‹ Moralistes françoisChapitre 177 sur 309 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

De la peur, ou du défaui de courage.

.Celle crainte est un mouvement de Y^jne qui s'ébranle , ou qui cède en vue d'un péril vrai ou imaginaire; et Thomme timide est celui dont je vais faire la peinture. S'il lui arrive d'être sur la mer, et s il aperçoit de loin des dunes ou des promontoires , la peur lui fait croire que c'jiist le débris de quelques vaisseaux quj.onX foit naufrage sur cette côte (1) : au^i tremble-t-U au moindre flot qui s'élève, et il s'informe avec soin si tous ceux qui naviguent avec lui sont initijte (3) ; s'il vient à remarquer que le pilote fait une nouvelle manœuvre, ou semblese détourner comnte pour éviter un écueil^ iirinterroge , il lui demalide avec inquiétude s'il ne croit pas s'être écarté de sa route, s'il tient toujours la haute mer, et si les dieux scml propices(3) : après cela il se met à raconter une vision qu'il a eue pendant la nuit , dont il est encore tout épou* vanté , et qu'il prend pour un mauvais présage. Ensuite, ses frayeurs venant à croître, il se déshabille et ôte jusqu'à sa chemise , pour pouvoir mieux se sauver à ta nage ; et après celte précaution iT ne laisse pas de prier les nautonniers de le mettre à terre (4). Que si cet homme foible, dans une expédition militaire où il s'est engagé, entend dire que les ennemis sont proches , il appelle ses compagnons de guerre , observe leur contenance sur ce bruit qui court, leur dit qu'il est sans fondement, et que les coureurs n'ont pu discerner si ce qu'ils ont découvert à la campagne sont amis ou ennemis (5) : mais si l'on n'en peut plus douter par les clameurs que l'on entend, et s il a vu lui-môme de loin le commencement du combat , et que quelques hommes aient paru tomber à ses yeux, alors, feignant que la précipitation et le tumulte lui ont fait oublier ses armes (6) , il court les quérir dans sa tente , oii il cache son cpée sous le chevet de son lit , et emploie beaucoup de temps à la chercher, pendant que, d*un autre côté, son valet

va, par ses ordres, savoir des nouvdles d» ennemis, observe quelle route ils ont prise, et où en sontles afBEÛres ; et , dès qu'il voit apport ter au camp quelqu'un tout sanglant d'une Uefrsure qu'il a reçue , il accourt vers lui , le co et l'encourage (7) , étanche le sang qui co sa plaie , chasse les mouches qui l'import ne lui refuse aucun secours, et se mêle de to ^ excepté de combattrez Si, pendant le temps qu'il est dans la diambre du malade , qu'A ne perd pas de vu^, il entend la trompette qui sonne la charge : Ah ! dit-il avec imprécalico, puisses-tu être pendu (8) , maudit sonneur qui cornes incessamment, et fais un bruit enragé qui empêche ce pauvre homme de dormir ! D anÎTe même que , tout plein d'un sang qui n'est pas le sien , mais qui a rejailli sur lui de la plaie du blessé, il fait accroire (9) h ceux qui reviennent du combat qu'il a couru un grand risque de sa vie pour sauver celle de son ami : il conduit vers lui ceux qui y prennent intérêt , ou comme ses parents, ou parcequ'ils sont d'un même pays (10) ; et là il ne rougit pas de leur raconter quand et de quelle manière il a tiré cet homme des ennemis , et l'a apporté dans sa tente.

NOTES

(1) Le grec dit : c Sur mer» il prend des promontoiRi c pour des galères de pirates. »

(2) Les anciens naiiguoient rarement arec oenx qd psisoient pour impies ; et ils se faisoient initier avant de par tir, c'est-è-dire instruire des mystères de quelque dirlmlé, pour se la rendre propice dans leurs voyages. (Voyez le chap. XVI , de la SuperstitUm. La Bruyère. )

Les mystères dont U s'agit id sont ou ceux d'ÉleiBis, dans lesquels , d'après ta religion populaire des Grecs, tout le monde devoit être initié; ou bien ceux de SamoUnce, qui étoient censés avoir la vertu particulière de présenrff leurs initiés des naulhiges.

(3) Ils consultoient les dieux par les sacrifices , ou psr les augures, c'est^-dire par le vol, le chant et le manger des oiseaux , et encore par les entrailles des bêtes. ( U Bruyère. ) Le grec porte , c n lui demande ce qu'il peoR c du dieu ; » et je crois, avec Fischer et Coray, que celi veut dire « ce qu'il présume de l'état du ciel. » Jupiter, oq le dieu par exccUence , présidoit sur-tout aux révolation de l'atmosphère. On peut même observer en général qoe la météorologie paroi t avoir été la base primitive ou do moins la première occasion de la religion des Grecs. C'est ce qui devoit arriver dans un pays entrecoupé par do montagnes et entouré de la mer. Les reUgions antiçiMS des grands continents ouverts et plats dévoient ao ooo-

DES GRANDS D'UfïE RÉPUBLIQUE;

^airo être fondées prlneipaleoient sar rastronomlê. 068 "aditioiis historiques se sont ensuite confondues avec les mtînients vagues de crainte , de reconnoissance et d'ad- Diration que procfuisoient les rérolutions de la nature, les allégories et des idées morales y 9nt été jointes dès les noimencements de la civilisation ; mais la suite des sf^ les» et sur-tout les temps de malheurs et d'oppression, ont ibngé les^peuples dans les superstitions les plus grossières, indis qu'un petit nombre de sages s'éleyoit h des senti- Dents plus purs, et à des conceptions plus yastes' et plus unineuses.

(4) Le grec porte : « Il se déshabille , donne sa tunique à son esclave , et prie qu'on l'approche de la terre, pour la gagner à la n^h , et se mettre ainsi en sûreté. »

(5) B'apr^ le manuscrit du Vatican , il fiiut iMdnire ce Mage : « S'il fait une campagne dans l'infiEinterie , il appelle à soi ceux qui courent «ux armes pour comihenceit l'attaqué , et leur dit de s'arrêter d'abord , et de regarder autour d'eux; car il est difficile de discerner A ce sont les ennemis. »

(6) Pins littécatement : c Mais quand il entend le bruit du combat, qqand il voit des hommes tomber, alors il dBt à«ceux qui l'entourent, qu'à force d'empressement il a oublie son épée , etc. »

CI) Le manuscrit du Vatican ajoute : c Essaie de le porter, et puis s'assied à côté de lui, etc. »

(8) Le grec dît : « Puisses-tu devenir la pAtnre des conbeaox! »

(9) Le texte porte : c H va à la rencontre de cenx qui reviennent du combat, et leur dit, etc. »

(10) D'après le manuscrit du Vatican : a n conduit vers lui ceux de sa bourgade ou de sa tribu. »

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