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CHAPITRE XV

De la chaire.

Le discours chrétien est devenu un spectacle. Cette tristesse évangëlique qui en est Tame ne s'y remarque plus : elle est suppléée par les avantages de b mine , par les inJBexions de la voix , par la régularité du geste , par le choix des mots , et par les longues énumérations. On n*écoute plus sérieusement la parole sainte : c'est une sorte d'amusement entre mille autres ; c*est un jeu où il y a de Témulation et des parieurs.

L'éloquence profone est transposée, pour ainsi dire , du barreau , où Le Hàistre , Pu- CELLE et EouRGROT Fout fait régner, et où elle n'est plus d'usage , à la chaire , où elle ne doit pas être.

L'on fait assaut d'éloquence jusqu'au pied de l'autel et en la présence des mystères. Celui qui écoute s'établit juge de celui qui proche , pour condamner ou pour applaudir, et n'est pas plus converti par le discours qu'il favorise que par celui auquel il est contraire. L'orateur plaît aux uns , déplaît aux autres, et convient avec tous en une chose , que, comme il ne cherche point à les rendre meilleurs , ils ne pensent pas aussi à le devenir.

Un apprenti est docile , il écoute son maître, il profite de ses leçons , et il devient maître. L'homme indocile critique le discours du prédicateur conune le livre philosophe , et il ne devient ni chrétien , ni raisonnable.

Jusqu'à ce qu'il revienne un homme qui, avec un style nourri des saintes Écritures , expliqie au peuple la parole divine uniment et familière^ ment , les orateurs et les dédamateurs seront

suivis.

Les citations profanes , les froides allusions, le mauvais pathétique , les antithèses , les figures outrées , ont fini : les portraits finiront , et feront place à une simple explication de l'Évangile, jointe aux mouvements qui inspirent la conversion.

Cet homme que je souhaitois impatiemnoent, et que je ne daignois pas espérer de notre sièdc, est enfin venu. Les courtisans , à force de goût et de connoître les bienséances, lui ont applaudi : ils ont, chose incroyable! abandonné b chapelle du roi pour venir entendre avec le peuple la parole de Dieu annoncée par cet homme apostolique '. La ville n'a pas été de l'avis de h cour. Où }l a prêché , les paroissiens ont dései'té ; jusqu'aux marguilliers ont disparu : les pasteurs ont tenu ferme ; mais les ouailles se sont dispersées , et les orateurs voisins en ont grossi leur auditoire. Je devoisle prévoir, et ne pas dire qu'un tel homme n'avoit qu'à se montrer pour être suivi , et qu'à parler pour être écouté: ne savois-je pas quelle est dans les hommes et en toutes choses la force indomptable de l'habitude ? Depuis trente années on prête l'oreille aux rhéteurs , aux dédamateurs, aux énuméraleurs : on court ceux qui peignent en grand , ou en miniature. II n'y a pas longtemps qu'ils avoient des chutes ou des transitions ingénieuses, quelquefois même si vives et si aiguës qu'elles pouvoient passer pour épigrammes ; ils les ont adoucies , je l'avoue, et ce ne sont plus que des madrigaux. Ils ont toujours , d'une nécessité indispensable et géométrique , trois sujets admirables de vos attentions ; ils prouveront une telle chose dans la première partie de leur discours , cette autre dans la seconde partie , et cette auti'c encore dans la troi-

» Le P. Sërapliin . capucin. {La Bruyère.)

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