CHAPITRE XXIV
De l'orgueil.
it définir l'orgueil une passion qui fait
tout ce qui est au monde Ton n'estime
Un homme fier et superbe n'écoute pas
li l'aborde dans h place pour lui parler
de qii^ique afiaire; mats, sans s'arréler, et se faisant suivre quelque temps , il lui dit enfhi qu'on peut le voir après son souper (1)^ Si roi\ a reçu de lui le moindre bienfait, il né feuC pas qu'on en perde jamais le souvenir; il le reprochera en pleine rue , à la vue de tout le nfonde (2). N'attendez pas de lui qu'en quelque endroit qu'il vous rencontre il s'approclie de vous, et qu'il yous parle le premier : de même, au lieu d'ej^pédier sur-le-champ des marchands ou des ouvriers , il ne femt point de les renvoyer au lendemain mitin , et à l'heure de ;5oa lever. Voas le voyez marcher dans les rues de ta ville Ja tête baissée, sansilaigner parlera personne de Qgpx^qui vont et viennent (3). S'il se fiimilia- *Ttse qu^qgefpîs jusqu'à inviter ses amis à uq repas, il préteicte*des raisons (4) pour ne pa^ se mettre à tâbleet raaiiger avec eux , et il charge ses principaux domestiques du soin de les rë|^ 1er. 11 ne lui airive point de rendre visite ù^gei sonne sans prendre la préqaution d'envoyer qudqu'un dès siens pour avertir qu^ va vc* vir (5). On ne le veit point chez lui lorsqu'il mange ou qu'il se parfiume (6). Il ne«e donne pas ^la peine de régler luHnéme des' parties; mais il dit négligàunent à un valet de les calculer, de les arrêter et les pusser à compte. Il ne sait pointicrire dans une lettre : c Je vous prie de me faire ce plajsir, > ou , c de me rendre ce service; • mais, < J'entends que cela soit ainsi : j'envoie un homnle vers vous pour recevoir une telle chose; je\ie veux pas que l'aflaire se passe autrement ; faites ce que je vou; disf romptement et sans éifférer. » Voilà son style.
NOTES
Cl) Littéralement : c L'orgneillenx est capable de dire ff à celui qui est pressé de le yoir immédiatement après le c dîner, qne cela ne peut se faire qu'A la promenade. »
(2) D'après le manuscrit du Vatican : « S'il fait du bien c à quelqu'un , il lui recommande de s'en sourenir : si on «r le choisit pour arbitre , fl juge la cause en marchant dans c les mes : s'il est élu pour quelque magistrature , H la ref fuse en-afflimant par serment qu'il n'a pas le temps de c s'en charger. 9 Je corrige le verbe qui commence la seconde phrase, en /9»fi^v.
(5) Le manoscrit dn Vatican ajoote, « On bien portant c la tète haute , quand bon lui senible. »
(4) C'est le traducteur qui a ajonlé cet adoncisMnient..
LES CARACTÈRES DE THÉOPHRASTE
(5) Yoyei te diapUre II » dtfto Ftol(€rie.( La Bmyère.)
(6) Àjec des hniles de senteur. ( La Bruyhe. > (Voyez chap. 1, npte 4. ) Le manuscrit du Vatican iqoate , c On « lorsqu'il se laTe. »