CRITIQUES
pha)*ès , Britannicus , il n'a pas prétendu , je crois, dinrfmier l'estime de ceux (f Athalîe, Joad, Aoomat, Ag^ippine, Néron, BuiThus, Mithridaté , etc. Maïs pnisqne cela me conduit à parler du Temple du Goût, je suis bien aise d'avoir occasion de dire que j'en estime gi^andenient les décisions. J'excepte ces mots : Bossuet , le seul éloquent entré tant d'émvains qtn ne sont qu'été' ganti^ : car je ne crois pas que M. de Voltaire lui-même voulût sériensemetot réduire à ce petit métîte d'élégaAce les ouvrages de M. Pascal , l'homme de la terre qui savoit mettre la vérité dans un plus beau jOtir et raisonner avec plus de force. Je prends la liberté de défendre encore tx)ntre son autorité le vertueux auteur de Télémaque, homme né véritablement pour enseigner aux mis l'humanité , dont les paroles tendres et persuasives pénètrent le cœin», et qui , par la noblesse et par la vérité de ses peintures, par tes grâces touchantes de son style , se fait aisément pardonner d'avoir employé trop souvent les lieux communs de la poésie et un peu de déclamation.
Mais quoi qu'il puisse être de cette trop grande partialité de M. de Voltaire pour Bossuet , que je respecte d'ailleurs plus, que personne, je déclare que tont le reste du Temple du Gùût m'a frappé par la vérité des jtigements, par la vivacité, la variété et le tour aimable du style : et je ne puis comprendre que l'on juge si sévèrement d'un ouvrage si pea sérieux , et qui est un modèle d'agréments.
Dans un genre assez différent , TÉpître aux mànê$ de Gênonvilie et celle sur la mort de nwr demoiselle Le Couvreur m'ont paru deux mor^ oeaux remplis de charmes, et où la douleur, l'amitié , l'éloquence et la poésie parloient aVec la grâce la plus ingénue et la simplicité la plus touchante. J'estime plus deux petites pièces faites de génie , comme celles-ci, et qui ne respirent que la passion, que beaucoup d'assez longs poèmes.
< Dans l'édition tiite sons les yeux de Voltaire , à Genève , en fTSS. et dans les réimpressions faites depuis sa mort, cette phrase ne se trouve point; et le Temple du Coût s'exprime ainsi sur l'évèque de Meaux : Véloquent Boituet vouloi tbien rayer quelques familiarités échappées à son génie vaste, impétwvx et facile, lesquelles déparent un peu la sublû mité de ses oraisons funèbres; et il est à remarquer qu'il ne garant il |K>int cm» qu'il a dit de la prétendue sagesse dos anciens Égyptiens. F.
VAUVENARGUES
Je finirai sur les ouvrages de H. de Voltaire , en disant quelque chose de sa prose. 11 n'y a guère de mérite essentiel qu'on ne puisse trouver dans ses écrits. Si Ton est bien aise de voir toute la politesse de notre siècle avec un grand art 9 pour (aire sentir la vérité dans les choses de goût, on n'a qu'à lire la préface d! Œdipe ^ écrite contre M. de La Motte avec une délicatesse inimitable. Si on cherche du sentiment » de l'harmonie jointe à une noblesse singulière » on peut jeter les yeux sur la préface d*Àlzire , et sur YEpHre à madame la marquise du ChàteleL Si on souhaite une littérature universelle , un goût étendu qui embrasse le caractère de plusieurs nations , et qui peigne les manières différentes des plus grands poètes, on trouvera cela dans les Réflexions sur les poètes épiques, et les divers morceaux traduits par H. de Voltaire des poètes anglais, d'une manière qui passe peut-être les originaux. Je ne parle pas de YHvaoire de Charles XII, qui , par la foiblesse des critiques que Ton en a ^tes , a dû acquérir une autorité incontestable , et qui me paroit être écrite avec une force , une précision et des images dignes d'un tel peintre. Mais quand on n'auroit vu de M. de Voltaire que son Essai sur le sU:cle de Louis XIV et ses Réflexions sur l' histoire j ce seroit déjà trop ' pour reconnoître en lui, non seulement un écrivain du premier ordre, mais encore un génie sublime qui voit tout en grand, une vaste imagination qui rapproche de loin les choses humaines, enfin un esprit supérieur aux préjugés , et qui joint à la politesse et à l'esprit philosophique de son siècle, la connoissance des siècles passés, de leurs mœurs, de leur politique, de leurs religions , et de toute l'économie du genre humain. Si pourtant il se trouve encore des gens prévenus, qui s'attachent à relever ou les erreurs ou les défauts de ses ouvrages, et qui demandent à un homme si universel la même correction et la même justesse de ceux * qui se sont renfermés dans un seul genre, et souvent dans un genre assez petit, que peut-on répondre à des critiques si peu raisonnables? J'espère (]ue le petit nombre des juges désintéressés me
• Trop emporte toujours lidëc d'excrs , et Taiiteur ne veut rxpriiQcr ici que surahondanre. S.
* Il faiU qu 'à ceux , mi la eorralion , la justesse df aux. S.
saui*a du moins quelque gré d'avmr osé dire \a choses que j'ai dites , parceque jeies ai pensées, et que la vérité m'a été chère. .
C'est le témdgnage que l'amour des kores m'oblige de rendre à un homme qui n'est ni eo place, ni puissant, ni favorisé , et auquel je ne dois que la justice que tous les hommes lu doivent conune moi, et que l'ignorance ou l'eow s'efïbrcent inutilement de lui ravir»