‹ Moralistes françoisChapitre 161 sur 309 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Du contre-temps.

Cette ignorance du temps et de Toccasion est une manière d*aborder les gens , ou d'agir avec eux , toujours incommode et embarrassante. Un

importun est celui qui choisit le momentqne son ami est accablé de ses propres afiaires , pour loi parler des siennes ; qui va souper (i) chez samaftressele soir même qu'elle a la fièvre ; qui , voyant que quelqii'un vient d'étre^ondamné en justice de payer pour un autre pour qui il s'est obligé , le prie néanmoins dé répondre pour lui ; qui cooh paroîtpour servir de témoin dans on procès que ion vient de ji^er ; qui prend le temps des noces où Jl est invité) pour se déchaîner contre les femmes; qui entraine (S) à la promenade des gens à peine arrivés d'un long voyage, et qui n'aspirent qu'à se reposer : fort capable dV mener des mardiands pour offrir d'une diose plus qu'elle ne vaut (3), affres qu'elle est Tendue; de se lever au milieu d'une assemblée, pour reprendre un fait dès ses commencements, et en instruire à fond ceux qui en ont les oreilles rebattues, et qui le savent mieux que lui; souvent empressé pour engager dans une affaire des personnes qui, ne l'afFectionnant point, n'osent pourtant refuser d'y entrer (4). S'il arrive que quelqu'un dans la ville doive foire un festin après avoir sacrifié (5) , il va lui demander une portion des viandes qu'il a préparées. Une autrefois, s'il voit qu'un maître cliâtîe devant lui son esclave: t J*ai perdu, dit-il, un des mims

< dans une pareille occasion ; je le fis fouetter, A

< se désespéra , et s'alla pendre. > Enfin il n est propre qu'à commettre de nouveau deux personnes qui veulent s'accommoder, s'ils l'ont liât arbitre de leur différend (6). C'est eacore une action qui lui convient fort que d'aller prendre, au milieu du repas , pour danser (7) , un homme qui est de sang-froid, et qui n'a bu que moderiément.

NOTES

(1) Le mot grec signifie proprement porter une sérénade bruyante. Voyei les notes de Doport et de Coray.

(2) Théophraste suppose moins de complaisance à ces ▼oyageurs, et ne les fait qu'inviter à la promenade.

(5) Le grec dit, c plus qu'on n'en a donné. »

(4) On rendroit mieux le sens de cette phrase en trsduisant : c n s'empresse de prendlre des soins dont on ne « se soude point , mais qu'on est honteux de refuser. »

(5) Les Grecs, le jour même qu'ils avoient sacrifié, on soupoient ayec leurs amis , ou leur envoyoîent à chacmi une portion île ta victime. C'étoit donc un eoDtre-teiii|s

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