore de l'esprit du jeu? pourroit-on me le définir? ne fautril ni prévoyance, ni finesse, ni habileté, pour jouer ï'hombre ou leséchecs?et, s'il en fout, pourquoi voit -on des imbéciles qui y excellent , et de très beaux génies qui n'ont pu même atteindre la médiocrité, à qui une pièce ou une carte dans les mains trouble la vue , et fait perdre oontenance?
Il y a dans le monde quelque chose, s'il se peut, de plus incompréhensible. Un homme * parait grossier, lourd, stupide; il ne sait pas parier, ni raconter ce qu'il vient de voir: s'il se met à écrire, c'est le modèle des bons contes; 0 fait parler les animaux, les arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point : ce n'est que légèreté , qu'élégance, que beau naturel, et que dâicatesse dans ses ouvrages.
Un autre est simples timide, d'une ennuyeuse conversation ; il prend un mot pour un autre, et il ne juge de la bonté de sa pièce que par l'argent qui lui en revient ; il ne sait pas la réciter, ai lire son écriture. Laissez -le s'élever par la composition , il n'est pas au-dessous d' Auguste , de Pompée , de Nicomède , d'HÉRACLius ; il est roi, et un grand roi; il est politique, il est philosophe : il entreprend de faire parler des héros, de les foire agir; il peint les Romains; ik
La Fonlainc.
> Pifire GomeiUe.
sont plus grands et plus Romains dans ses vers que dans leur histoire.
Voulez-vous > quelque autre prodige? concevez im homme fodle, doux, compbisant, traitable, et tout d'un coup violent, colëre, fougueux, capricieux : imaginez-vous un homme simple, ingénu, crédule, badin, volage,- un enfont en cheveux gris; mais permettez-lui de se recueillir, ou plutôt de se livrer à un génie qui agit en lui , j'ose dire , sans qu'il y prenne part , et comme à son insu ; quelle verve ! quelle élévation! qudles images! quelle latinité! Parlezvous d'ime même personne? me dif ez-vous. Oui , du même, de Théodas, et de lui seul. Il crie, il s'agite, il se roule à terre, il se relève, il tonne, il édate; et du milieu.de cette tempête il sort une lumière qui brille et qui réjouit : disons-le sans figure, il parle comme un fou, et pense comme un homme sage; iltUt ridiculement des choses vraies, et follement des choses sensées et raisonnaUes : on est surpris de voir naître et édore le bon sens du sein de la bouffonnerie, parmi les grimaces et les contorsions» Qu*ajouterai-je davantage? il dit et il feit mieux qu'il ne sait : ce sont en lui comme deux âmes qui ne se connoissent point, qui ne dépendent point l'une de l'autre, qui ont chacune leur tour, ou leurs fonctions toutes séparées. Il manqueroit un trait à cette peinture si surprenWe, si j'oubliois de dire qu'il est tout à-la-fois avide et insatiable de louanges, près de se jeter aux yeux de ses critiques, et dans le fond assez docile pour profiter de leur censure. Je commence à me persuader moi-même que j'ai foit le portrait de deux personnages tout différents : il ne seroit pas même impossible d'en trouver nn troisième dans Théodas, car il est bon homme, il est plaisant homme , et il est excellent homme. Après l'esprit de discernement , ce qu'il y a au monde de plus rare ce sont les (damants et les perles.
Tel, connu dans le monde par de grands talents, honoré et chéri par-tout où il se trouve, est petit dans son domestique et aux yeux de ses proches, qu'il n'a pu réduire à l'estimer r tel autre, au contraire, prophète dans son pays,
* sutenil. reUgieai de Saint-Victor, anlenr des hymnes du Dourean Vrértalre, et on de nos meHIeiin poètes latins moder^ nea. n est mort en
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
jouit d'une vogue qu'il a parmi les siens, et qui ^t resserrée dans Tenceinle de sa maison ; sap- {Vlaudit d'un mérite rare et stng^ulier, qui lui est accordé par sa famille, dont il est l'idole, mais qu'il lai^e chez soi toutes les fois qu'il sort, et qu'il ne porte nulle part.
Tom le monde s'élève contre un homme qui .entre en réputation : a peine ceux qu* il croit ses amis lui pardonnent-ils un mérite naissant et une première vogue qui semblent l'associer à la gloire dont ils sont déjà en possession. L'on ne se rend qu'à l'extrémité, et après que le prince s'est déclaré «par les récompeases : tous alors se rapprochent de lui; et de ce jour-là seulement il prend son rang d'homme de mérite.
Nous affectons sqpvent de louer avec exagéi*ation d|;s hommes assez médiocres, et de les élever, s'il se pouvoit, jusqu'à la hauteur de ceux qui excellent, ou parceque nous sommes las d'admirer toujours les mêmes personnes, ou parceque leur gloireainsi partagéeoffense moins notre vue, et nous devient plus douce et plus supportable.
L'on voit des hommes que le vent de la faveur pousse d'abord à pleines voUes; ils perdent en un moment la terre de vue, et font leur route : tout leur rit , tout leur succède ; action , ouvrage, tout est comblé d'éloges et de récompenses; ils ne seinontrent que pour être embrassés et félicités. Il y a un rocher immobile qui s'élève sur (ine côte; les flots se brisent au pied; la puissance, les richesses, la violence, la flatterie, l'autorité, la faveur, tous les vents ne l'ébranlentjpas : c'est le public, où ces gens échouent.
H est ordinaire comme naturel de juger du travail d'autrui seulement par rapport à celui qui nous occupe. Ainsi le poète rempli de grandes et sublimes idées estime peu le discours de l'orateur, qui ne s'exerce souvent que sur de simples faits; et celui qui écrit l'histoire de son pays ne peut comprendre qu'un esprit raisonnable emploie sa vie à imaginer des fictions et à trouver une rimq : demémelebachdier, plongé dans les quatre premiers siècles, traite toute autre doctrine de science triste, vaine et inutile, pendant qu'il est peut-être méprisé du géomètre.
Tel a assez d'esprit jwur exceller dans une certaine matière et en faire des leçons, qui en
manque pour voir qu'il doit se taire sur qodque autre dont il n'a qu'une foible connoissance: il sort hardiment des limites de son génie; mais il s'égare, et fait que l'homme illustre parie comme un sot.
Hèrille, soit qu'il parle, qull barangaeou qu'il écrive, veut citer ; il fait dire an prince des philosophes que le vin enivre, et à l'orateur romain que l'eau le tempèi*e. S'il se jette dans h morale , ce n'est pas lui, c'est le divin Platon qui assure que la vertu est aimable, le vice odieux, ou que l'un et l'autre se tournent en habitude. Les choses les plus communes, les plus triviales, et qu'il est même capable de penser, il veut les devoir aux anciens, aux Latins, aux Grecs : ce n'est ni pour donner plus d'autorité à ce cpH dit, ni peut-être pour se faire bonnem* de ce qu'il sait : il veut citer.
C'est souvent hasarder un bon mot et vouloir le perdre que de le donner pour sien ; il n*est pas relevé, il tombe avec des gens d'esprit, ou qui se croient tels , qui ne l'ont pas dit , et qui dévoient le dire. C'est au contraire le fare valoir, que de le rapporter comme d'un antre. Ce n'est qu'un fait , et qu'on ne se cl*oit pas obligé de savoir : il est dit avec plus d'insinuation , et reçu avec moins de jalousie ; personne n'en souffre : on rit s'il faut rire , et s'il faut admirer on admire.
On a dit de Socrate qu'il étoit en délire, et que c'étoit un fou tout plein d'esprit ; mais ceux des Grecs qui parloient ainsi d'un homme si sage passoient pour fous. Ils disoient : Quels bizari'es portraits nous fait cephilosophe? quelles mœurs étranges et particulières ne décrit -il point! oii a-l-il rêvé, creusé, rassemblé des idées si extraordinaires? quelles couleurs! quel pinceau! ce sont des chimères. Ilssetrompoient ; c'étoient des monstres, c'étoient des vices, mais peints au naturel ; on croyoit les voir ; ils faisoient peur. Socrate s'éloîgnoit du cynique ; il épargnoit les personnes , et blàmoit les mœurs qui étoient mauvaises.
Celui qui est riche par son savoir-faire connoît un philosophe, ses préceptes , sa morale et sa conduite ; et , n'imaginant pas dans tous les hommes une autre fin de toutes leurs actions que celle qu'il s'est proposée lui-même toute sa vie , dit en son cœur : Je le plains , je le tieos
DES. JUGEMENTS
oué , ce rigide censeur ; il s'égare , el il est s de roule; ce n'est pas ainsi que I on prend eut , et que Ton arrive au délicieux port de ortunc; et, selon ses principes, il raisonne le.
e pardonne, dit Antisthius, à ceux que j'ai es dans mon ou¥rage, s'ils m'oublient : qu'aiait pour eux? ils étoient louables. Je le paruierois moins à tous ceux dont j'ai attaqué vices sans toucher à leurs personnes, s'ils dévoient un aussi grand bien que celui d'écorrigës : mais comme c'est un événement on ne voit point , il suit de là que ni les uns ies autres ne sont tenus de me foire du bien. 7onpeut, ajoute ce philosophe, envier ou user à mes écrits leur récompense; on ne sauten diminuer la réputation : et, si on le lait,
I m'empêchera de le mépriser?
II est bon d'être philosophe, il n'est guère le de passer pour tel. il n'est pas permis de iter quelqu'un de philosophe : ce sera louirs lui dire une injure , jusqu'à ce qu'il ait plu 1 hommes d'en ordonner autrement; et, en itituant à un si beau nom son idée propre et Dvenabie, de lui concilier toute l'estime qui icstdue.
n y a une philosophie qui nous élève au-dessdel'ambition et de^a fortune , qui nous égale, le dis-je ? qui nous place plus haut que les ries, que les grands et que les puissants; qui «is £ait négliger les postes et ceux qui les prorent ; qui nous exempte de désirer, de deander, de prier, de solliciter, d'importuner, et li nous sauve même I émotion et l'excessive te d'être exaucés. Il y a une autre philosophie tioous soumet et nous assujettit à toutes ces mes en faveur de nos proches ou de nos amis : îst la meilleure.
C'est abréger, et s'épargner mille discussions, le de penser de certaines gens qu'ils sont inpables de parler juste , et de condamner ce I ils disent, ce qu'ils ont dit, et ce qu'ils diront. Nous n'approuvons les autres que par les rapits que nous sentons qu'ils ont avec nousines ; et il semble qu'estimer quelqu'un c'est >aler à soi.
Les mêmes défouts qui dans les autres sont rds et insupportables sont chez nous comme is leur centre; ils ne pèsent plus; on ne les
sent pas. Tel parle d'un autre, et en fiiit un portrait afFreux , qui ne voit pas qu'il se peint lui-même.
Rien ne nous corrigeroit plu$ promptement de nos défauts que si nous étions capables de les avouer , et de les reconnoitf*c dans les autres : c'est dans cette juste distance que , nous paroissant tels qu'ils sont, ils se feroient iiair autant qu'ils le méritent.
La sage conduite roula sur deux pivots , le passé et l'avenir. Celui qui a la mémoire fidèle et une grande prévoyance est hors du péril de censurer dans les autres ce qu'il a peut-être fait lui-même, ou de condamner une action dans un pareil cas, et dans toutes les circonstances 011 elle lui sera un jour inévitable.
Le guerrier et le politique, non plus que le joueur habile, ne font pas le hasard; mais ils le préparent, l'attirent, et semblent prescjue le déterminer : non seulement ils savent ce que le sot et le poltron ignorent, je veux dire , se servir du hasard quand il arrive; ils savent même profiter par leurs précautions et leurs mesures d'un tel ou d'un tel hasard , ou de plusieurs tout à-la-fois : si ce point arrive , ils gagnent ; si c'est cet autre , ils gagnent encore : un même point souvent les fait gagner de plusieurs manières. Ces hommes sages peuvent être loués de leur bonne fortune comme de leur bonne conduite , et le hasard doit être récompensé en eux comme la vertu.
Je ne mets au-dessus d'un grand politique que celui qui néglige de le devenir, et qui se persuade de plus en plus que le monde ne mérite point qu'on s'en occupe.
Il y a dans les meiUeurs conseils de quoi déphiire : ils ne viennent d'ailleurs que de notre esprit; c'est assez pour êtt*e rejetés d'abord par présomption et par humeur, et suivis seulement par nécessité ou par réflexion.
Quel bonheur surprenant a accompagné ce favori pendant tout le cours de sa vie ! quelle autre fortune mieux soutenue , sans interruption, sans la moindre disgrâce! les premiers postes , l'oreille du prince , d'immenses trésors, une santé parfaite, et une mort douce. Hais quel étrange compte à rendre d'une vie passée dans la faveur, des conseils que l'on a donnés , de ceux qu'on a négligé de donner ou de suivre.
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
des biens que Ton n'a point fiûts, des man au oontraire que l'on a faits ou par soi-niéBie ou par les autres, en uo mot de toute sa pro^iërité !
L'on gagne à mourir d'être loué de ceux qui "nous survivent » souvent sans autre mérite que celui de n'être plii& : le même éloge sert alors pour Colon et pour Piton.
Le bruit court que Pison est mort ; c'est une grande perte , c'éloit un homme de bien , et qui méritoit une plus longue vie : il avoit de l'esprit et de l'agrément , de la fermeté et du courage ; il étoit sûr, généreux , fidèle : ajoutez, pourvu qu'il soit mort.
La manière dont on se récrie sur quelques uns qui se distinguent par la bonne foi , le dé»intéressement et la probité , n'est pas tant leur éloge que le décréditement du genre humain.
Tel soulage les misérables, qui néglige sa femille et laisse son fils dans l'indigence : on autre élève un nouvel édifice, qui n'a pas encore payé les plombs d'une maison qui est achevée depuis dix années : un troisième fait des présenta et des largesses, et ruine ses créanciers. Je demande, la pitié, la libéralité , la magnificence , sont-ce les vertus d'un homme injuste? ou plutôt si la bizarrerie et la vanité ne sont pas les causes de l'injustice.
Une circonstance essentielle à la justice que l'on doit aux autres , c'est de la faire prompte* ment et sans différer : la fiiire attendre c'est injustice.
Ceux-là font bien , on font ce qu'ils doivent , qui font ce qu'ils doivent. Celui qui , dans toute sa conduite, laisse long-temps dire de soi qu'il fera bien , fait très mal.
L'on dit d'un grand qui tient table deux fois le jour, et qui passe sa vie à fiiire digestion, qu'il meurt de faim , pour exprimer qu'il n'est pas riche, ou que ses afîaires sont fort mauvaises : c'est une figure ; on le diroit plus à la lettre de ses créanciers.
L'honnêteté , les égards et la politesse des personnes avancées en âge de l'un et de l'autre sexe , me donnent bonne opimon de ce qu'on appelle le vieux temps.
C'est un excès de confiance dans les parents d'espérer tout de la bonne éducation de lenrs enfiùu, et une grande erreur de n'en attendre lîen et de la négliger.
Quatad il seroit vrai , ce que plosieurs disent, que l'éducation ne donne point à l'homme im autre cœur ni une autre complexion , qu'elle ne change rien dans le fond , et ne touche qu'aux superficies, je ne laisserois pas de dire qu'elle ne lui est pas inutile.
Il n'y a que de l'avantage pour celui qui parle peu ; la présomption est qu'il a de l'esprit : et, s'il est vrai qu'il n'en manque pas , la présonqh tion est qu'il l'a excellent.
Ne songer qu'à soi et au présent , source d'erreur dans la politique.
Le plus grand malheur, après celui d'être convaincu d'un crime, est souvent d'avoir eu k s'en justifier. Tels arrêts nous déchai^jent et nous renvoient absous, qui sont infirmés par h voix du peuple.
Un homme est fidéje à de certaines pratiqua de religion , on le voit s'en acquitter avec exa^ titude; personne ne le loue ni ne ledésapprooTe, on n'y pense pas : tel autre y revient après les avoir négligées dix années entières, on se récrie, on l'exalte; cela est libre : moi, je le blâme d'un si long oubli de ses devoirs, et je le troore heureux d'y être rentré.
Le flatteur n'a pas assez bonne opinion de soi ni des autres.
Tels sont oubliés dans la distribution des gnces , et font dire d'eux : Powrquoi les oub^^ qui, si l'cMi s'en étoit souvenu, anroient fait dire : Powrquoi s* en iouvemrf D'oik vient cette contrariété f Est-ce du caractère de ces personnes, ou de l'incertitude de nos jugements, oa même de tous les deux?
L'on dit communément : Après un td, qui sera chancelier? qui sera primat des Gaules? qui sera pape? On va plus loin : chacun, sekm ses souhaits ourson caprice , fait sa promotk», qui est souvent de gens plus vieux et plus caducs que celui qui est en place ; et comme il n'y a pas de raison qu'une dignité tue celui qui s'en trouve revêtu , qu elle sert au oontraire i k rajeunir, et à donner au corps et à l'esprit de nouvelles ressources , ce n'est pas un évèneoeot fort rare à un titulaire d'enterrer son sneœsseur.
La disgrâce éteint les haines et les jalousies; celui4à peut bien fiure, qui ne nous aigrit ph» par une grande faveur : il n*y a aucun mérite,
il n'y a sorte de vertus qa'on ne lui pafdonne; il scroit un béros impuDëment.
Rien n*e$t bien d'un bomme disgracié : vertus, mérite* tout est dédaigné, ou mal expliqué, ou imputé à vice : qu'il ait un grand coeur, qu'il ne craigne ni le fer ni le feu , qu'il aille d'aussi bonne grâce à l'ennemi que Bâtard et MontlETEL'; c'est une bravacbe, on en plaisante; i n'a plus de quoi être un héros.
Je me contredis, il est vrai : accusez-en les hommes , dont je ne fais que rapporter les jugements ; je ne dis pas de différents hommes , je dis les mêmes , qui jugent si difleremment.
Il ne fiiut pas vingt années accomplies pour voir changer les hommes d'opinion sur les choses les plus sérieuses, comme sur celles qui leur ont paru les plus sûres et les plus vraies. Je ne hasarderai pas d'avancer que le feu en soi , et indépendamment de nos sensations, n'a aucone chaleur, c'est-à-dire rien de semblable à œ que nous éprouvons en nous-mêmes à son approche, de peur que quelque jour il ne detienne aussi chaud qu'il a jamais été. J'assurerai aussi qu'une ligne droite tombant sur une autre ligne droite feit deux angles droits, ou égaux à deux droits , de peur que , les hommes Tenant à y découvrir quelque chose de plus ou de moins, je ne sois raillé de ma proposition. Ainsi , dans un autre genre , je dirai à peine avec toute la France : Vadban est infaillible, on n'en appelle point : qui me garantiroit que dans peu de temps on n'insinuera pas que , même sur le siège , qui est son fort , et où il décide souverainement, il erre quelquefois, sujet aux botes comme Antiphile ?
Si vous en croyez des personnes aigries l'une contre l'autre , et que la passion domine , l'homme docte est un savantasse, le magistrat un bourgeois ou un pi*aticien , le financier un malfôHer^ et le gentilhomme un gentiUâtre; mais il est étrange que de si mauvais noms , que la colère et la haine ont su inventer, deviennent familiers, et que le dédain, tout triÂd et tout paisible qu'il est, ose s'en servir.
Vous vous agitez , vous vous donnez un grand DKMivement , sur-tout lorsque les etanemis oooh
• Mtttfiiif fin HonireTci eon. gén. il. L e. Henlmant-g^nénl.
DES JUGEMENTS. 367
mencent à fîiir, et que la victoire n'est phu douteuse, ou devant une ville après Qu'elle a capitulé ; vous aimez dans un combat ou pen«dant un siège à paroltre en cent endroits pour n'être nulle part, à prévenir les ordres du général , de peur de les suivre, et à chercher les occasions plutôt que de les attendre et de les recevoir : votre valeur seroit-ellc fausse?
Faites garder aux hommes quelque poste où ib puissent être tués, et où néanmoins ils ne soient pas tués : ils aiment l'honneur et la vie.
A voir comme les hommes aiment la vie» pourroit«on soupçonner qu'ils aimassent quelque autre chose plus que la vie , et que la gloire qu'ils préfèrent à la vie ne fÙt souvent qu'une certaine opinion d'eux*mêmes établie dans l'es* prit de mille gens, ou qu'ils ne connoiasent point ou qu'ils n'estiment ploint?
Ceux qui, ni guerriers ni courtisans » vont à la guerre et suivent la ooor, qui ne font pas un siège , mais qui y assistent , ont bientôt épuisé leur curiosité sur une place de guerre , quelque surprenante qu'elle soit , sur la tranchée, sur l'effet des bombes et du canon , sur les coupa de main, comme sur l'ordre et le succès d'une attaque qu'ils entrevoient : la résistance continue, les pluies surviennent, les fiatigues croissent, on plonge dans la fange, on a à combattre les saisons et l'ennemi , on peut être forcé dans ses lignes, et enfermé entre une ville et une armée : quelles extrémités! on perd courage, on murmure : est-ce un si grand inconvénient que de lever un siège ? le salut de l'état dépendil d'une citadelle de plus ou de moins? ne fautil pas, ajouient-ils, fléchir sous les ordres du Ciel , qui semble se déclarer ccmtre nous , et remettre la partie à un autre temps? Alors ils ne comprennent plus la fermeté , et , s'ils osoieot dire , l'opiniâtreté du général qui se roidit ootttre les obstacles, qui s'anime par la difficulté de l'entreprise , qui veille la nuit et s'expose le jour pour la conduire à sa fin. A-t-on capitulé , ces hommes si découragés relèvent l'importance de cette conquête, en prédisent les suites, exagè-» rent la nécessité qu'il y avoit de la faire, le péril et la honte qui suivcnent de s'es désister, prouvent que l'armée qui nous eonvroit des ennemis étoit invincible : ib reviennent aivtc la cour, passent par ks villes et les bourgades.
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
fiers d'être regstrdés de la bourgeoisie, qui est aux fenêtres, comme ceux mêmes qui ont pris la place ; ils en triomphent par les chemins, ils se croient braves. Revenus chez eux , ils vous étourdissent de flancs , de redans, de ravelins , de fousse-braic, de courtines et de cheminscouverts : ils rendent compte des endroits où V envie de voir les a portés, et oit il ne laiuoit pas iy avoir du péril, des hasards qu'ils ont courus à leur retour d'être pris ou tués par l'ennemi : ils taisent seulement qu'ils ont eu peur.
C'est le plus petit inconvénient du monde que de demeurer court dans un sermon ou dans une harangue ; il laisse à l'orateur ce qu'il a d'esprit , de bon sens, d'imagination, de mœurs et de doctrine; il ne lui aie rien : mais on ne laisse pas de s'étonner que les hommes , ayant voulu une fois y attacher une espèce de honte et de ridicule, s'exposent, par de longs et souvent d'inutiles discours , à en courir tout le risque.
Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté. Gomme ils le consument à s habiller, à manger, à dormir, à de sots discours, à se résoudre sur ce qu'ils doivent faire, et souvent à ne rien feire, ils en manquent pour leurs afiaires ou pour leurs plaisirs : ceux au contraire qui en font un meilleur usage en ont de reste.
H n'y a point de ministre si occupé qui ne sache perdre chaque jour deux heures de temps : cela va loin à la fin d'une longue vie ; et si le mal est encore plus grand dans les autres conditions des hommes, quelle perte infinie ne se fait pas dans le monde d'une chose si précieuse , et dont l'on se pbint qu'on n'a point assez!
Il y ades créaturesde Dieu , qu'on appelle des hommes , qui ont une ame qui est esprit, dont toute la vie est occupée et toute l'atlention est réunie à scier du marbre : cela est bien simple , c'est bien peu de chose. Il y en a d'autres qui s'en étonnent, mais qui sont entièrement inutiles , et qui passent les jours à ne rien faire : c'est encore moins, que de scier du marbre.
La plupart des honunes oublient si foi*t qu'ils ont une ame, et se répandent en tant d'acuons et d'exercices où il semble qu'elle est inutile que l'on croit parler avantageusement de quelqu'un, en disant qu'il pense; cet éloge
même est devenu vulgaire, qui poui met cet homme qu'au-dessus du chiei cheval.
A quoi vous divertissez-vous? à quoi vous le temps? vous demandent les se gens d'esprit. Si je réplique que c'est ; les yeux et à voir, à prêter l'oreille et dre, à avoir la santé, le. repos, la lib n'est rien dire : les solides biens, les biens , les seuls biens ne sont pas com{ se font pas sentir. Jouez-vous? masque il faut répondre.
Est-ce un bien pour l'honune que la si elle peut être trop grande et trop éi telle enfin qu elle ne serve qu'à lui foire quelque chose, qui est d'avoir moins de
La liberté n'est pas oisiveté : c'est u libre du temps, c'est le choix du travj l'exercice; être libre, en un mot, n'est rien faire, c'est être seul arbitre de c fait ou de ce qu'on ne lait point : quel ce sens que la liberté !
César n'étoit point trop vieux pour p la conquête de l'univers > : il n'avoit poii tre béatitude à se faire que le cours d'u vie, et un grand nom après sa mort : n ambitieux, et se portant bien coomie il il ne pouvoit mieux employer son tem| conquérir le monde. Alexandre étoit bic pour un dessein si sérieux : il est étomv dans ce premier âge les femmes ou le vin plus tôt rompu son entreprise.
Un jeune prince * , d'une race augus mour et l'espérance des peuples , donné pour prolonger la félicité de la terre grand que ses aïeux , fils d'un héros qui modèle-, a déjà montré à l'univers, par vines qualités , et par une vertu anticipa les enfants des héros sont plus proches ci que les autres hommes ^.
Si le monde dure seulement cent i d'années, il est encore dans toute sa fra et ne fait presque que commencer : no mes nous touchons aux premiers hom:
' Voyez les Pensées de M, Pascal, chap.SI; où il i traire. {La Bruyère.)
* Le Dauphin , fils de Louis XIT.
3 Contre la maxime latine et triviale, ( La Brufér maxime ou adaf^e est, nerotun ftUi noxœ ; ce qui veui les fils des héros dégénèrent ordinairement de leurs p^
DES JUGEMENTS
^n pairiardies : et qui pourra ne nous pas confondre avec eux dans des siècles si reculés? Maissi l'onjuge par le patôé deTaveuir, quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts, dans les sciences , dans la nature , et j'ose dire dans rbistoire! quelles découvertes neferat-on point ! quelles différentes révolutions ne doivent point arriver sur toute la face de la terre , dans les états et dans les empires ! quelle Ignorance est la nôtre! et quelle légère expérience que celle de six ou sept mille ans !
11 n'y a point de chemin trop long à qui marche lentement et sans se presser : il n'y a point d'avantages trop éloignés à qui s'y prépare par bpatience*
Ne faire sa cour à personne, ni attendre de quelqu'un qu'il vous fasse la sienne; douce siuatîon , âge d'or, état de l'homme le plus naturel!
Le monde est pour ceux qui suivent les cours ou qui peuplent les villes : la nature n'est que pour ceux qui habitent la campagne; eux seuls mnt, eux seuls du moins connoissent qu'ils rivent.
Pourquoi me faire froid , et vous plaindre de ce qui m'est échappé sur quelques jeunes gens qui peuplent les cours? étes-vous vicieux, 6 TkriuUle?}e ne le savois pas, et vous me l'apprenez : ce que je sais est que vous n'êtes plus jeune.
Et vous qui voulez être offensé personnelleneot de ce que j'ai dit de quelques grands, ne criez-vous pointîde la blessure d'un autre? étesvous dédaigneux, malfaisant, mauvais fisAtant, flatteur, hypocrite? je rignorois,et ne peosois pas à vous : j'ai parlé des grands.
L'esprit de modération, et une certaine sagesse dans la conduite , laissent les hommes dans fobscurité : il leur faut de grandes vertus pour être connus et admirés, ou peut-être de grands >ices.
Les hommes, sur la conduite des grands et des petits indifFéremment, sont prévenus, charmés, enlevés par la réussite : il s'en faut peu que le crime heureux ne soit loué comme la vertu même, et que le bonheur ne tienne lieu de toutes les vertus. C'est un noir attentat , c'est une sale et odieuse entreprise que* celle que le ^ccès ne sauroit justifier.
Les hommes, séduits par de belles apparences et de spécieux prétextes, goûtent aisément un projet d'ambition que quelques grands ont médité ; ils en parlent avec intérêt, il leur plaît même par la hardiesse ou par la nouvesauté que l'on lui impute, ils y sont déjà accoutumés, et n'en attendent que le succès , lorsque, venant au contraire à avorter, ils décident avec confiance, et sans nulle crainte de se tromper, qu'il étoit téméraire et nepouvoit réussir.
Il y a de tels projets ' , d'un si grand éclat et d'une conséquence si vaste, qui font parler les hommes si long-temps , qui font tant espérer ou tâHit craindre, selon les divers intérêts des peuples, que toute la gloire et toute la fortune d'un homme y sont commises. Il ne peut pas avoir paru sur la scène avec un si bel appareil , pour se retirer sans rien dire; quelques affreux périls qu'il commence à fM*évoir dans la suite de son entreprise, il faut qu'il l'entame; le moindre mal pour lui est de la manquer.
Dans un méchant homme il n'y a pas de quoi faire un grand homme. Louez ses vues et ses projets, admirez sa conduite, exagérez son habileté à se servir des moyens les plus propres et les plus courts pour parvenir à ses fins : si ses fins sont mauvaises, la prudence n'y a aucune part; et, où manque la prudence, trouvez la grandeur, si vous le pouvez.
Un ennemi est mort ^ , qui étoit à la tête d'une armée formidable , destinée à passer le Rhin ; il savoit la guerre, et son expérience pouvoit être secondée de la foitune : quels feux de joie a-t-on vus? quelle fête publique? Il y a des hommes au contraire naturellement odieux, et dont l'aversion devient populaire : ce n'est point précisément par les progrès qu'ils font , ni par la crainte de ceux qu'ils peuvent faire , que la voix du peuple ^ éclate à leur mort , et que tout tressaille, jusqu'aux enfants, dès que Ton murmure dans les places que la terre enfin en est délivrée.
O temps ! ô mœurs ! s'écrie Heraclite , ô mal-
> Guillaume de Nassau , prince d'Orange , qui entreprit de passer en Angleterre, doù il a chassé le roi Jacques II, son beaupère. 11 étoit né le 43 novembre 1630.
> Le duc Charles de U>rrame , beau-frère de rempereor Léopoldl".
5 Le faux bruit de la mort du prince d'Orange , qu'on croyoil avoir été tué au combat de la Boyne.
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
heureux siècle! siècle rempli de inainrais exemples, où la vertu souffre, où le crime domine, où il triomphe ! Je veux être un Lycaon , un Égiitke , Toccasion ne peut être meilleure , ni les conjonctures plus fovorables, si je désire du moins de fleurir et de prospérer. Un homme dit ^ : Je passerai la mer, je dépouillerai mon père de son patrimoine, je le chasserai, lui , sa femme, son héritier, de ses terres et de ses états ; et , comme il Fa dit , il Ta liait. Ce qu'il devoit appréhender, cetoît le ressentiment de plusieurs i*ois qu'il outrage en la personne d'un seul roi : mais ils tiennent {>our lui ; ils lui ont presque dit : Passer la mer, dépouillez votre père *, montrez à tout l'univers qu'on peut chasser un roi de son royaume, ainsi qu'un petit seigneur de son château , ou un fermier de sa métairie : qu'il n'y ait plus de différence entra desimpies particuliers et nous, nous sommes las de ces distinctions : apprenez au monde que ces peuples que Dieu a mis sous nos pieds peuvent nous abandonner, nous trahir, nous livrer, se livrer eux-mêmes à un étranger, et qu'ils ont moins à craindre de nous que nous d'eux et de leur puissance. Quipourroit voir des choses si tristes avec des yeux secs et une ame tranquille? Il n'y a point de charges qui n'aient leurs privilèges : il n'y a aucun titobire qui ne parie, qui ne plaide , qui ne s'agite pour les défendre : la dignité royale seule n'a plus de privilèges ; les rois eux-mêmes y ont renoncé. Un seul , toujours bon' et magnanime , ouvre ses bras à une femille malheureuse. Tons les autres se lignent comme pour se venger de lui , et de l'appui qu'il donne à une cause qui leur est commune : l'esprit de pique et de jalousie prévaut chez eux à l'intérêt de l'honneur, de la religion , et de leur état ; est-ce assez ? à leur intérêt personnel et domestique; il y va ^ je ne dis pas de leur élection, mais de leur succession, de leurs droits comme héréditaires : enfin, dans tout, l'homme l'emporte sur le souverain. Un prince délivroit l'Europe 4, se délîvroit lui-même d'un fatal ennemi, alloit jouir de la gloire d'avoir détruit un grand empire^ : il la néglige pour
* Le priace d'Oran^. • Le roi Jacques n.
3 Louis XIV. qui donna retraite à Jacques II et à toatena famille, apr*» qu'iJ eut été oWifçé de se retirer d'Angleterre.
4 L'empereur.
s Le lurc.
une guerre douteuse. Ceux qui sont nés ' très et médiateurs temporisent; et lorsqu'ils pourroient avoir déjà employé utilement leor médiation , ils la promettent. O pâtres ! continue Ilémclite ; 6 rustres qui habites sous le chaume et dans les cabanes ! si les évèneoieMs ne vont point jusqu'à vous , si vous n'avez point le cœur percé par la malice des hommes, âoii ne parle plus d'hommes dans vos contrées, mais seulement de renards et dé loups cerviers, recevez-moi parmi vous à manger votre pain noir et à boire l'eau de vos citernes.
Petits hommes* hauts de six pieds, tout au plusdesepc, qui vous enfermez aux foit^esconnc géants , et comme des pièces rares dont il faut acheter la vue, dès que vous allez jusqu'à huit pieds ; qui vous donnez sans pudeur de h toteise et de Véminence, qui est tout œ qve l'on pourroit accorder à ces montagnes voisines du ciel, et qui voient les nuages se fonaer aihde»sous d'elles ; espèce d'animaux giorieux et «h perbes, qui méprisez toute autre espèce, qii ne feites pas même comparaison avecl'élépliait et la baleine, approchez, hommes, réponda un peu à Démocriîe! Nedite&-voiB pas en commun proverbe, det loups ravissarOB, des ^om furieux , malkieux comme un singe f Et vous autres , qui êtes-vous? J'entends corner sanscesse à mes oreilles : L'homme eu un animal roisoiinable : qui vous a passé cette définition ? sont'^sp les loups, les singes et les lions, ou si vonsTOos l'êtes accordée à vous-mêmes? C'est déjà hk chose plaisante que vous donniez aux anhnan, vos confrères, ce qu'il y a de pire, pour prendre pour vons ce qu'il y ade meilleor : Uosee-tR un peu se définir eux-mêmes, et vous verm comme ils s'oublieront , et comme vous serez traités. Je ne parle point , 6 hommes , de vos légèretés, de vos folies etde vos caprices, qui ym mettent au-dessous de la taupe et de la tortnet qui vont sagement leur petit train , et qui sutvent, sans varier, l'instinct de la nature : mais écoutez -moi un moment. Vous dîtes d'untia^ ceiet de faucon qui est fort léger, et qui bin une belle descente sur la perdrix : Voila un boa oiseau ; et d'un lévrier qui prend un lièvre oorp^
• Innocent XL
•» Les princes ligut^s en faveur du prince d'OnuM^ evn\r Louis XIV.
DES JUGEMENTS
à oorp6 : C'est un bon lévrier. Je consens aussi que vous disiez d'un homme qui court le sanglier, qui le met aux abois , qui ratteint et qui le perce : Voilà un brave homme. Hais si vous voyez deux chiens qui s'aboient , qui s'afFronlent , qui se mordent et se déchirent, vous dites : Voilà de sots animaux ; et vous prenez un bâton pour les séparer. Que si l'on vous disoit que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout leur soûl ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres , et ont joué ensemble de la dent et de la grifFe; que de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre neuf à dix mille chats sur la place , qui ont infecté Taira dix lieuesde là parleur puanteur ; ne diriez-vous pas: Voilà le plus abominable «a^6a( dont on ait jamais oui parler? Et si les loups en feisoient de même, quels hurlements! quelle boucherie ! Et si les uns ou les autres vous disoient qu'ils aiment la gloire, concluriez -vous de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous , à détruire ainsi et à anéantir leur propre espèce? ou , après l'avoir conclu, ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bétes? Vous avez déjà , en animaux raisonnables, et pour vous distinguer de ceux qui ne se sei*vent que de leurs dents et de leurs ongles , imaginé les lances , les piques, lesdards, les sabres et lesdmeterres, età mon gré fort judicieusement; car avec vos seules mains que pouviez-vous vous foire les uns aux autres , que vous arracher les cheveux , vous ^raligner au visage , ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête? au lieu que vous voilà munis d'instruments commodes, qui vous servent à vous (aire réciproquement de larges plaies d'où peut couler votre sang jusqu'à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d'en échapper. Mais comme vous devenez d'année à autre plus raisonnables, vous avez bien enchéri sur cette vieille manière de vous exterminer : vous avez de petits globes * qui vous tuent tout d'un coup, s'ils peuvent seulement vous atteindre à la tête ou à la poitrine; vous en avez d'autres * plus pesants , et plus massifs , qui vous coupent en deux parts ou qui vous
■ r^es baUes de rooiisipiet. > hn boiiletA d« caimn.
éventrent, sans compter ceux ^ qui, tombant sur vos toits, enfoncent les planchers, vont du grenier à la cave , en enlèvent les voûtes, et font sauter en l'air, avec vos maisons, vos femmes qui sont en couche, l'enfant et la nourrice : et c'est là encore où gît la gloire; elle aime le remue-ménage, et elle est personne d'un grand fracas. Vous avez d'ailleurs des armes défensives, et dans les bonnes règles vous devez en guerre être habillés de fer , ce qui est sans mentir une jolie parure , et qui me fait souvenir de ces quatre puces célèbres que montroit autrefois un charlatan, subtil ouvrier, dans une fiole où il avoit trouvé le secret de les faire vivre : il leur avoit mis à chacune une salade en tête , leur avoit passé un corps de cuirasse, mis des brassards , des genouillères , la lance sur la cuisse ; rien ne leur maoquoit , et en cet équipage elles aUoient parsauts et par bonds dansleurbouteille. Feignez un homme de la taille du mont Athos: pourquoi non? une ame seroit-elle embarrassée d'animer un tel corps? elle en seroit plus au large : si cet homme avoit la vue assez subtile pour vous découvrir quelque part sur la terre avec vos armes offensives et défensives , que croyez-vous qu'il penseroit de petits marmousets ainsi équipés, et de ce que vous appelez guerre, cavalerie, infanterie, un mémorable siège, une fameuse joumée?N'entendrai-îe donc plus bourdonner d'autre chose parmi vous? le monde ne se divise-t^il plus qu'en régiments et en compagnies? tout est-il devenu bataillon ou escadron? Il a pris une ville, U en a pris une seconde, pms une troisième; U a gagné une ba^ taille, deux batailles; il chasse l'ennemi, il vaine sur mer, U vainc sur terre : est-ce de quelqu'un de vous autres, est-ce d'un géant, d'un Aihos, que vous parlez? Vous avez sur-tout un hooMiie pâle* et livide, qui n'a pas sur soi dix onces de chair, et que l'on croiroit jeter à terre du moindre souffle. U fait néanmoins plus de bruit que quatre autres, etmettouten combustion; il vient de pécher en eau trouble une ile tout entière^ ; ailleurs, à la vérité, il est battu et poursuivi; mais il se sauve par les maraii , et ne veut écouter ni paix ni trêve. Il a montré de bonne heure ce qu'il savoit faire, il a mordu le sein de sa
> Les bombes.
3 I/Angleterre.
' Le priDce d'Orange.
LES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE
nounîce ' : elle eo esl iiiorie , la pauvre femme; je m*entends, il suffit. En un mot, il ëtoit né sujet, il ne Test plus; au contraire, il est le maître, et ceux qu'il a domptés * et mis sous le joug vont à la charrue et labourent de bon courag^e : ils semblent même appréhender , les bonnes gens, de pouvoir se délier un jour et devenir libres, car ils ont étendu la courroie et allongé le fouet de celui qui les fait marcher ; ils n'oublient rien pour accroître leur servitude : ils lui font passer Tcau pour se faire d'autres vassaux et s'acquérir de nouveaux domaines : il s'agit, il est vrai , de prendre son père et sa mère par les épaules , et de les jeter hors de leur maison; et ils l'aident dans une si honnétq entreprise.
Les gens de delà l'eau et ceux d'en deçà se cotisent et mettent chacun du leur pour se le rendre à eux tous de jour en jour plus redoutable : les Pietés et les Saxons imposent silence aux Bataves^ei ceux-ci aux Picles et aux Saxons; tous se peuvent vanter d'être ses humbles esclaves, et autantqu'ils le souhaitent. Mais qu'entends-je de certains personnages ^ qui ont des couronnes, je ne dis pas des comtes ou des marquis , dont la terre fourmille , mais des princes et des souverains? ils viennent trouver cet homme dès qu'il a sifflé, ils se découvrent dès son antichambre, et ils ne parlent que quand on les interroge. Sont -ce là ces mêmes princes si pointilleux , si formalistes sur leurs rangs et sur leurs préséances, et qui consument, pour les régler, les mois entiers dans une diète? Que fera ce nouvel Arconte pour payer une si aveugle soumission , et pour répondre à une si haute idée qu'on a de lui ? S'il se livre une bataille, il doit la gagner, et en personne : si l'ennemi fait un siège, il doit le lui faire lever, et avec honte, à moins que tout l'Océan ne soit entre lui et l'ennemi : il ne sauroit moins faire en laveur de ses courtisans. César ^ lui-même ne doit-il pas venir en grossir le nombre ? il en attend du moins
' Le prince d'Orange, devenu plus puissant par la couronne d'Angleterre, s'étoit rendu maître absolu en Hollalode, et y faisoit ce qu'il lui plaisoit
> Les Anglois.
5 Le prince d'Orange, à son premier retour de Tilngleterre , on 1690, ▼int à ïa Haye, où les princes ligués se rendirent, et où le duc de Bavière fût long-temps à attendre dans l'antichambre.
4 L'empereur.
d'importants services: carouFilrcoii/eédiOQera avec ses alliés, ce qui est plus difficile qu'impos* sible à concevoir ; ou , s'il réussit et que rien ne lui résiste, le voilà tout porté, avec ses alliés jaloux de la religion et de la puissance de César, pour fondre sur lui, pour lui enlever rot^/e, et le réduire, lui ou son héritier, à la {ascedar' gent < et aux pays héréditaires. Enfin c'en est fait, ils se sont tous livrés à lui volontairement, à celui peut-être de qui ils dévoient se défier davantage. Ésope ne leur diroit-il pas : « La « gent volatile d'une certaine contrée prend l'ac larme et s'effraie du voisinage du lion, dont c le seul rugissement lui fait peur; elle se réc fugîe auprès de la bête, qui lui fait parler ( d'accommodement et la prend sous sa protec- ( tion, qui se termine enfin à les croquerions c l'un après l'autre? •