‹ Moralistes françoisChapitre 214 sur 309 · CCCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCCLXXXVI

Les corps politiques ont leuns défauts inévitables, comme les divers âges de la vie humaine. Qui peut garantir la vieillesse des infirmités, hors la moit?

CCCLXXXVIL La sagesse est le tyran des fbibles.

CCCLXXXVin.

Les regards aflables ornent le visage des rois.

CCCLXXXIX.

La licence étend toutes les vertus et tous les vices.

La paix rend les peuples plus heureux et les hommes plus foibles.

Le premier soupir de l'enfànoe est pour la liberté.

I^ liberté est incompatible avec la foiblesse.

VAUVENARGUES

GGCxan.

L'indolence est le sommeil des esprits.

Les passions plus vives sont celles dont l'objet est plus prochain ■ » comme dans le jeu et l'amour, etc.

Lorsque la beauté règne sur les yeux, il est probable qu'elle règne encore ailleurs.

Tous les sujets de la beauté ne connoissent pas leur souveraine.

cccxcvn.

Si les foiblesses de l'amour sont pardonnables, c'est principalement aux femmes qui régnent par lui.

cccxcvni.

Notre intempérance loue les plaisirs.

La constance est la chimère de l'amour.

Les hommes simples et vertueux mêlent de la délicatesse et de la probité jusque dans leurs plaisirs.

ccca.

Ceux qui ne sont plus en état de plaire aux femmes s'en corrigent.

CCCCU.

Les premiers jours du printemps ont moins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme.

ccccm.

L'utilité de la vertu est si manifeste , que les méchants la pratiquent par intérêt.

> lês passions les plus rives sont relies dont Vobjet est plus prochain. Il Cuit dire les plus vives et le plus prochain. L'autmir tombe souvent dans cette faute, d'employer les Gompalalifs sans olillets de comparaison. B.

cccav.

Rien n'est si utile que la réputation, et m ne donne la réputation si sûrement que ie mérite.

La gloire est la preuve de la verto.

La trop grande économie feit plus de dup» que la profusion.

La profusion avilit ceux qu'elle n iUustrep«.

ccccvnL

Si un homme obéré et sans enfants se 6it quelques rentes viagères , et jouit par cette oodduite des commodités de la vie , nous disoss que c'est un fou qui a mangé son bien.

Les sots admirent qu'un homme à talents ik soit pas une bête sur ses intérêts.

La libéralité et l'amour des lettres ne nÛMii personne; mais les esclaves de la fortune trouvent toujours la vertu trop achetée.

On fait bon marché d'une médaille lorsqu'on n'est pas curieux d'antiquités : amsi ceux qoi n'ont pas de sentiments pour le méiiie v tiennent presque pas de compte des plus gnnds talents.

ccccxn.

Le grand avantage des talents panrft ea ce que la fortune sans mérite est presque ioatHe.

GGCGXm.

On tente d'ordinaire sa fortune * par des ulents qu'on n'a pas.

* On tente d'ordinaire sa fortmu. n faut dire lenUr fortune ou tenter de faire sa fortune. M.

RÉFLEXIONS

lut mieux déroger à sa qualité qu'à son Ce serait être fou de conserver un état *re au prbi d'une grande fortune ou de la

Y a pas de vice qui ne soit nuisible , dénué it».

cherché s'il n'y avoit point de moyen de a fortune sans mérite, et je n'en ai aucun.

ccccxvn.

QS on veut mériter sa fortune , plus il faut ner de peine pour la faire.

ccccxvin.

beaux esprits ont une place dans la bonne ^ie, mais la dernière.

sots usent des gens d'esprit, comme les lommes portent de grands talents.

a des hommes dont il vaut mieux se que de les louer selon leur mérite *.

faut pas tenter de contenter les envieux.

ccccxxn.

arice ne s'assouvit pas par les richesses, empérance par la volupté, ni la paresse siveté , ni l'ambition par la fortune ; mais irtu même et si la gloire ne nous rendent

f a jpas de tice qui ne toit ntiisible, dénué d*e»priL las le Tice qui est dénué d'esprit , mais celui qui l*a et t nuisible. Cette tournure parott videuse. VaurenaraiOeurs que le yioe ne pouroit Jamais paroltre utile à bien organisé, s.

( des hommesdtmtU vowt mieux se tainquede les m leur mériU. C'eBt<4-dire. |e crois, qu'il y a des gens ériie est dans un genre si frivole et si misérable, que iflon leur mérite serolt les rendre ridicules. S.

ET MAXIMES

heureux , ce que l'on appelle bonheur vaut-il nos regrets '?

ccccxxni.

Il y a plus de foiblesse que de raison à être humilié de ce qui nous manque , et c'est la source de toute foiblesse.

CCCCXXIV.

Le mépris de notre nature est une erreur de notre raison.

Un peu de café après le repas fait qu'on s'estime. II ne faut aussi quelquefois qu'une petite plaisanterie pour abattre une grande présomption.

CCCCXXVI.

On oblige les jeunes gens à user de leurs biens comme s'il étoit sûr ^'ils dussent vieillir.

ccccxxvn.

A mesure que l'âge multiplie les besoins de la nature, il réserve ceux de l'imagination *.

CCCCXXVffl.

Tout le monde empiète sur un malade, prêtres , médecins , domestiques , étrangers , amis ; et il n'y a pas jusqu'à sa garde qui ne se croie en droit de le gouverner.

CCCCXXIX.

Quand on devient vieux , il faut se parer.

* On trouva dans le cabinet d'Abdérame, Abdalrahman , ou Abdouhraman m , calife de Cordoue , après sa mort , arrivée le 17 octobre 961 de l'ère cbrétlenne, suivant l*j4rt de vérifier les dates, un écrit de sa main ainsi conçu :

c J'ai régné plus de cinquante ans, et le régne a été paisible c ou victorieux; J'étois cbéri de mes sujets, redouté de mes c ennemis , et respecté par mes alliés. La ricbesse et les bonc neurs, la puissance et le plaisir accouroient à ma voix; et U c semble que rien n*a dû manquer à mon bonheur. Dans cette

< situation heureuse en apparence, J'ai compté avec soin les

< Journées de véritable bonheur qui ont été mon partage; elles

< se montent à quatorze,..,. Mortel, qui que tu sois, ne compte • pas sur le bonheur de ce monde. ■

Voyes Gibbon, Histoire de ta Décndenee de l'Empire romain , chap. LU ; cet auteur intéressant parle sur ce sqjet d'une man ière très sensée. ( Note de M, de Foriia. )

* U réserve ceux de Vimagination, Réserve n'est pas. Je crois , le mot propre. Il dut diminue. S.

VAUVENARGUES

L'avarice annonce le déclin de l'âge et la fuite précipitée des plaisirs.

CtXXXXXI.

L'avarice est la dernière et la plus absolue de nos passions.

CCCCXXXIL

Personne ne peut mieux prétendre aux grandes places que ceux qui en ont les talents.

ccccxxxin.

Les plus grands ministres ont été ceux <[ue la fortune avoit placés plus loin du ministère.

CCCCXXXIV.

La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exéctition.

ccccxxxv.

La timidité dans l'exécution fait échouer les entreprises téméraires.

CCCCXXXVJ.

Le plus grand de tous les projets est celui de prendre un parti.

CCCCXXXVIL

On promet beaucoup pour se dispenser de donner peu.

CCCCXXXVIIL

L'intérêt et la paresse anéantissent les promesses quelquefois sincères de la vanité.

CCCCXXXIX.

Il ne feut pas trop craindre d'être dupe.

La patience obtient quelquefois des hommes ce qu'ils n'ont jamais eu intention d'accorder. L'occasion peut même obliger les plus trompeurs à effectuer de fausses promesses.

Les dons intéressés sont importuns.

CCCCXLO.

S'il étoit possible de donner sans perdr il se trouveroit encore des hommes inaooessibb

CCCCXLffl.

L'impie endurci dit à Dieu : Pourquoi asfait des misérables '?

CCCCXLIV.

Les avares ne se piquent pas ordînairemc de beaucoup de choses.

La folie de ceux qui vont à leurs fins est • se croire habiles.

CCCCXLVI.

La raillerie est l'épreuve de ramour-prop

CCCCXLVn.

La gaieté est la mère des saillies.

ccccxLvra.

Les sentences sont les saillies des philosopb

CCCCXLIX.

Les hommes pesants sont opiniâtres.

Nos idées sont plus imparfaites que la lang

La langue et lesprit ont leurs bornes, vérité est inépuisable.

CCCCLU. La nature a donné aux hommes des talc

I C'est demander à Dieu pourquoi il a bit des hommei; s'il y ayoit seulement deux êtres parfaitement heureux, il ] roit deux dieux, ce qui impUqueroit contradiction. Puis existe des êtres qui ne sont pas des dieux, il doit exlstei malheureux. ( A'oto de jr. de Foriia. )

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

jC8 uns naissent pour inventer, et les )ur embellir; mais le doreur attire plus ds que Tarchitecte.

CCCCUII.

u de bon sens feroit évanouir beaucoup

-actère du (aux esprit est de ne paroi-^ IX dépens de la raison.

t d'autant moins raisonnable sans jusl'on a plus d*esprit '.

rit a besoin d'être occupé ; et c'est une 3 parler beaucoup , que de penser peu.

CCCCLVII.

1 on ne sait pas s'entretenir et s'amuser le, on veut entretenir et amuser les

CCCCLVIU.

trouverez fort peu de paresseux que i n'incommode; et si vous entrez dans , vous verrez qu'on y joue aux dames.

CCCCUX.

laresseux ont toujours envie de faire chose.

[ison ne doit pas régler, mais suppléer

jugeons de la vie d'une manière trop "essée, quand nous sommes forcés de la

CCCCLXII.

lie savoit moins que Bayle ■ : il y a peu ices utiles.

-dire que lonqu'on n'a point de Jugement, plus on a plus on déraisonne.

nr Teut dire que Socrate étoit plus sage, et Bayle it. La vie de ces deux hommes a été si diflérenle ,

CCCCLXllI.

Aidons-nous des mauvais motife pour nous fortifier dans les bons desseins.

CCCCLXIV.

Les conseils faciles à pratiquer sont les plus

utiles.

Conseiller, c'est donner aux hommes des motifs d'agir qu'ils ignorent.

CCCCLXVI.

C'est être injuste d'exiger des autres qu'ils fassent pour nous ce qu'ils ne veulent pas fsure pour eux-mêmes.

CCCCLXVII.

Nous nous défions de la conduite des meilleurs esprits, et nous ne nous défions pas de nos conseils.

ccccLxvm.

L'âge peut-U donner le droit de gouverner la

raison?

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