‹ Moralistes françoisChapitre 239 sur 309 · MÉDITATION SUR LA FOL · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR LA FOL

cer leur estime; et n'avois-tu pas le génie qui enfonte ces nobles acUons? Mon enfent, ta grande jeunesse leur cachoit des doos si préoo» oes« Lrârs sens n ailoient pas jusqu'à toi. La raison et le oœur de la plupart des honunes se forment tard. Us ne peuvent, parmi les grâces d*une si riante jeunesse, admettre un sérieux si profond : ils croient cet accord impossible. Ainsi ils ne t'ont point rendu justice; iû ne peuvent plus te la rendre. Moi-même, pardonne, ombre aimable, tes vertus et tes agréments peut-être ne m'ont pas trouvé toujours équitabie et sensible. Pardonne un excès d'amitié qui méloit à mes sentiments des délicatesses injus» tes* Ob ! comme elles se sont promptement dissipées! Quand la mort a levé le voile qu'elles avoîent mis sur mes yeux, je t*ai vu tel que ma tendresse vouloit que tu fusses dans ta vie. Mais pardonne encore une fois ; car tu n'as jamais pu douter du fond de mon attachement. Je t'aimois môme avant de pouvoir te connoltre. Je n'ai jamais aimé que toi. Tes inclinations généreuses étoient chères à mon enfance ; avant de t*avoir jamais vu , mon imagination séduite m'en feisoit l'aimable peinture. Cent fois elle m'a présenté les grâces de ton caractère, ta beauté, ta pudeur, ta facile bonté. Jlgnorois ton nom et ta vie, et mon coBur t'admiroit, te parloit, te voyoit, te cherchoit dans la solitude. Tu ne m'as connu qu'un moment; et lorsque nous nous sonunes connus, j'avois rendu mille fois en secret un hommage mystérieux à tes vertus. Hâas! un bonheur plus réel paroissoit avoir pris la place de l'erreur de mes premiers vœux. Je croyois posséder l'c^et d'une si touchante illusion , et je l'ai perdu pour toujours.

Qu'étes-vpns devenue, ombre digne des cieux? mes regrets vont-ils jusqu'à vous?.... Je frissonne... O profond abyme! ô douleur! ô mort ! 6 tombeau! voile obscur, nuit impénétrable, mystères de l'éternité! Qui pourra calmer l'inquiéUide et la crainte qui me dévorent? Qui me révélera les conseils de la mort? O terre, crainstu de violer le secret affreux de tes antres? Tu te tais, tu prêtes l'oreille; tu caches ton sanglant larcin ; chaque instant augmente ma peine ; mon trouble interroge la nuit, et la nuit ne peut i'éclaircir; j'implore les cieux , ils se taisent. Les enfers sont sourds à ma voix : toute

kl nature est muette : l'univers effrayé repose. Ouvres«^ous, tombeaux redoutables! Mânes solitaires, parlez, partes. Quel silence indomptable ! O triste abandon ! ô terreur ! QueUe main tient donc sous son joug toute la nature interdite? 0 Être éternel et caché, daûgne dissiper les alarmes oii mon ame infirme est plongée. Le secret de tes jugements ghce mes timides eq>rits. Voilé dans le fond de ton être, tu fois les destins et les temps, et la vie et la mort , et la crainte et la joie, et l'espoir trompeur et crédule. Tu règnes sur les éléments et sur les enfers révoltés ; l'air frappé frémit à ta voix : redoutable juge, des morts, preids pitié de mon désespoir.

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