CHAPITRE XIX
D'un vilain homme.
Ce caractère su[^ose toujours dans un homme une extrême malpropreté, et une négligence pour sa personne qui passe dans Texcès et qui blesse ceux qui s'en aperçoivent. Vous le verrei;
LES CARACTÈRES DE TUÉOPHRASTE
quelquefois tout couvert de lèpre , avec des •!!- (;les longs et malpropres , ne pas laisser de se laéler parmi le monde, et croire en être quitte ]X)ar dire que c*est une maladie de femille, et que son père et son aïeul y ëtoient sujets (1). 11 a aux jambes des ulcères. On lui voit aux mains des poireaux et d'autres saletés qu'il néglige de fiiire guérir; ou, s'il pense à y remédier, c*est lorsque le mal, aigri par le temps, est devenu incurable. 11 est hérissé de poil sous les aisselles et par tout le corps , comme une bête fauve : il a les dents noires , rongées , et telles que son abord ne se peut soufïnr. Ce n'est pas tout (2) : il crache ou il se mouche en mangeant, il parie la bouche pleine (5) , fait en buvant des choses contre la bienséance (4) , ne se sert jamais au bain que d'une huile qui sent mauvais (5) , et ne paroit guère dans une assemblée publique qu'avec uue vieille robe (6) et toute tachée. S'il est obligé d'accompagner sa mère chez les devins, il n'ouvre la bouche que pour dire des choses de mauvais augure (7). Une autre fois, dans le temple et en faisant des libations (8) , il lui échappera des mains une coupe ou quelque autre vase ; et il rira ensuite de cette aventure , comme s'il avoit iait quelque chose de merveilleux. Un homme si extraordinaire ne sait point écouter un concert ou d'excellents joueurs de flûte; il bat des mains avec violence comme pour leur applaudir, ou bien il suit d'une voix désagréable le même air qu'ils jouent : il s'ennuie de la symphonie , et demande si elle ne doit pas bientôt finir. Enfin si , étant assis à table, il veut cracher, c'est justement sur celui qui est derrière lui pour lui doaner à boire (9).
NOTES
(0 Le «umoserit du Vaticaa ajoute : c£t qu'elle pré- « serre sa raee d'ua mélange étranger. »
(2) Le grec porte id la formule dont j'ai parlé au chapitre II , note 9 , et au chapitre xti , note 1.
(3) Le grec igoute : <r Et laisse tomber ce qu'il numge. >
(4) Le manuscrit du Vatican ajoute : c D est oooebé à ff table sous la même couverture que sa femme , et prend « avec èUe des lil>ertés déplacées. »
(5) Le manuscrit du Vatican fait ici un léger changement , et ajoute un mot qui ^ tel qu'il est , ne présente auenn sens con\enab(e ; M. Visconti propose de le corriger
I en ff^îyycff^iec , dans le sens de se terrer dam ses hoftitr» signification que Ton peut donner à ce Terbe avec d'antaat plus de vraisemblance , qu'Hésycliius explique le substiB- Uf qui en dérive par tunique. Cet homme malpropre n'attend pas seulement que sa mauvaise huile soit sèche , maii s'enveloppe sur-le«hamp dans ses habits. L'osige onfinaire exigeoit de laisser sécher l'huile an soleil : œ qae lei Romains appeloient insoloHo.
(6) Le manuscrit du Vatican dH , c UnU usée, » et parir aussi d'une tunique grossière.
(7) Les anciens avofent on grand égard pour les paroki qui étoient proférées , même par hasard , par ceux qui ?e* noient consulter les devins et les augures, prier ou aerifier dans les temples. ( La Bruyère. )
(S) Cérémonies où Von répandoit du «in ou dnbitdn les sacrifices* {La Bruytre, )
(9) Le grec dit : c H crache pardessus la taMe sur oetai c qui lui donne à boire. > Les anciens n'oocnpoîeot quln côté de la taUe , ou des tables , qu'on plaçoit devant eiii et les esclaves qui les servoient se tenoient de l'autre odté.
Au reste, les quatre derniers traits de ce caractère appartiennent peut-^tre au chapitre suivant. La transpoiition manifeste de plusieurs traits du caractère xxx ao oractère xi doit inipfa^ naturellement l'idée d'attrib«rà une cause semblable toutes les Incohérences de cet ouvrage , plutôt que de les mettre sur le compte de l'autor. ,